Anatole me parle du talent littérraire de papa.
- Mon petit Claude quand on a devant soi un maître comme Gourmont, on le suit.
-- Mon père n'était pas suiveur.
-- Et Gourmont jamais flatteur !
-- Alors comment expliques tu tous ces carnets appréciés par Gourmont et jamais publiés ?
-- Par sa position dépressive .
-- Explique moi...
-- Mon petit Claude, ton père éprouvait un besoin non satisfait d'être reconnu. La reconnaissance, chez lui, tout tournait autour de ça. La peur de la méconnaissance déclenchait un comportement d'évitement. Ne pas publier évitait la non reconnaissance. C'était chez lui inconscient, comme tout mécanisme de défénse. C'est pour moi, un aspect de la position dépressive de l'écrivain. Pas facile de devenir écrivain.
Anatole vient de découvrir Sigmund Freud. Avec sa culture encyclopédique et sa soif de connaissance, il approfondit et intègre toute nouveauté sur le comportement humain. Il m'offre là des clefs pour mieux comprendre ce père, héros de la Commune de Paris, père portant si haut un idéal à mettre hors de portée de la moindre critique, même littéraire. |