Sa poitrine velue te rappelle Malézieux, l'homme de ton premier élan sexuel : un chemineau à la poitrine velue, dégoulinante de sueur.
Véritable forêt mouillée, sa parure pue le bouc. C'est pour toi le premier appel à la bête.
Sur le visage tanné du chemineau, sur les plis tourmentés de son cou, ça coule en abondance, inondant la femelle que tu es devenue. La sueur perle à l'extrémité de chacun des poils du mâle. Il peine tellement qu'il en bave sur tes yeux fermés.
Malézieux le chemineau t'a secourue quand tu es tombée comme morte près de lui. A ton entourage indifférent, il a dit inquiet : " elle est touteblanche. J'men vas la porter à l'hôpital ".
Malézieux est secoué de dévouement de la tête aux pieds, lui qui évite les gendarmes dont il a peur et les femmes qui ont peur de lui. Tu l'aimes comme une vierge émue, comme une créature éblouie bénissant son sauveur.
Le chemineau est lumineux dans ta nuit sans étoile. Pour ton malheur, il continue de cheminer , pendant que tu guéris à l'hôpital.
Le temps d'être serrée dans ses bras, tu as cessé d'être la femme de personne.
Que dirait Marcel Proust de ce désir jaillissant dans l'instant avec ton mâle velu ?
Tu as droit à ton plaisir, lui au sien avec ses duchesses et sa psychologie complexe.
Toi, quand tu fais l'amour, tu ne raisonnes pas. Tout ça, tu l'as écrit dans ton livre : La Femme de Personne
Nous quittons le Majestic, Proust part peu après. Proust invite les Schiff , les emmène dans le taxi de Célestin Odilon, le mari de Céleste son indispensable gouvernante. Mais Joyce est là. Il s'incruste, saute dans le taxi pour le dernier champagne chez Proust. Bourré, pas seulement d'alcool, mais aussi de complexes, le Joyce ! Il imagine Proust dans un somptueux appartement près de L'Etoile .Ca le fascine, lui, dont la compagne Nora, vit à Londres dans l'attente d' un bel appartement à Paris. Joyce trouvera vite un appartement autrement plus luxueux. Je le rencontrerai bientôt au Café Francis, en compagnie de Nora.
Dans le taxi pour aller rueHamelin, Joyce allume un cigare et baisse les vitres. Sydney Schiff les remonte et fait éteindre le cigare. Proust parle beaucoup, ignore Joyce, sauf à l'arrivée, rue Hamelin. Là, avec autorité, il demande à Célestin de ramener Joyce chez lui. Débarassé , Proust emmène ses amis Schiff, boire le dernier vers dans son austère tanière.. Joyce fera la tournée des bars avant de revenir chez lui, ivre-mort.
Pendant ce temps, je suis avec Anatole, dans notre petit hôtel de la rue des Moulins. Lui, agenouillé sur la descente de lit. Moi allongée sur le drap, en travers. Il a installé des coussins sous mon ventre. Sa langue fait des mouvements complexes qui m'électrisent. Langue agile et acrobatique comme les danseurs de Diaghilev. A croire que l'imprésario des Ballets russes est aussi celui de la langue d'Anatole. Cette langue de diable a mis mon corps en feu. Le jour est levé, mais pour moi, la nuit ne fait que commencer .Ce soir, je ne suis plus La Femme de Personne
On imaginera aisément la réponse donnée par Joyce aux affres introspectives de Proust, citations d'Ulysse à l'appui.
-- Monsieur, pour les femmes je ne suis pas d'accord, elles valent par leur présence et non par leur absence ; il faut pouvoir les toucher , être carressé jusqu'à l'extase. Quand elles sont plusieurs, c'est encore mieux.
Si la femme est seule, raison de plus qu'elle ne vous fasse pas attendre !
La femme, je la veux près de moi, et pouvoir, comme dans mon livre lui dire :
" Caressez-moi. Doux yeux. Main douce, douce-douce. Je suis si seul ici. Oh, caressez-moi sans attendre, tout de suite. Quel est ce mot que tous les hommes savent ? Je suis seul et tranqille. Et triste. Touchez- moi,touchez-moi."
