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Mon Petit Claude
samedi 27 septembre 2008, a 20:36
Joyce et Proust boivent, et moi je...

 Nous quittons le Majestic, Proust part peu après. Proust invite les Schiff , les emmène dans le taxi de Célestin Odilon, le mari de Céleste son indispensable gouvernante. Mais Joyce est là. Il s'incruste, saute dans le taxi pour le dernier champagne chez Proust. Bourré, pas seulement d'alcool, mais aussi de complexes, le Joyce ! Il imagine Proust dans un somptueux appartement près de L'Etoile .Ca le fascine, lui, dont la compagne Nora, vit  à Londres dans l'attente d' un bel appartement à Paris. Joyce trouvera  vite un appartement autrement plus luxueux. Je le rencontrerai bientôt au Café Francis, en compagnie de Nora.

Dans le taxi pour aller rue Hamelin, Joyce allume un cigare et baisse les vitres. Sydney Schiff les remonte et fait éteindre le cigare. Proust parle beaucoup, ignore Joyce, sauf  à l'arrivée, rue Hamelin. Là, avec autorité, il  demande à Célestin de ramener  Joyce chez lui. Débarassé , Proust emmène ses amis Schiff, boire le dernier vers dans son austère tanière.. Joyce fera la tournée des bars avant de revenir chez lui, ivre-mort.

 

Pendant ce temps, je suis avec Anatole, dans notre petit hôtel de la rue des Moulins. Lui, agenouillé sur la descente de lit. Moi allongée sur le drap, en travers. Il a installé des coussins sous mon ventre. Sa langue fait des mouvements complexes qui m'électrisent. Langue agile et acrobatique comme les danseurs de Diaghilev.  A croire que l'imprésario des Ballets russes est aussi celui de la langue d'Anatole. Cette langue de diable a mis mon corps en feu. Le jour est levé, mais pour moi, la nuit ne fait que commencer .Ce soir, je ne suis plus La Femme de Personne

vendredi 26 septembre 2008, a 09:50
Joyce veut tout de suite des femmes et des rognons de mouton

On imaginera aisément la réponse donnée par Joyce aux affres introspectives de Proust, citations d'Ulysse à l'appui.

 

-- Monsieur, pour les femmes je ne suis pas d'accord, elles valent par leur présence et non par leur absence ; il faut pouvoir les toucher , être carressé jusqu'à l'extase. Quand elles sont plusieurs, c'est encore mieux.

Si la femme est seule, raison de plus qu'elle ne vous fasse pas attendre !

La femme, je la veux près de moi, et pouvoir, comme dans mon livre lui dire :

" Caressez-moi. Doux yeux. Main douce, douce-douce. Je suis si seul ici. Oh, caressez-moi sans attendre, tout de suite. Quel est ce mot que tous les hommes savent ? Je suis seul et tranqille. Et triste. Touchez- moi, touchez-moi."

-- Proust : Vous voulez toujours tout, tout de suite ?

 

Joyce n'écoute même pas la question . Bien cavalier, il se penche vers Violet Shiff, pour une petite messe basse, bien désobligeante pour Proust.la conversation est tombée, la gène s'installe, juste rompue par l'arrivée d'un Maître d'hôtel, tenant cérémonieusement un plateau de tripes à la main. Le visage de Joyce resplendit, devient plus rouge encore, le coq,  de nouveau prêt au combat, se tourne vers Proust :

__ Joyce : Vous savez, Monsieur, les rognons de mouton au gril, quand j'en ai envie, c'est comme les femmes, je les veux tout de suite. Je suis comme Monsieur Bloom, mon héros,qui, "Par-dessus tout aimait les rognons de mouton au gril qui flattaient ses papilles gustatives d'une belle saveur au léger parfum d'urine. " 

