| vendredi 10 avril 2009, a 18:31 |
| Généalogie du député Emmanuel Chauvière |

On se retrouve chez Colette avec Abel Hermant. L'homme est distingué et pédant.
Au fil de la conversation, il devient plaisant. Ne pas juger les gens, sur leur apparence, même mauvaise.
L'histoire de papa l'intéresse. Curieusement, il me fait remonter très loin dans l'histoire de la famille. Les archives paternelles commencent en 1652.
Le premier des Chauvière identifié s'appelle Pierre, le second Pierre et, le troisième, encore Pierre. On les distingue grâce au patronyme de leur épouse.
Papa aimait la généalogie. Nos gueux d'ancêtres, plus importants que les royales dynasties. C'est ce qu'il a toujours dit.
Le troisième Pierre Chauvière connut la famine de 1708. Hiver terrible, gel de printemps. En juillet, la famille à quatre pattes dans les champs, pour manger de l'herbe. Ces Chauvière là étaient journaliers.
Marin Chauvière né en 1724 devint aussi journalier. C'est écrit sur son acte de mariage célébré à Saint Hilarion, paroisse des trois précédents Chauvière. Pas étonnant alors que son nom figure sur les Cahiers de Doléances de Saint Hilarion ,en Mars 1789. Terrible plaidoyer dans ces cahiers. Généalogie de gueux. Généalogie de mes ancêtres. Généalogie d'Emmanuel Chauvière.
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| mardi 07 avril 2009, a 18:24 |
| Claude Chauvière nous a quittés |
Claude Chauvière nous a quittés il y a 70 ans, un jour de Vendredi Saint.
Interruption de la fiction biographique dédiée à Claude Chauvière. Comme chaque année, je décore sa tombe avec des colliers de coquillages.
Lecture de L'Etoile Vesper.
Petit musée d'images du classeur de Colette.
Meuble à deux portes et tablier, offert par Edouard de La Gandara, l'antiquaire.
Colette y range ses souvenirs.
Elle y expose ses souvenirs les plus chers.
Mélancolie de fin de vie.
Epinglée sur la photo de Claude Chauvière une liste des offices du vendredi-saint. A côté, une autre photo, celle de Renée Hamon, en gros pantalon de laine, devant une maison bretonne.
Colette se parle à elle-même :
« Rien ne justifie qu'une liste des offices du vendredi-saint soit épinglée à la photographie d'une autre jeune femme : celle-ci eut dans les lettres un renom trop court : Claude Chauvière. L'une casanière et faible, l'autre coureuse des mers, elles sont tombées, à peu d'années d'intervalle, au même âge, Chauvière laissant quelques romans, et Renée Hamon deux relations de voyages aux antipodes. »
Peut-etre une larme sur les joues de Colette.
Ses amies sont parties. Polaire la même année que Chauvière.
Polaire dont Colette garde le portrait en petite fille modèle. Volonté d'innocence de l'austère peintre Antonio de la Gandara , frère d'Edouard.
Forte relation entre Colette et les deux jeunes femmes. Longtemps après, Colette le reconnaît :
« Elles valaient la peine d'être aidées ; elles avaient coutume de dire que je les aidais, mais je crois que c'est elles qui m'ont porté secours. »
Colette dans sa complexité avouée. Reconnaissance de l'amour qui lui fut porté.
Colette, comme Barrès : « Je n'ai rien près de moi que mes morts, des êtres enrichis par mes songeries. » (Mes mémoires)
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| lundi 06 avril 2009, a 17:30 |
| Colette à Verdun... tousse-tousse-codotte |
6 avril 1928.
Colette impatiente à la lecture de ma note sur l'intelligence selon Gourmont. Le pied gauche s'agite nerveusement. Visage en saccade. Tics.
Continue quand même la lecture de mon texte.
Colette d'habitude me demande de lire tout haut mes pattes de mouche. Déteste mon écriture. Suis enrhumée. Cordes vocales empoulées. Tousse-tousse-tousse-codotte.
Pour Rémy de Gourmont, l'intelligence s'arrête avec la guerre. L'intelligence est faite de nouveauté. Pendant la guerre, pas d'intelligence ni de littérature. Comparaison avant-après : « Le plus nouveau et le plus passionnant la veille, le lendemain n'existait pas »
Colette se lève, me regarde de haut, lève la voix : « Mon p'tit Claude, la guerrrre, j'lai faite. La nuit j' veillais les blessés.J'ai fait Verdun. RRRaconte pas d'blagues. »
Colette est ainsi. Tantôt elle s'exprime dans la langue de Madame de Sévigné, tantôt elle parle l'argot parisien avec son tonnerre d'accent bourguignon.
Collette est ainsi, elle vous écoute attentivement, puis soudain vous coupe pour se mettre en avant.
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| lundi 05 janvier 2009, a 21:06 |
| Colette remplit mon manque-à-être |
Le papier bleu de Colette me sauve.
Ma raison se perdait entre Dieu, les folies de l'homme-dolmen, les méditations matinales, les jeunes femmes des baraquements d'Ecrouves
Colette m'a écrit.
Grandes arabesques sur l'enveloppe.
Elle demande où je suis !?
Elle fait l'innocente, elle, qui me néglige depuis longtemps.
« Où es-tu, petit Claude , M'as-tu désertée à jamais ?
Je reviens de Norvège, et je travaille à quelque chose de damnement difficile, dans une odeur d'automne et une forêt riche de gibier. »(Colette, Firmin-Didot, page 212)

