Moi, Fulgence Chauvière,je n'ai pas l'instinct de propriété,et, je sens revivre Emmanuel Chauvière en moi!
Pourquoi ?
Parceque, j'ai retrouvé, une note de Claude Chauvière, sur les exploits révolutionnaires de son papa alors âgé de moins de 18 ans !.
Emmanuel Chauvière, par la suite, député blanquiste de Paris, déclara les 24 et 30 janvier 1869 à la Rotonde et à Belleville:
"Dans l'organisation actuelle du travail, il y a deux sortes d'individus: les uns qui prélèvent les neuf-dixièmes sur le travail, les autres qui prélèvent un dixième, les uns qui consomment sans travailler, les autres qui travaillent sans consommer. Ceux-ci ne possèdent rien, ceux-là possèdent la source de toutes les productions... la terre ! Nous naissons et déjà nous pouvons nous demander si la terre est faite pour tous ou pour quelques-uns. Nous posons le pied quelque part. À qui appartient ceci ? À un propriétaire. Nous grandissons. Et parce que nous n'avons pas de propriété, il nous faut travailler pour le propriétaire. Nous grandissons encore et nous prenons un fusil. Et il faut aller nous faire tuer pour défendre la propriété d'un propriétaire. Pour ces propos, et l'appel au drapeau rouge, il écopera de six mois de prison pour "excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres".
Allons, Babeuf n'était pas encore vraiment mort !
Allons, moi, Fulgence Chauvière,née dans les années 1980, je fais la révolution avec Emmanuel, pendant que Claude Chauvière,née avant 1900, devenue Comtesse de Récusson, compose avec son réactionnaire de mari.
Colette après la mort de Claude Chauvière a écrit (1) :
« On me dit : double congestion pulmonaire - on me dit : angine de poitrine – Saviez-vous qu'elle était mariée et comtesse de Récusson et que son mari habitait très près d'elle, sinon avec elle ? Elle ne m'en a jamais dit un mot, cher ami, ni à vous non plus probablement ?… »
Colette découvre donc un mystère de Claude.
Secrète, ma cousine.
Colette ignorait-elle que Récusson était son premier mari ?
Manifestement oui !
Ignorait-elle qu'elle revint vers Récusson avant de mourir ?
Oui.
Elle s'inquiéta surtout du devenir des lettres échangées avec Claude.
Eut-elle des remords d'avoir précipité le divorce de Claude d'avec le journaliste Georges Le Fèvre dans les années 30 ?
On le saura, en lisant ces lettres égarées.
(1) Lettre de J. Canqueteau ( 23/7/1939) à André Lebey, reproduisant partiellement la lettre que Colette lui envoie.
Devant la tombe les amis du souvenir. Petit groupe de l'A.S.C.C.
De chaque côté , sur le sable mou, deux cyprès géants.
Des sépultures « relévées » entourent la tombe de Claude Chauvière.
Morts oubliés. Emplacements vides de tombes expulsées.
Haut de tombe avec stelle ; on y lit deux dates : janvier 1825, juin 1937.
Pourquoi ces deux dates ?
La croix de haut de tombe est cassée , rouillée, décapitée, sans Christ, donc sans souffrance. Croix simplement déposée sur le devant de tombe.
Sur la croix en deux morceaux, une couronne de fleurs, de liserons et de raisins. Pas de Christ sur la Croix.
La croix cache le nom de Claude Chauvière. Mon petit collier de coquillages y est encore accroché.
Nom écrit en lettres énormes avec d'élégants caractères. Pas de dates, aucune mention.
Sobriété.
Juste une plaque de pierre noire (à moins que ce ne soit de l'ardoise.)
Je suis adossée sur le muret de pierre du cimetière.
Devant moi, la tombe de Claude Chauvière et de ses amis du souvenir.
Derrière moi, c'est-à-dire devant Claude, un potager printanier et un verger d'abricotiers et de cerisiers.
Claude a choisi ce cimetière. S'est elle accoudée sur ce muret en regardant l'Eglise Notre-Dame ? Y-a-t-elle prié ? Elle faisait ses économies pour acheter la concession. Ses amis l'ont installée ici, tombe 372, la mort venue. Ces amis là étant maintenant morts, nous sommes ici pour enrichir Claude de nos rêveries.