jeudi 25 septembre 2008, a 18:08
Proust et Joyce sur le divan de Freud

Que Proust éprouve son plaisir dans l'attente d'une rencontre sans cesse différée, ne nous étonne pas. Au fond quand il fait attendre Max Jacob et Picasso, pour finalement se décommander, c'est peut être plus pour ressentir cette forme insolite de plaisir, qu'à cause d'une grosse fatigue ou d'un petit éternuement. En a-t-il vraiment conscience? La psychanalyse qui en est à ses balbutiements, nous expliquera peut être que le lapin de Proust n'est qu'un acte manqué, une sorte de mécanisme de défense du moi. Conscient de ses actes ou inconscient, notre Proust qui s'introspecte tant dans son oeuvre ? Ni l'un ni l'autre, je crois . J'oserai même dire que l'introspection le fait accéder à un niveau préconscient. Je veux dire par là qu'il parvient bien à s'analyser, à jouir narcissiquement du plaisir de se dénuder à ses propres yeux, mais qu'il ne sait pas pourquoi il s'est mis à poil ! Pour vraiment comprendre,  s'allongera-t- sur le divan du Docteur Freud?  En ce 22 Mai 1922, on n'en sait  encore rien . Mais qu'il 

appronfondisse, à l'avenir,  ses instances moïques chez Freud ne me surprendrait pas.

Le père de la psychanalyse dirait-il quechez Proust  le Principe de Plaisir

fonctionne à donf ? Je le pense. Je crois aussi qu'à propos de Joyce, il évoquerait l'importance des pulsions du çà dans l'équilibre du moi. Dans Ulysse, il y a tant de sources d'excitation ( alimentaires, alcooliques, sexuelles etc), que Freud pourrait bien conseiller à Joyce de diminuer, de parer, l'exagération de son état excitationnel. En quelques mots, disons qu'il pourrait illustrer avec le cas de Joyce, son concept de pare-excitation.

Sans doute faudra-t-il attendre encore quelques années pour que les critiques littéraires lisent des écrivains, comme Proust et Joyce, à la lumière de la psychanalyse. Mais qu'y gagnera-t-on ? Joyce n'y perdra-t-il pas, ce bel appêtit, dont il est maintenant question.

 Bien plus tard, Philippe Sollers lira les fantasmatiques appels de Joyce à la masturbation de son "conjuguo" .



mercredi 24 septembre 2008, a 20:44
Proust, Joyce et la maquerelle.

Proust : Comment pouvez vous imaginer des horreurs pareilles. Des enfants de quinze ans mêlées à de telles aventures. Et la Loi ? Et la police des moeurs ? Et le risque de se faire prendre ? Non, vraiment, ce n'est pas moral, il ferait mieux de se masturber votre Monsieur Bloom...

Joyce : La loi, justement, on y pense dans mon livre . La maquerelle avec ses prunelles de louve allumées fait bien attention pour pas que " les moeurs ils nous poissent "

Proust : Mais Molly, la compagne de Bloom, dans cette débauche, que devient elle ?

Joyce : Tout est dit la dessus dans l'échange entre Madame Breen et Bloom

           -Mme Breen : " Attendez un peu la prochaine fois que je vois Molly !"

           -Bloom : " Ca  l'amuserait de  voir... En souvenir du bon vieux temps

                            Je voulais simplement dire une partie carrée, une

                             combine mixte de tous nos petits conjugos"

Proust : Et le désir dans tout cela ? Pour aimer une femme, on  ne doit pas la posséder immédiatement. La belle personne doit pouvoir dire  qu'elle n'est pas libre ce soir . Vos prostituées, comme vos personnages sont toujours disponibles.  Impossible de désirer une personne dont on a la certitude qu'elle ne vous échappera pas. Pour désirer il faut craindre le manque. j'ai écrit : " Les femmes un peu difficiles, qu'on ne possède pas tout de suite, dont on ne sait même pas tout de suite qu'on pourra jamais les posséder, sont les seules intéressantes ". Vous savez, ne pas chercher à acquérir trop vite les belles choses est une condition du désir réel et durable, du désir qui rend fascinante la personne qui vous manque.

Joyce : C'est pour cela qu'il vous arrive de poser des lapins ?  