Je me fais avoir.
Quand je reçois son papier bleu, j'accours.
Elle me sauve de ce vide. Je ressens profondément un manque-à-être.
Loin d'elle, j'étouffe.
Plaisir de respirer Colette, dans l'antichambre mystérieuse du 69 Boulevard Suchet. C'est tiède. C'est parfumé. C'est généreux. Colette emporte avec elle cette atmosphère qui m'envoûte. Mais c'est dans l'antichambre du 69 que je chavire le plus. |
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| mardi 23 décembre 2008, a 23:42 |
| A Londres chez Xavier-Marcel Boulestin |
Voyage à Londres.
Dîner avec Bonmariage chez Boulestin, ex-secrétaire de Willy. Belle reconversion dans la restauration. Pour garder la plume agile. Et aussi pour déverser sa bile.Il écrit un livre sur Londres

Je demande leur avis sur La ridée.
Négatif . Je n'en parlerai jamais à Colette ; elle aurait du chagrin . Ces hommes parlent d'elle comme d'un monstre. Dommage. La cuisine vaut le déplacement. Les anglais en raffolent. C'est meilleur que leur sauce à la colle.
Voici l'histoire reprise à Wikipédia :
However, in November 1911 Boulestin opened his first restaurant, Boulestin's in Covent Garden. 'My stock was small, but modern and first-rate. I had made no concessions. The silks, the velvets, the linens, the knick-knacks and the wallpapers came from Martine, André Groult, and Iribe. I had bought stuffs at Darmstadt, Munich and Vienna; Berlin and Florence supplied me with certain papers, Paris with new and amusing vases, pottery, porcelain, glass, and a few fine pieces of Negro art.'[4] As a restaurant chef, Boulestin embarked on his new and most successful career.
Under his credo Good meals should be the rule, not the exception, Marcel Boulestin remained as an expatriate to make a huge success with his famous restaurant, which was unrivalled among small establishments between the First and Second World Wars, followed by his cooking courses, and his popular books, with their chatty narrative recipes that introduced British cooks to la cuisine bourgeoise of France. Boulestin's downstairs premises with Art Deco decor opened in 1926. The superb cuisine he served, adjusted to seasonal ingredients from the central market of Covent Garden outside his door, attracted the haut monde of Britain, the Continent and America: connoisseurs of food, famous writers, artists, and diplomats became intimate friends. His The Conduct of the Kitchen (1925) is part of the mainstream history of cuisine. He wrote many occasional pieces on food, in Vogue and The Manchester Guardian. His memoirs, Ease and Endurance (A Londres Naguère) were published in 1948.
Boulestin was the first television chef, appearing on a BBC program in television's earliest experimental days, in 1937
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| mardi 23 décembre 2008, a 23:03 |
| Dansons la ridée |
Dansons la ridée
Avec ma cousine j'étudie une danse.

Colette la lancera à Paris.
C'est La Ridée
Elle se danse en presqu'île de Rhuys, demi-danse( pays gallo),
demi-tour ou handerdro ( pays de Vannes et presqu'île de Rhuys)
En Bro Wened (Pays Vannetais), les chanteurs emploient dans les accompagnements des ritournelles telles que "a laridon, a laridon, a laridondaine", etc... D'où, par extension, danser "à laridé" et par déformation française en Pays Gallo : danser une "ridée". En clair, une Ridée est en quelque sorte une version du Laridé dans le pays Vannetais-Gallo.
La chanson la plus employée pour danser le demi-tour, Colette veut la reprendre pour le Music-Hall!
Dansons la ridée
Ca nous fait chauffer les pieds.
Dansons sur l'herbe,
Les jaloux sont derrière nous
Qui nous regardent
La ridée est une ronde de six ou huit temps. On s'y tient le plus souvent par le petit doigt ou la main, selon les différentes variantes. Car du pays de Léon au Morbihan, la ridée se danse différemment.
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| lundi 01 décembre 2008, a 14:45 |
| Leon Pierre-Quint et la bête que cherche Colette |

Rencontré Léon Pierre-Quint, tout content d'avoit publié André Breton et bientôt Scott Fitzgerald.
Avec Colette, Il ne donne, ni dans le surréalisme, ni dans la génération perdue. Il me dit simplement:d'elle :
" Dans l'homme, elle cherche toujours la bête correspondante et de préférence le chat "
Elle parle au chat.
Avec le chat, elle s'entend.
Avec le chat, elle se retrouve.
Femme vraiment seule dans la vie.
Femme forte. Femme avide. Elle rôde pour dévorer et se rassasier :
" Mais pas avant d'avoir mangé mon saoul, pas avant d'avoir dans les bois, décrit un grand circuit de chien qui chasse et goûté l'eau des deux sources perdues que je révérais."
( Sido ) |
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| lundi 01 décembre 2008, a 13:06 |
| Colette renifle férocement |
Colette a onze ans. Elle vibre à la voix de son père :
" Mais comment j'ai frémi, une fois, d'entendre, la voix mélodieuse, la seule voix de sa fureur véritable. J'avais onze ans. Quelle suavité ! Je fus saisie d'enthousiasme "
( Sido )
Ce soir, elle observe simplement une écharpe tachée, posée par Pauline, sur le petit guéridon près de la T.S.F.
Le regard devient méchant. Colette prend brutalement l'écharpe en main, Curieusement, la voilà qui renifle férocement l'étoffe, puis la lèche, comme une bête : " Pouah ! C'est gras, c'est salé. mon petit Claude, tu vas voir, Jane Renouardt m'a donné une essence qui embaume..." Elle asperge d'essence, frotte durement, fait un trou dans l'écharpe. Jane Renouardt, la belle et tendre actrice était tellement plus douce que Colette ! Elle pratiquait la méditation.