-- Proust : Vous voulez toujours tout, tout de suite ?
Joyce n'écoute même pas la question . Bien cavalier, il se penche vers Violet Shiff, pour une petite messe basse, bien désobligeante pour Proust.la conversation est tombée, la gène s'installe, juste rompue par l'arrivée d'un Maître d'hôtel, tenant cérémonieusement un plateau de tripes à la main. Le visage de Joyce resplendit, devient plus rouge encore, le coq, de nouveau prêt au combat, se tourne vers Proust :
__ Joyce : Vous savez, Monsieur, les rognons de mouton au gril, quand j'en ai envie, c'est comme les femmes, je les veux tout de suite. Je suis comme Monsieur Bloom, mon héros,qui, "Par-dessus tout aimait les rognons de mouton au gril qui flattaient ses papilles gustatives d'une belle saveur au léger parfum d'urine. "
Que Proust éprouve son plaisir dans l'attente d'une rencontre sans cesse différée, ne nous étonne pas. Au fond quand il fait attendre Max Jacob et Picasso, pour finalement se décommander, c'est peut être plus pour ressentir cette forme insolite de plaisir, qu'à cause d'une grosse fatigue ou d'un petit éternuement. En a-t-il vraiment conscience? La psychanalyse qui en est à ses balbutiements, nous expliquera peut être que le lapin de Proust n'est qu'un acte manqué, une sorte de mécanisme de défense du moi. Conscient de ses actes ou inconscient, notre Proust qui s'introspecte tant dans son oeuvre ? Ni l'un ni l'autre, je crois . J'oserai même dire que l'introspection le fait accéder à un niveau préconscient. Je veux dire par là qu'il parvient bien à s'analyser, à jouir narcissiquement du plaisir de se dénuder à ses propres yeux, mais qu'il ne sait pas pourquoi il s'est mis à poil ! Pour vraiment comprendre, s'allongera-t- sur le divan du Docteur Freud? En ce 22 Mai 1922, on n'en sait encore rien . Mais qu'il
appronfondisse, à l'avenir, ses instances moïques chez Freud ne me surprendrait pas.
Le père de la psychanalyse dirait-il quechez Proust le Principe de Plaisir
fonctionne à donf ? Je le pense. Je crois aussi qu'à propos de Joyce, il évoquerait l'importance des pulsions du çà dans l'équilibre du moi. Dans Ulysse, il y a tant de sources d'excitation ( alimentaires, alcooliques, sexuelles etc), que Freud pourrait bien conseiller à Joyce de diminuer, de parer, l'exagération de son état excitationnel. En quelques mots, disons qu'il pourrait illustrer avec le cas de Joyce, son concept de pare-excitation.
Sans doute faudra-t-il attendre encore quelques années pour que les critiques littéraires lisent des écrivains, comme Proust et Joyce, à la lumière de la psychanalyse. Mais qu'y gagnera-t-on ? Joyce n'y perdra-t-il pas, ce bel appêtit, dont il est maintenant question.
Bien plus tard, Philippe Sollers lira les fantasmatiques appels de Joyce à la masturbation de son "conjuguo" .
Proust : Comment pouvez vous imaginer des horreurs pareilles. Des enfants de quinze ans mêlées à de telles aventures. Et la Loi ? Et la police des moeurs ? Et le risque de se faire prendre ? Non, vraiment, ce n'est pas moral, il ferait mieux de se masturber votre Monsieur Bloom...
Joyce : La loi, justement, on y pense dans mon livre . La maquerelle avec ses prunelles de louve allumées fait bien attention pour pas que " les moeurs ils nous poissent "
Proust : Mais Molly, la compagne de Bloom, dans cette débauche, que devient elle ?
Joyce : Tout est dit la dessus dans l'échange entre Madame Breen et Bloom
-Mme Breen : " Attendez un peu la prochaine fois que je vois Molly !"