Proust : oui, mais pas seulement, tenez, la duchesse de Guermantes possède beaucoup plus de vêtements qu' Albertine, mais Albertine aime davantage ses affaires ; elle passe des heures à rêver de tel manteau qui lui manque, c'est ainsi que le désir de cette parure monte en elle,.Oh! vous savez, je l'ai écrit, il en est ainsi de la valeur accordée au manque,

" comme tout obstacle apporté à une possession "

mardi 23 septembre 2008, a 17:56
Ce que Proust et Joyce auraient pu se dire

Que Proust, énumère à Joyce, ses afflictions physiques, est-il du plus grand intérêt ? Qu'il se plaigne d'une constipation, l'obligeant à prendre tous les quinze jours un laxatif , source de maux d'estomac, intéresse-t-il ce beau monde qui l'entoure ?  Pendant qu'il livre à Joyce, ce florilège de coquecigrues, ses yeux glissent sur le chatoiement des étoffes, le bout de ses doigts se pose délicatement et subrepticement sur les manches de ses voisins de chaise, dont il ressent , jusqu'au fond de lui même, la texture mousseuse, soyeuse ou glacée.

Proust aurait pu interroger Joyce sur l'arrivée de Bloom  dans Mabbot Street , le quartier des bordels. On imagine leur conversation :

Proust :  Pourquoi dans votre livre, que j'ai lu, la vieille maquerelle saisit-elle  Bloom par la manche ? Pourquoi frotte-t-elle contre  la main de Bloom les soies qui flottent à la verrue de son menton ?

Joyce  : c'est pour vendre " dix shillings une virginité. Tout frais tout nouveau, personne n'y a jamais touché. Quinze ans. Y a personne que son vieux dab qu'est soul perdu ". Que cette réponse reprenant intégralement une réplique d'Ulysse ait pu convenir au très moral et conventionnel Proust, n'est pas certain.

 

dimanche 21 septembre 2008, a 21:39
Le nouvel homme féminin et les coquecigrues

James Joyce s'ennuie de sa compagne Nora, restée à Londres. Dans quelques mois elle le rejoindra. Je les rencontrerai souvent au Café Francis , Place de L'Alma. Ce soir, sans elle, il est anxieux. Il boit trop. Pourtant, c'est lui qui relance la conversation :

-- Comme M. Bloom le dit dans mon Ulysses, que vous avez lu, sans doute..."

-- Mais non monsieur.

Proust ignore-t il vraiment, que, ce Bloom est le premier spécimen du nouvel homme féminin du vingtième siècle?

 Méconnait il la souffrance de Bloom, son envie insatisfaite de posséder un utérus? Sans doute pas...  Je pense même qu'il connait parfaitement le cri du coeur de Bloom, lorsqu'il change de sexe dans " Circé " : Oh, je désire tant être mère "

 Et, c'est pour se racheter, que Proust  relance la conversation... en expliquant son retard par les souffrances... de son foie. Les symptômes de ses petits ennuis sont décrits avec une précision clinique inspirée par de grands médecins : ses père et frère.

James Joyce, croit reconnaître son mal :

-- Tiens Monsieur. J'ai presque les mêmes symptômes.

Joyce et Proust se plaignent ainsi de leurs maladies jusqu'à huit heures du matin ( plutôt que de parler du nouvel homme féminin. Cette nuit là , nos deux hommes ont accouché de belles coquecigrues ! Reste à imaginer ce qu'il auraient pu se dire.

 

samedi 20 septembre 2008, a 22:10
Marcel Proust et James Joyce : une rencontre ratée

Sydney et Violet Schiff, mécènes organisateurs de la soirée veulent que James Joyce et Marcel Proust discutent ensemble. Entre deux salles, dans l'embrasure d'une porte accordéon, ils placent deux chaises face à face. Les deux écrivains s'y installent, leurs admirateurs disposés autour d'eux, en demi lune.

Proust : " Comme j'ai dit, monsieur, dans Du côté de chez Swann, que sans doute vous avez lu..."

Joyce : " Non monsieur..."

 La suite de la conversation fut de la même veine.

Fermant les yeux, j'ai préféré imaginer Proust à Combray :

 Tante Léonie

 Manteau de roses blanches

 Blanche nappe en guipure,

Prince Eugène en effigie dans un buffet degare

Commode de tante Léonie

 Vichy célestin ...



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Mêlant éléments biographiques et imaginaires, je me glisse dans la peau de Claude Chauvière, au plus près de sa relation à Colette.
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