( La belle actrice Jane Renouardt )
Moi : Madame Colette,vous vous retirerez un jour dans la jungle
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| lundi 01 décembre 2008, a 09:41 |
| Colette repousse le plafond de ses deux mains |
Colette explique.

Fille de capitaine, fille de soldat; élevée dans une certaine violence. Souvenir du père. " Il me jetait en l'air jusqu'au plafond que je repoussais de mes deux mains et des genoux et je criais de joie. sa force musculaire était grande, ménagée et dissimulée d'une manière féline..
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| lundi 01 décembre 2008, a 09:10 |
| Les mains de Colette |
Moi : c'est, Madame, que votre main brune et rude, est souvent prête à l'étranglement, comme ces lutteurs de Music Hall que vous connaissez

Je scrute sans scrupule, cette carrure, à la fois menaçante, promesse de caresse et soupçon de vol.
Moi : Vous êtes une affamée, Madame,vous vous verriez quand vous regardez les gens
Elle : C'est vrai. Encore tes méditations,mon petitClaude. Je dis quelque chose comme ça dans " La Vagabonde" Je parle des gens. Je les quittai, avec des sens affamés, le besoin véhément de toucher, vivantes, des toisons ou des feuilles, des plumes tièdes, l'émouvante humidité des fleurs. |
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| lundi 01 décembre 2008, a 08:16 |
| Colette et le départ des bas démons |
Colette se libère de son célèbre cannibalisme en écrivant des livres.

Sublimation : " ...car, comme dit Colette dans la Vagabonde : Elle attendra que se lève lentement, sur son visage échauffé, noir d'excitation, cette paleur, cette aube intérieure qui fête le départ des bas démons..."
Ces paroles me repassent dans la tête en saluant Colette ce matin.. Je la regarde, continue la conversation de la veille : "...Madame,au lieu de tremper votre plume d'or dans le sang, vous l'avez trempée dans l'azur du ciel "
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| dimanche 30 novembre 2008, a 22:29 |
| C'est vrai que je suis un fauve dit Colette |

Colette: Décris moi en fauve, mon petit Claude
Moi : Vous avez le regard qui scrute et une joie animale quand vous apercevez un con.
Colette : C'est vrai mon petit Claude, les cons, j'ai envie de leur faire sauter les prunelles de leurs orbites, avec mon pouce, comme ça ( elle joint le geste à la parole)
Moi : vous avez quand même frappé fort Madame.
Colette
Moi : Madame, l'autre jour, rappelez vous celui à qui, en jouant, vous avez donné un coup sur le crâne.
Colette : Mais c'est vrai ! Même que c'était avec une barre à mah-jong.
Moi : Vous avez frappé tellement fort qu'il s'est écroulé comme Charlot dans un film.
Colette : C'est vrai que je suis un fauve, tu as raison, mon petit Claude.
Moi : Vous avez fait fort, Madame !
Colette : Comment voulais-tu que je me débarasse de ce sot, mon petit Claude. il n'en est quand même pas mort. tout juste assommé; Je n'allais quand même pas méditer comme toi. |
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| dimanche 30 novembre 2008, a 20:51 |
| la proie de Colette |
Colette insiste. " On voit plein d'animaux au cinéma. pas seulement des panthères ". Elle sourit. Je ne donne pas d'autre nom d'animal. Pour une fois, elle est suspendue à mes lèvres.
Moi : Madame, j'ai vu au cinéma des lions nonchalants. Le Maharadhjad de Kutch m'a montré, à Branféré, des photos de ses tigres en liberté. Ils folâtrent dans les hautes herbes. Vous, Madame, dès le matin frémissant, vous êtes souple et solide comme une panthère.
Colette : Une panthère? Soit plus claire mon petit Claude ! Sors de tes méditations !
Là, je cale. Difficile d'en dire plus. Je prends mon courage à deux mains et j'y vais
" Vous avez la cruauté défensive, Madame. Vous n'attaquez pas.
Vous avez de bonnes manières, mais d'un bond vous êtes sur la proie."

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| dimanche 23 novembre 2008, a 13:38 |
| Claude Chauvière : mes parents |
Chère Madame,
Vous ne deviez pas perdre de temps à vous occuper de moi. Vous dîtes
Que je dois « réinventer le passé » . Je n'y peux rien. Je m'embourbe dans les marécages de mon enfance.
Vous, Madame, vous êtes comme un lierre qui résiste à tout sur un muret de Bretagne. La mort, chère Madame Colette, ne vous intéresse pas.
Moi, je viens d'un pays où l'on a le culte de la mort. Je suis du pays d'Anatole Le Braz.