Devant moi, c'est-à-dire à la gauche de Claude, la tombe très bien entretenue de la famille Vincelot-Lemester.
Je n'ai jamais vu de cyprès aussi grands qu'ici. Ils veillent sur Claude Chauvière, en attendant la Résurrection des Morts et, plus spécialement, la résurrectionde la résidente de la tombe 372.
Claude Chauvière, beaux sentiments, force de conviction, belle écriture, beaux livres.
L'A.S.C.C.( Amis du Souvenir de Claude Chauvière) entretient la flamme .
Fulgence Chauvière
Devant la tombe les amis du souvenir. Petit groupe de l'A.S.C.C.
De chaque côté , sur le sable mou, deux cyprès géants.
Des sépultures « relévées » entourent la tombe de Claude Chauvière.
Morts oubliés. Emplacements vides de tombes expulsées.
Haut de tombe avec stelle ; on y lit deux dates : janvier 1825, juin 1937.
Pourquoi ces deux dates ?
La croix de haut de tombe est cassée , rouillée, décapitée, sans Christ, donc sans souffrance. Croix simplement déposée sur le devant de tombe.
Sur la croix en deux morceaux, une couronne de fleurs, de liserons et de raisins. Pas de Christ sur la Croix.
La croix cache le nom de Claude Chauvière. Mon petit collier de coquillages y est encore accroché.
Nom écrit en lettres énormes avec d'élégants caractères.
Sobriété.
Juste une plaque de pierre noire (à moins que ce ne soit de l'ardoise.)
Je suis adossée sur le muret de pierre du cimetière.
Devant moi, la tombe de Claude Chauvière et de ses amis du souvenir.
Derrière moi, c'est-à-dire devant Claude, un potager printanier et un verger d'abricotiers et de cerisiers.
Claude a choisi ce cimetière. S'est elle accoudée sur ce muret en regardant l'Eglise Notre-Dame ? Y-a-t-elle prié ? Elle faisait ses économies pour acheter la concession. Ses amis l'ont installée ici, tombe 372, la mort venue. Ces amis là étant maintenant morts, nous sommes ici pour enrichir Claude de nos rêveries.
Devant moi, c'est-à-dire à la gauche de Claude, la tombe très bien entretenue de la famille Vincelot-Lemester.
Je n'ai jamais vu de cyprès aussi grands qu'ici. Ils veillent sur Claude Chauvière, en attendant la Résurrection des Morts et, plus spécialement, la résurrectionde la résidente de la tombe 372.
Claude Chauvière, beaux sentiments, force de conviction, belle écriture, beaux livres.
L'A.S.C.C.( Amis du Souvenir de Claude Chauvière) entretient la flamme .
Claude Chauvière nous a quittés il y a 70 ans, un jour de Vendredi Saint.
Interruption de la fiction biographique dédiée à Claude Chauvière. Comme chaque année, je décore sa tombe avec des colliers de coquillages.
Lecture de L'Etoile Vesper.
Petit musée d'images du classeur de Colette.
Meuble à deux portes et tablier, offert par Edouard de La Gandara, l'antiquaire.
Colette y range ses souvenirs.
Elle y expose ses souvenirs les plus chers.
Mélancolie de fin de vie.
Epinglée sur la photo de Claude Chauvière une liste des offices du vendredi-saint. A côté, une autre photo, celle de Renée Hamon, en gros pantalon de laine, devant une maison bretonne.
Colette se parle à elle-même :
« Rien ne justifie qu'une liste des offices du vendredi-saint soit épinglée à la photographie d'une autre jeune femme : celle-ci eut dans les lettres un renom trop court : Claude Chauvière. L'une casanière et faible, l'autre coureuse des mers, elles sont tombées, à peu d'années d'intervalle, au même âge, Chauvière laissant quelques romans, et Renée Hamon deux relations de voyages aux antipodes. »
Peut-etre une larme sur les joues de Colette.