-Bloom : " Ca l'amuserait de voir... En souvenir du bon vieux temps
Je voulais simplement dire une partie carrée, une
combine mixte de tous nos petits conjugos"
Proust : Et le désir dans tout cela ? Pour aimer une femme, on ne doit pas la posséder immédiatement. La belle personne doit pouvoir dire qu'elle n'est pas libre ce soir . Vos prostituées, comme vos personnages sont toujours disponibles. Impossible de désirer une personne dont on a la certitude qu'elle ne vous échappera pas. Pour désirer il faut craindre le manque. j'ai écrit : " Les femmes unpeu difficiles,qu'on ne possède pas tout de suite, dont on ne sait même pas tout de suite qu'on pourra jamais les posséder, sont les seules intéressantes ". Vous savez, ne pas chercher à acquérir trop vite les belles choses est une condition du désir réel et durable, du désir qui rend fascinante la personne qui vous manque.
Joyce : C'est pour cela qu'il vous arrive de poser des lapins ?
Proust : oui, mais pas seulement, tenez, la duchesse de Guermantes possède beaucoup plus de vêtements qu' Albertine, mais Albertine aime davantage ses affaires ; elle passe des heures à rêver de tel manteau qui lui manque, c'est ainsi que le désir de cette parure monte en elle,.Oh! vous savez, je l'ai écrit, il en est ainsi de la valeur accordée au manque,
Que Proust, énumère à Joyce, ses afflictions physiques, est-il du plus grand intérêt ? Qu'il se plaigne d'une constipation, l'obligeant à prendre tous les quinze jours un laxatif , source de maux d'estomac, intéresse-t-il ce beau monde qui l'entoure ? Pendant qu'il livre à Joyce, ce florilège de coquecigrues, ses yeux glissent sur le chatoiement des étoffes, le bout de ses doigts se pose délicatement et subrepticement sur les manches de ses voisins de chaise, dont il ressent , jusqu'au fond de lui même, la texture mousseuse, soyeuse ou glacée.
Proust aurait pu interroger Joyce sur l'arrivée de Bloom dans MabbotStreet , le quartier des bordels. On imagine leur conversation :
Proust : Pourquoi dans votre livre, que j'ai lu, la vieille maquerelle saisit-elle Bloom par la manche ? Pourquoi frotte-t-elle contre la main de Bloom les soies qui flottent à la verrue de son menton ?
Joyce : c'est pour vendre " dix shillings une virginité. Tout frais tout nouveau, personne n'y a jamais touché. Quinze ans. Y a personne que son vieux dab qu'est soul perdu ". Que cette réponse reprenant intégralement une réplique d'Ulysse ait pu convenir au très moral et conventionnel Proust, n'est pas certain.
James Joyce s'ennuie de sa compagne Nora, restée à Londres. Dans quelques mois elle le rejoindra. Je les rencontrerai souvent au Café Francis , Place de L'Alma. Ce soir, sans elle, il est anxieux. Il boit trop. Pourtant, c'est lui qui relance la conversation :
-- Comme M. Bloom le dit dans mon Ulysses, que vous avez lu, sans doute..."
-- Mais non monsieur.
Proust ignore-t il vraiment, que, ce Bloom est le premier spécimen du nouvel homme féminin du vingtième siècle?
Méconnait il la souffrance de Bloom, son envie insatisfaite de posséder un utérus? Sans doute pas... Je pense même qu'il connait parfaitement le cri du coeur de Bloom, lorsqu'il change de sexe dans " Circé " : Oh, je désire tant être mère "
Et, c'est pour se racheter, que Proust relance la conversation... en expliquant son retard par les souffrances... de son foie. Les symptômes de ses petits ennuis sont décrits avec une précision clinique inspirée par de grands médecins : ses père et frère.
James Joyce, croit reconnaître son mal :
-- Tiens Monsieur. J'ai presque les mêmes symptômes.