En ce moment, je vis dans la maison de mes grand parents et je pense aussi beaucoup à mes parents, trop tôt disparus. Ils n'étaient pas prêts de moi, sauf à leur fin quand je les ai soignés.
Je pense beaucoup à la façon dont-ils m'ont casée en pension. Au fait, c'est moi qui l'ai demandé.
Un jour j'ai dit papa je voudrais bien m'instruire.
- Elle a raison cette petite , nous l'oublions complètement
- Mettons là en pension dit maman
Je fus vite placée à bon compte, dans un pensionnat où on prenait aussi les enfants de l'Assistance Publique.
Je sais que vous me croirez difficilement. C'est normal, vous ne pouvez imaginer pareil placement pour la fille d'un député.
Mes parents reçus dans l'aile réservée aux visiteurs de marque furent enchantés.
- Qu'il fait bon de vivre ici dirent ils.
La Directrice, Madame Duveau, acquiesce, me conduit au réfectoire des grandes. Il émane de sa personne une odeur fétide. Les vêtements de cette énorme femme sont imprégnés des reliefs oubliés sous les bancs du réfectoire. Le monstre aime cet espace où il commente les notes obtenues et humilie les pensionnaires mal notées ou indisciplinées.
Vous n'avez pas idée des vexations que j'ai pu endurer dans ce réfectoire pendant trois ans. Le gros hic, c'était le règlement de ma pension Constamment endettés, mes parents - Poulaille en parle même dans son livre !- ne la payaient pas régulièrement. Je suppose que vous avez connu des gens prodigues comme eux. Ah ça… eux qui se disputaient tout le temps, savaient se mettre d'accord pour dépenser des sommes folles pour leurs bonnes oeuvres et ne pas payer leurs dettes. Ils se frottaient même les mains à la seule idée du profit, même le plus dérisoire qu‘ils pourraient faire sur le dos de leurs créanciers.
- Vous, 47, disait la vieille chouette, vous, dont je supporte la présence dans mon établissement, car vous n'ignorez pas que vos parents me doivent 732 fr.75, vous, expliquez moi la preuve par 9.
Pendant trois ans mon seul réconfort fut la messe. Et là je désobéissais sans remords à des parents, libres penseurs, militants pour la confiscation des biens du clergé.
Evidemment, je ne suis pas baptisée. Personne ne le sait. Alors je vais à confesse avec l'abbé Parisse. Depuis que je l'ai croisé dans le couloir du réfectoire, je ne manque pas une occasion de le rencontrer.La première fois, je l'ai vu arriver de loin. Je ne sais pas, sa démarche sans doute, majestueuse, un visage aux traits nobles et fins. Et puis cette voix entendue du bout du couloir. Une voix chaude. Plus près de moi je lui trouve un front bien pâle, en contraste avec des yeux ardents. Je le trouve romantique. Dans mes souvenirs, il ressemble à Anatole Le Braz.

Précision : à l'époque je ne sens pas le parfum d'amour profane, émanant de cette admiration.

Seule compte la recommandation de prier avant de m'endormir . L'Ave et le Pater deviennent alors le prélude de chaque endormissement, sans que mes parents n'en sachent jamais rien.
Même que je récite mes prières quand, papa me sort de « boîte » pour collationner des documents sur « la vérité et la raison », un livre où, à chaque page, les prêtres sont attaqués. Je profite des absences de papa pour écrire un autre livre dont je lui attribue la paternité et que j'intitule « Notre âme » .
Vous voyez le travail ! Sachez quand même que je lui ai révélé ce secret au soir de ses derniers jours. |
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| samedi 22 novembre 2008, a 21:39 |
| Liste savoureuse des mots de Colette |
QUELQUES MOTS DE COLETTE QUE J'AIME :
.MOT BOURGUIGNON : DODINE... DODINE...DODINE
MOT A BOIRE
MOTS INTIMES
COLETTE INTIME
DODINE DODINE DODINE DODINE DODINE DODINE

.
DODINE DODINE DODINE DODINE
D'abord, le mot préféré : « dodine », nom donné en Bourgogne à un outil
destiné au brassage du vin. Mot à la fois image, son, mouvement. Dodine, ça sent sa Bourgogne gourmande.
Bercement.
Dodine.
Colette travaille ses mots en artisan avec une recherche de tonalité.
Bruissement.
Mots prolétariens de L'Envers du Music-Hall :

Les filles y sont « crevantes »
Parfois « maigriottes »
« Elles turbinent souvent à l'oeil »
Prises de « rouspétance » ( habitude de la grève )
« Une bonne tripotée, ça les calmerait pas ? »
Elles ont parfois, en guise de chapeau « un torchon sur la cafetière »
Elles ne veulent pas avoir l'air de clamecer comme les autres.
Quand elles sont dehors « l'air libre fouette leurs joues »
« Dis donc…Flute ! Je voulais te dire quelque chose, je l'ai mangé en route »
Quand leur camarade traîne trop elles disent : « grouille toi le mou »
Ou encore « manie-toi le pète »
Dehors « une gaie petite bourrasque houspille les jupes »
Les mots de Colette
D'abord, le mot préféré : « dodine », nom donné en Bourgogne à un outil
destiné au brassage du vin. Mot à la fois image, son, mouvement. Dodine, ça sent sa Bourgogne gourmande.
Bercement.
Dodine.
Colette travaille ses mots en artisan avec une recherche de tonalité.
Bruissement.
Mots prolétariens de L'Envers du Music-Hall :
Les filles y sont « crevantes »
Parfois « maigriottes »
« Elles turbinent souvent à l'oeil »
Prises de « rouspétance » ( habitude de la grève )
« Une bonne tripotée, ça les calmerait pas ? »
Elles ont parfois, en guise de chapeau « un torchon sur la cafetière »
Elles ne veulent pas avoir l'air de clamecer comme les autres.
Quand elles sont dehors « l'air libre fouette leurs joues »
« Dis donc…Flute ! Je voulais te dire quelque chose, je l'ai mangé en route »
Quand leur camarade traîne trop elles disent : « grouille toi le mou »
Ou encore « manie-toi le pète »
Dehors « une gaie petite bourrasque houspille les jupes »
Les mots de Colette
D'abord, le mot préféré : « dodine », nom donné en Bourgogne à un outil
destiné au brassage du vin. Mot à la fois image, son, mouvement. Dodine, ça sent sa Bourgogne gourmande.
Bercement.
Dodine.
Colette travaille ses mots en artisan avec une recherche de tonalité.
Bruissement.
Mots prolétariens de L'Envers du Music-Hall :
Les filles y sont « crevantes »
Parfois « maigriottes »
« Elles turbinent souvent à l'oeil »
Prises de « rouspétance » ( habitude de la grève )
« Une bonne tripotée, ça les calmerait pas ? »
Elles ont parfois, en guise de chapeau « un torchon sur la cafetière »
Elles ne veulent pas avoir l'air de clamecer comme les autres.
Quand elles sont dehors « l'air libre fouette leurs joues »
« Dis donc…Flute ! Je voulais te dire quelque chose, je l'ai mangé en route »
Quand leur camarade traîne trop elles disent : « grouille toi le mou »
Ou encore « manie-toi le pète »
Dehors « une gaie petite bourrasque houspille les jupes »
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| samedi 22 novembre 2008, a 19:22 |
| " Mon petit Claude, tu nous les fais entendre ( Lettre de Colette à Chauvière) ) |
« Mon petit Claude, c'est infiniment meilleur. S'il en est encore temps,
adoucis quelque brutalité d'expression dans les dialogues entre le mari et
la femme au sujet de l'enfant. Vois-tu Claude, au lieu de nous les montrer
dans leur antagonisme, tu nous les fais entendre. L'ouie n'est pas un sens
qui compte en littérature, ou du moins il vient à son rang
.
1° l'œil ; 2° le nez ; 3° l'ouie. Détends- toi. Tant que tu nous feras du « trop
court », pendant deux cents pages, ton lecteur aura une impression de
longueur »
Elle est épatante avec moi Colette. Je vais m'y mettre. Pardi, c'est vrai
qu'en voulant faire court, je fais trop long ! Paradoxal mais juste. Mais
c'est surtout l'affaire du pif en n° 2 qui m'emballe. Je vais m'entraîner à
avoir du nez et aussi de l'étiquette, mise par Colette en n° 3. Pas simple
quand même. Ne fais pas du Colette qui veut !
La relation au mot, chez Colette est complexe.
Il faut voir Colette écrire; Il faut voir sa main, il faut voir le chat, jamais
très loin. Contente de moi, jarrive à plaçer la " vue " en n° 1, comme
Colette le veut.

Dans mon prochain post, je parlerai plus longuement de cette relation
au mot, chez Colette. |
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| samedi 22 novembre 2008, a 18:46 |
| Claude Chauvière reçoit une lettre de Colette |
Courte lettre de Colette :
« Mon petit Claude, depuis que j'ai lu Crimes, je me mets à penser que
tu écrirais un très
bon dialogue de théâtre, serré et significatif. Songes-y ?
Ceci n'est pas une vraie lettre, mais j'attends une vraie Claude ces
jours ci, viens-tu ? Tu me trouveras seulement un peu maigrie, mais je
t'embrasserai du même cœur . »
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| samedi 22 novembre 2008, a 13:18 |
| Colette écrit à Claude Chauvière |
Retour à Bénance pour quelques jours. Une lettre de Colette m'y attend
déjà. Conseils sur mon dernier livre Crimes ( à paraître aux Œuvres
Libres) :
" Mon petit Claude, quand viens tu ? Je t'espère. Je t'écris parce que j'ai
lu Crimes, et que c'est presque tout le temps très bien, et souvent très
épatant. Ce que je pense, c'est que, à partir du moment où elle
appartient au petit, tu aurais pu la douer d'une sorte d'inconscience, ou
du moins voiler, ne fût-ce que légèrement, et par places, la brutalité
femelle. Le désarroi physique ne va pas sans fléchissement moral,
même passager, à intermittences. Ce qu'il eût perdu en équilibre, ton
personnage l'eût regagné en authenticité sans déranger ta fin. Tu me
comprends ? "
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| vendredi 21 novembre 2008, a 18:09 |
| Colette émouvante et peut-être perverse |
Georges Wague m'offre un vieux numéro ( Comoedia illustré d'avant-guerre ) . Louis Delluc y encense la mime Colette :
Pour moi, la plus originale des mimes, la plus vraie, est Colette.
Vagabonde, elle éparpille un peu son talent en incartades / La Chair !
Elle nommerait volontiers toute son œuvre vécue et vivante de ce titre.
Elle a célébré la chair impérieuse, la chair traîtresse, la chair lasse ou
triomphante, la chair sacrée / elle joue avec un grand voile blanc, où elle
se sculpte, elle a des pieds et des jambes parfaits. Sa gorge s'offre, droite,
et puis toute sa nudité harmonieuse se livre. Et nous ne savons pas si
nous sommes troublés, ou si nous admirons simplement. Car elle veut
être émouvante et peut être perverse, et nous nous laissons dominer par
sa volonté, mais nous sentons qu'il y a quelque chose d'inexplicable et de
très pur.

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| vendredi 21 novembre 2008, a 14:15 |
| Les gros plans de Feuillade |