Joyce et Proust se plaignent ainsi de leurs maladies jusqu'à huit heures du matin ( plutôt que de parler du nouvel homme féminin. Cette nuit là , nos deux hommes ont accouché de belles coquecigrues ! Reste à imaginer ce qu'il auraient pu se dire.
Sydney et Violet Schiff, mécènes organisateurs de la soirée veulent que James Joyce et Marcel Proust discutent ensemble. Entre deux salles, dans l'embrasure d'une porte accordéon, ils placent deux chaises face à face. Les deux écrivains s'y installent, leurs admirateurs disposés autour d'eux, en demi lune.
Proust : " Comme j'ai dit, monsieur, dans Du côté de chez Swann, que sans doute vous avez lu..."
Joyce : " Non monsieur..."
La suite de la conversation fut de la même veine.
Fermant les yeux, j'ai préféré imaginer Proust à Combray :
Proust surgit, tout gominé, vers deux heures du matin. Est il vraiment habillé ? Pas vraiment. Une étoffe noire et moirée recouvre son corps. Ses gants de chevreau blancs dépassent. A l'aise comme un familier, qui, voyant de la lumière chez ses amis, grimpe leur dire bonjour en voisin ( il habite à 500 mètres ). C'est presque ça. Il sait que Picasso est là. Il le vient voir. Il a failli le rencontrer, sur sa demande, ( Dans Proust au Majestic, Richard Davenport-Hines rappellera à la page 146 , la rencontre préparée par Max Jacob, et qui échoua, Proust, spécialiste du lapin, ayant téléphoné du Ritz qu'il était trop fatigué; ( Francis Poulenc, Cécile Sorel, Georges Auric, l'attendirent donc en vain au Jardin de ma soeur, une boîte de nuit des plus élégantes, mais qui ne valait pas de l'aveu même de l'absent " les soirées nombreuses et affectionnées comme un feu d'artifice") ). Proust sait se faire désirer.
Mais oui, Picasso est là, transformé par le succès du cubisme et rivalisant de dandysme avec Proust, sa faixa catalane nouée au dessus des yeux.
Il est loin le temps où la pauvreté le conduisait à dormir dans le même lit que Max Jacob.
Anatole et moi arrivons au Majestic vers une heure du matin. Le Majestic ne s'appelle pas encore le Raphaël . Buffet délicat avec tous les plats favoris du très attendu Marcel Proust. Viendra-t-il ? Il se décommande souvent. Sa santé est si délicate et il s'écoute tellement. Joyce est déjà arrivé. Je suis curieuse d'assister à la rencontre des deux hommes. Liane de Pougy vient gentiment nous dire bonjour. Max passe chaque été chez elle en Bretagne. Avant de devenir la princesse Ghika, elle revendiquait le titre de Reine parisienne de l'Amour. Maintenant elle tricote des chaussettes rouges pour Max. Elle écrit des nouvelles subtiles. Saura -elle garder son prince de vingt ans son cadet ? La question taraude des cercles comme celui de Nathalie et Romane. L'élégance du superficiel fait fureur dans ce Paris restreint des années folles.
Rencontre avec Anatole de Monzie -- Tu vois trop Max jacob ! -- je fais quoi à la place. -- tu viens avec moi à l'Opéra -- En quel honneur ? --pour la première de Stravinski. Après on est reçu au Majestic. belle réception. On annonce Proust.
Chez moi, Avenue Félix Faure. Je mets la table. Simplement deux assiettes avec un fond de salade verte. J'ai acheté en bas de chez moi, chez l'épicier Poitronaud des haricots verts. J'en avait marre d'entendre le vieil homme me seriner aux oreilles " haricot vert ... haricot frais... haricot... haricot..." . Le bougre sait que j'aime les haricots verts, comme les cuisinait maman.
- Madame Chauvière, ils sont tout fins, tout fins, comme Madame Maria les aimait. Faîtes surtout une bonne vinaigrette !
- Donnez moi aussi une demi livre de tomates, mais bien mûres, et puis choisissez moi quelques belles feuilles de salade.