Wague se confond souvent avec le personnage de Brague dans La
Vagabonde de la chère Colette. Parle avec autorité à sa camarade de
scène « Faut te manier le pète, princesse. Allons grouille toi le mou
pour la répète » Il se lève du canapé or et bleu, tourne à gauche, fait
comme si Colette tourne aussi à gauche. Il répète. La main sur le front,
il parle tout haut de Colette et de la pantomime : « Loyale, solide,
honnête… On joue tous les deux à se faire du chagrin…La pantomime
est décédée… Le majestueux visage humain est mort des gros plans
américains… C'est Feuillade qui les a trouvés les gros plans. Il en a
parlé à Gaumont, pardi !
L'amérique nous les a piqués ! " |
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| vendredi 21 novembre 2008, a 12:28 |
| Marcel Vallée, beau et mince; Colette docile |
Et Georges Wague raconte encore. Il est question de Marcel Vallée
ée.
Georges Wague se souvient avec nostalgie. « Marcel Vallée ? Colette
en pince pour lui. Avant guerre, il est si mince et si beau. La Belle
Epoque. Dans La Chair, pour finir chaque acte, le sang jaillit de
son bras ou du mien. Le populo est content. C'est rigolo. »
Il se redresse pour s'asseoir au bord d'un canapé or et bleu.
Main levée, comme un maître d'école, il mime l'époque où il dirige
Colette. « Je lui dit : fais ceci ; elle le fait. Oh ! Elle était si docile !
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| vendredi 21 novembre 2008, a 10:01 |
| Colette et la pantomime |
Résumé :
Claude secrétaire de Colette accompagne son adorée faire ses emplettes. Elle la suit jusque dans sa loge et recueille les confidences de Georges Wague sur l'époque,où, avant guerre elle jouait la pantomime.
Feuilleton du jour :
Wague reprend les mots de Louis Delluc dans Comoedia Illustré :
« Bohémienne mendiante ou chatte, vous tendiez votre gorge nue au
couteau d'un Bulgare mélodramatique . »
Nouvelles confidences de Wague. « Elle a une personnalité, voilà. Dans
la pantomime, les yeux comptent. Les yeux, c'est l'expression. Colette
ferme les siens. Effet garanti : expression par l'immobilité. Elle ne fait
rien comme personne. » Il va vers son bureau, me tend un porteplume
dans lequel on voit une cathédrale. « En tournée, elle achetait un tas de
saletés avec les petites sommes que je lui donnais, des paniers pour
son clébard, du papier pou compliments bordé de dentelle. On gagnait
à trois cinq cent francs par cachet. Et des sous d'avant guerre ! Trois
artistes, c'est peu de frais. Chacun son succès. Christine Cerf, la
beauté, Colette l'originalité, et moi le métier. 
|
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| jeudi 20 novembre 2008, a 21:07 |
| Colette et le lâcher de seins |
Résumé des épisodes précédents :
Claude Chauvière, jeune écrivaine, tient le secrétariat de Colette depuis peu. Elle accompagne son admirée dont elle se moque aussi en douce. Coiffeur, essayages, chapelier, loge avant le spectacle...
Ce soir elle l'accompagne au théâtre..
Dernier épisode : Colette et le lâcher de seins
Théâtre des Champs-Elysées : vaste vaisseau.
Colette bredouille d'abord un peu. Public turbulent.
La voix s'affermit. Elle va jusqu'au bout sans défaillance.
Jusqu'au bout, non du pensum, mais de la récréation. J'admire sa
volonté. Elle joue parfois avec trente-neuf degrés de fièvre.
Pas important pour elle. Les fleurs qu'on lui jette sur la scène la
guérissent. Ivresse légère. Elle respire.
Jouer La Vagabonde avec Paul Poiret, le corps libéré.
Répéter Chéri, Boulevard Suchet. Chéri très canaille avec de
Guingamp, le plus canaille des gigolos. Chéri aristocratique avec
Fresnay.
Jouer La Vagabonde avec Georges Wague.
Souvenir de ma conversation avec lui il y a huit jours. Wague, ses yeux
de café brûlant et sa mèche grise. Chez lui, c'est comme au théâtre :
une scène, des stalles, des photos, des tentures, un piano.
L'acteur, directeur de tournée, professeur et camarade de Colette se
confie. Il l'appelle le rat blanc…Avec La Chair, ils tiennent l'affiche un
an.
Fin de tournée, elle s'exhibe.
Il suffit de lui crier: « Lâchez les seins ! »

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| jeudi 20 novembre 2008, a 16:24 |
| Colette va entrer en scène |
Elle est prête.
Poings d'aplomb sur la table.
Dernier regard dans la glace.
Elle quitte la loge, longe le couloir, mate les girls blondes et dodues qui
sautent à pieds joints sur les escaliers à claires-voies, s'intéresse
aussi au pompier de service posté en coin du plateau, regarde par un
petit trou la salle vivante et fumante ; disciplinée, elle attend
modestement son tour.
Juste avant elle, Maurice Rostand entre en scène. Il vole, basques au
vent. Applaudissements immédiats. Démarrage de fusée. Récite des
vers.
Colette va maintenant entrer en scène. |
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| jeudi 20 novembre 2008, a 13:50 |
| Colette se maquille |
Théâtre des Champs-Elysées transformé en music-hall.
Ce soir, Colette y raconte une histoire au public. Elle arrive dans sa
loge sombre, lève les yeux vers le vasistas près du plafond. Il donne
sur une cour étroite et sale. Elle s'arrange la figure devant une glace
usée. Cheveux casqués d'un bonnet de caoutchouc, peignoir
multicolore pass é sur son tailleur or et bleu, elle est nue et inconnue.
Son profil ressemble au zouave de la réclame de papier à cigarettes le
Nil.
Patiente, elle étale, sur la petite table l'arsenal de sa boîte de
maquillage. Les fards, elle les saisit, les manie habilement : crayons
gras, fond de teint, chiffons…Expérience…Dextérité… En quelques
instants elle est connue et habillée.
Maintenant elle rit. Rire chargé de vitamines ( l'expression est d'Albert
Flament son critique du théâtre Daunou. Dans la Revue de Paris il
dépeint « Un Renoir au bras savoureux, à l'épiderme frais et sain. Sa
gaîté a une saveur vivante. Quelle splendide crudité que Colette ! »
Albert Flament quel personnage ! Il vient de publier un livre sur les
amours de Léautaud avec sa fameuse Panthère.
Colette dont la chair est vraiment rose dis que Flament est un salaud.
Mon admirée a une peau nette au grain serré. Sur ce point, Flament a
raison. Elle dégage de l'épanouissement. |
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| jeudi 20 novembre 2008, a 07:54 |
| Colette mange des frites |
Résumé des épisodes précédents :
Après les rêveries de Bénance, Claude Chauvière revient à Paris par le chemin de fer. Colette souhaite l'engager comme secrétaire. A-t-elle besoin d'une collaboratrice ou d'une admiratrice ?
Colette chez le couturier, La première aperçoit Colette, se précipite sur elle, secoue sa chevelure bleutée, s'agite dans son costume sombre. « Venez aux miroirs ! »
propose-t-elle.On s'abandonne aux mains tatillonnes des essayages entre filles ; bas de sport, pyjamas, maillots de laine pour la mer.
Le chauffeur dépose Colette devant l'église Saint Roch. Elle se hâte vers la petite échoppe de la rue du 28 juillet. Chez Gaston, son coiffeur, elle déniche la paix.Sans un mot, le coiffeur s'active. Part chercher du shampoing. Revient avec des bandelettes et des bougies de ferraille.
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Le feuilleton du jour : Colette mange des frites
Toujours chez le coiffeur
Toujours détendue
Elle déjeune.
Calée dans son fauteuil.
Plateau sur les genoux.
Tête enroulée d'une serviette.
Victuailles parmi les brosses les lotions et les boîtes :
Victuailles : pommes frites,escalope, oranges ; pinard.
Les voix de Gaston et de Colette s'élèvent d'un ton :
« Qu'est-ce que vous pensez de mon petit bordeaux-là, Madame
Colette ?
- Il est fruité mon cher Gaston
- Oui Madame, fruité par la passion
Rôt de plaisir de la gourmande satisfaite. Elle est servie, se tourne vers
moi, réfléchit profondément, prend sa respiration et me dit : « Ils sont
humains ces gens là ». Elle se penche sur son fauteuil pour les
regarder : ils mangent dans la cuisine.
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| mercredi 19 novembre 2008, a 22:09 |
| Colette chez son coiffeur |
Résumé des derniers épisodes :
Après les rêveries de Bénance, Claude revient à Paris par le chemin de fer. Colette souhaite l'engager comme secrétaire. A-t-elle vraiment besoin d'une collaboratrice ?
Entre deux jardins du Boulevard Suchet, l'hôtel particulier a le charme
des maisons closes. Chambre à coucher aux murs de batik ocre et noir...
Colette fait des courses. Claude l'accompagne.
Comme chez elle, oui, chez G.P. , elle est comme chez elle.
On y parle mœurs du temps .
On s'abandonne aux mains tatillonnes des essayages entre filles ; bas de sport, pyjamas, maillots de laine pour la mer.
Dernier épisode : Colette chez son coiffeur
Le chauffeur dépose Colette devant l'église Saint Roch. Elle se hâte
vers la petite échoppe de la rue du 28 juillet. Chez Gaston, son coiffeur,
elle déniche la paix. Chez Gaston, elle dort pendant qu'on lui polit les
ongles. Détente. Elle vient dans cette sombre arrière- boutique depuis
plus de vingt ans. Elle est sûre que Gaston voit encore en elle la jeune
campagnarde débarquée à Paris. Chez lui, elle ressent le bien être des
gens de peu, la vraie détente du trimard recru. La bête se repose à
l'écurie.
Sans un mot, le coiffeur s'active. Part chercher du shampoing. Revient
avec des bandelettes et des bougies de ferraille. Colette, front incliné
sur le lavabo de porcelaine, roupille. Elle frissonne. Le coiffeur pose
sur ses épaules de lutteuse un peignoir de coton blanc. Pas de décor.
Pas de corvée de représentation. Pas de rôle. Elle dort.
L'importun entre dans le salon de Gaston. Mimique de surprise.
Maintenant il s'enquiert : « C'est ça Colette ? » Le coiffeur lui fait signe
de se taire. L'homme vient prendre un rendez vous pour sa fille ;
scandalisé il continue : « La dame qu'on teint. - Est-ce possible ? Est-
ce permis ? »
Claude, la secrétaire, dans un dîner officiel s'est vue questionnée par
des personnages factices et conventionnels : « Pourquoi elle a
ces idées là ? »
L'épicière souhaite Colette svelte.
Le pharmacien la veut morbide.
La fleuriste pense qu'elle lui ressemble.
Dans une soirée, un snob, pathétique et définitif a dit : « Je l'adore ». Il
ne saura jamais pourquoi !
Colette se réveille. Gaston ferme boutique. Colette va manger ce qu'il
lui a préparé |
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| mardi 18 novembre 2008, a 13:09 |
| Moeurs |
Le travail de secrétaire de Claude Chauvière et les moeurs de Colette.
Plus tard, Colette s'invite chez son amie Gabrielle. Plusieurs jeunes femmes essayent des vêtements à la mode. Colette trouve ça épatant.
Elle participe, s'abandonne aux mains tatillonnes des autres femmes. Sa peau frissonne. Je me crois rue des Moulins. Elles se dénudent pour passer : bas de sport, pyjamas, maillots de laine pour la mer.