Max apprécie, il est en extase devant ma vinaigrette dont son jabot mauve est maintenant recouvert. Distrait, il dépose sa fourchette sale dans mon assiette. Il postillonne sur mon pain.
- Mon petit Claude, si tu me donnes la recette de la vinaigrette, je te donnerai celle de ma décoction de Mandragore.
- Va pour la vinaigrette; 6 cuillerées à soupe d'huile dolive, 1 cuillerée à soupe de vinaigre de vin, 1 cuillerée à soupe de moutarde, 1/2 citron,1 cuillerée à soupe de persil plat haché, 1/2 cuillerée à soupe de cerfeuil ciselé, sel, poivre.
-- Donnes moi toute la recette pas seulement la vinaigrette, je te donnerai tout sur ma fabuleuse décoction de mandragore.
__ Tu fais cuire les haricots dans une gande quantité d'eau bouillie, surtout tu ne couvres pas, si tu veux que les haricots gardent leur belle couleur.
-- Combien de temps je les fais cuire ?
-- 8 à 12 minutes suivant leur grosseur. Tu les passes alors sous l'eau froide pour arrêter la cuisson et tu fais égoutter.
-- Et comment j'organise tout çà ?
-- Les tomates tu les laves,épluches,épépines, coupes en dés.
-- Cornet à dés !
-- Max, tu me fais rigoler, haches plutôt les écalotes et le persil, cisèle le cerfeuil pour qu'il garde son arôme. Tu laves, essore tes belles feilles de salade. Tu mélanges tout, sauf la salade, avec la vinaigrette. Au final tu déposes la salade de haricots dans les assiettes sur fond de salade. Tu sers froid ou tiède comme ce soir.
Max est pensif. Il arrête de manger.
-- Mon petit Claude, tu me fais penser à Proust.
-- Encore !
-- Oui, Proust que je connais bien émaille son oeuvre de mots aussi bien assaisonnés que ta sauce. Tu sais, la nourriture porte les énigmes de chacun. françoise est un peu l'alphabet du passé de Proust. Je crois bien qu'il parle des haricots verts dans La Prisonnière.
Je viens de lire le livre et je ne me souviens pourtant pas de cette histoire d' haricots verts. Je vais chercher le livre, le feuillette et découvre un petit passage qui correspond bien à mes haricots, je tends le livre à Max dont la diction est si belle;
-- Je ne veux plus pour nos dîners que des choses dont nous aurons entendu le cri. C'est trop amusant. Et dire qu'il faut encore deux mois pour que nous entendions : "Haricotsverts et tendres haricots, vlà l'haricot vert. Comme c'est bien dit : Tendres haricots ! Vous savez que je les veux tout fins, tout fins, ruisselants de vinaigrette; on ne dirait pas qu'on les mange, c'est frais comme une rosée."
Moi, Fulgence Chauvière, je retrouve dans mon histoire romancée, le plaisir éprouvé il y a quelques années avec mon cousin Bruno
Chauvierre qui, habitant au deuxième étage du 54 avenue Félix Faure, s'amusait à l'aide d'une canne à pêche à hisser jusqu'à lui les salades du petit-fils Poitronaud . Un jour l'épicier tira sur le fil, Bruno lâcha prise, l'épicier tomba au milieu de ses légumes , mais fait plus grave déchira son pantalon jusqu'à dénuder ses fesses..
Etonnant dialogue avec Max Jacob. Il dit en rognonnant : Ce n'est rien, c'est mes plantes de pied. D'abord je doute de l'expression, et demande : Plante de pied ? Il élève la voix et répète fort : Plante de pied.
Il me regarde et dit:
-Moi... je suis un homme qui se brûle les pieds à Paris.
Pourtant le tout Paris raffolle de Max. Peintres, poètes, princesses viennent sur la pointe des pieds quémander sa présence dans les cercles les plus prisés. Marcel Proust regrette de ne pas l'avoir connu plus tôt. C'est vrai qu'il aurait eu fière allure dans les soirées de Madame Verdurin.