La porte de la chambre s'ouvre lentement, une timide jeune fille apparaît, annonce d'une voix à peine audible: " je veux être mannequin". Elle est belle comme un Rubens. Pause. Elle attend de Colette une réaction qui ne vient pas. ne recevant aucun signe, elle baisse la tête et murmure : "Je vais essayer un pyjama" « Elle a les hanches trop fortes » marmonne Colette qui s'en va. J'emboîte le pas .
Maintenant nous voilà chez un chapelier qu'elle fait marcher.
Elle aime les chapeaux à larges bords.
« Mon petit Claude, quelle sotte idée, elles ont, de dévoiler leur front
ainsi ! Leur visage dépouillé est scandale permanent, scandale
d'aridité »
Alors chez M.R. , un chapelier à qui elle n'a jamais rien acheté,
elle exige :
-- Des bords surtout !
Elle affectionne depuis toujours la même forme de chapeaux.
Le chapelier L…. les lui fournit.
Elle lui est fidèle. |
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| mardi 18 novembre 2008, a 10:31 |
| Colette chez le couturier |
La première aperçoit Colette
Elle se précipite
Secoue sa chevelure bleutée
S'agite dans son costume sombre
« Venez aux miroirs ! » propose-t-elle.

Colette prend la main de la beauté glacée.
A deux, elles escaladent une sorte de scène éclairée par un jeu savant
de miroirs.
Elles se voient de dos, de face, de profil.
Colette aime les ors et les bleus et ors de Fra Angelico,
la radiance, l'effulgence des vêtements d'autel :

Bleus et jaunes de Vermeer : matité gorgée

Depuis Byzance et l'Angélico on a guère osé
Porter un habit de lumière
Et de sucs de la terre
Pourtant au noir Colette se résigne, « dame de l'auteur / devant de
jeunes vendeuses glaciales "
Relire " La Seconde " |
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| mardi 18 novembre 2008, a 10:12 |
| Colette fait ses courses |
Traversée du Pont d'argent : une petite femme aux bas roses grelotte
sous la pluie. Colette ironique. Eloges pour une longue femme-tige en
ciré noir. Elle marche d'aplomb sur de fortes semelles, pied au chaud
dans un bas de laine rayé. « J'ai l'impression de la connaître »
chuchote-t-elle en s'avançant sur le Pont d'Argent.
« C'est qui ?
- Une femme d'instinct
- Elle a une jupe longue
- L'instinct ? faire deviner sa jambe, tu sais, la jambe
devinée excite l'amoureux :
Mirage
Tentation
Aventure
Loterie »
Voilà maintenant Colette chez F.D. juchée sur un tabouret. Elle palpe
les soies et les velours déroulés pour elle. Chatoiement de la flore
universelle : marine, terrestre, céleste.
Extase de Colette.
Elle imagine la femme en ciré de demain.

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| lundi 17 novembre 2008, a 21:21 |
| Chez Colette |

Claude Chauvière...
Après les rêveries de Bénance, elle revient à Paris par le Chemin de
Fer. Colette l'engage comme secrétaire.
Claude tient dans sa main le penn-gaz du grand père.

Avec ce bâton rouge, l'âme bretonne la suit partout, même à Paris.
Colette habite chez Eve Lavallière ( le genre Liane de Pougy :
cocotte en 1900 puis nonne à ses vieux jours ).
Entre deux jardins du Boulevard Suchet, l'hôtel particulier a le charme
des maisons closes.
Chambre à coucher aux murs de batik ocre et noir avec trois fenêtres,
drapées de batik blanc et rouge.
On se croit rue des Moulins dans le bordel où Toulouse Lautrec
accueillait sa maman indignée.
Colette s'y installa en 1917 avant de rejoindre l'affectation italienne
obtenue par Anatole de Monzie.
Immuables, les tentures murales accueilent maintenant les rôles de
Colette.
Eve Lavallière est devenue bonne soeur.
Sur une vieille image accrochée dans la cuisine, elle danse avec
Max Dearly.

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| dimanche 02 novembre 2008, a 19:28 |
| Poème pour Renée Vivien ( suite ) |
oui, le temps de l'amour,

mon amour,
mon amour suspendu du temps de tous les jours,
j'étais le jardin d'autrefois et celui de ce jour immobile, immobile,
comme l'arbre vivant et l'arbre mort,
je me souviens,
notre amour n'eut pas d'autres lieux,
Renée, ta parole comme plainte que déplace le vent,
avec le mouvement de l'air au lieu de celui des gestes,
sauf celui de Justine derrière le battant de la porte,
avec le gobelet d'eau laiteuse à peine troublée ,
toujours renouvelée,
mais déghouthantes admiratrices ne le disaient pas,
sauf Coletthe
à qui tu flanques l'h anglais à toutes les dentales
je m'adlocutais de ton incarnation :
Jane Grey à la nuque blanche,
je me terrorisais de ton supplice,
à te voir, flot de cheveux blonds sur le billot,
cheveux de Renée : paille fine
tendre fossette du menton effacée, pourquoi ?
tu dis que ton existence est pure emmerdation
et tu meurs avant trente ans
finie ta belle phrase de vie
de Bénance je t'écris .
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| lundi 20 octobre 2008, a 09:34 |
| Le Colonel Paul Rollet |
Le Colonel Rollet, bel homme, avec ensemble bouc-moustache et oreilles dégagées. Elégance discrète.Je suis comme fulgurisèe. Pas un " va de la gueule " comme Paul, ce beau frère
dont les propos anticléricaux gènent Nelly, l'épouse distinguée. Pas une ride du visage marmoréen ne bouge au récit des exploits politiques du " toujours battu " ( c'est son surnom dans le canton ). Gaston évoque maintenant Jeanne d'Arc avec grossièreté. Cette fois la moustache du colonel frémit. |
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| Présentation | monpetitclaude
Mêlant éléments biographiques et imaginaires, je me glisse dans la peau de Claude Chauvière, au plus près de sa relation à Colette.
Fulgence Chauvière
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