Ses amies sont parties. Polaire la même année que Chauvière.
Polaire dont Colette garde le portrait en petite fille modèle. Volonté d'innocence de l'austère peintre Antonio de la Gandara , frère d'Edouard.
Forte relation entre Colette et les deux jeunes femmes. Longtemps après, Colette le reconnaît :
« Elles valaient la peine d'être aidées ; elles avaient coutume de dire que je les aidais, mais je crois que c'est elles qui m'ont porté secours. »
Colette dans sa complexité avouée. Reconnaissance de l'amour qui lui fut porté.
Colette, comme Barrès : « Je n'ai rien près de moi que mes morts, des êtres enrichis par mes songeries. » (Mes mémoires)
Moi : Mais Madame Colette, Cocteau est un type épatant. Huit jours pour écrire les enfants terribles ; Fabuleux !
Elle : Mon petit Claude, moi, j'ai l'honneur de mon métier. Je travaille honnêtement, aussi bien que je le peux, avec sévérité.
Elle trouve l'inspiration. S'arrête. Long silence. La pièce entière s'accorde au seul rythme de la respiration de Colette. Difficile et saccadé. Rythme pénible. Elle lève les yeux vers moi ; J'entends à peine son murmure : Tu veux rester, mon petit Claude, reste. Mais je te défends de respirer. Etends-toi, tu me reposeras. Tu parles trop. Si tu as soif, demande à Pauline.
Vous ne deviez pas perdre de temps à vous occuper de moi. Vous dîtes
Que je dois « réinventer le passé » . Je n'y peux rien. Je m'embourbe dans les marécages de mon enfance.
Vous, Madame, vous êtes comme un lierre qui résiste à tout sur un muret de Bretagne. La mort, chère Madame Colette, ne vous intéresse pas.
Moi, je viens d'un pays où l'on a le culte de la mort. Je suis du paysd'Anatole Le Braz.
En ce moment, je vis dans la maison de mes grand parents et je pense aussi beaucoup à mes parents, trop tôt disparus. Ils n'étaient pas prêts de moi, sauf à leur fin quand je les ai soignés.
Je pense beaucoup à la façon dont-ils m'ont casée en pension. Au fait, c'est moi qui l'ai demandé.
Un jour j'ai dit papa je voudrais bien m'instruire.
- Elle a raison cette petite , nous l'oublions complètement
- Mettons là en pension dit maman
Je fus vite placée à bon compte, dans un pensionnat où on prenait aussi les enfants de l'Assistance Publique.
Je sais que vous me croirez difficilement. C'est normal, vous ne pouvez imaginer pareil placement pour la fille d'un député.
Mes parents reçus dans l'aile réservée aux visiteurs de marque furent enchantés.
- Qu'il fait bon de vivre ici dirent ils.
La Directrice,Madame Duveau, acquiesce, me conduit au réfectoire des grandes. Il émane de sa personne une odeur fétide. Les vêtements de cette énorme femme sont imprégnés des reliefs oubliés sous les bancs du réfectoire. Le monstre aime cet espace où il commente les notes obtenues et humilie les pensionnaires mal notées ou indisciplinées.
Vous n'avez pas idée des vexations que j'ai pu endurer dans ce réfectoire pendant trois ans. Le gros hic, c'était le règlement de ma pension Constamment endettés, mes parents - Poulaille en parle même dans son livre !- ne la payaient pas régulièrement. Je suppose que vous avez connu des gens prodigues comme eux. Ah ça… eux qui se disputaient tout le temps, savaient se mettre d'accord pour dépenser des sommes folles pour leurs bonnes oeuvres et ne pas payer leurs dettes. Ils se frottaient même les mains à la seule idée du profit, même le plus dérisoire qu‘ils pourraient faire sur le dos de leurs créanciers.
- Vous, 47, disait la vieille chouette, vous, dont je supporte la présence dans mon établissement, car vous n'ignorez pas que vos parents me doivent 732 fr.75, vous, expliquez moi la preuve par 9.
Pendant trois ans mon seul réconfort fut la messe. Et là je désobéissais sans remords à des parents, libres penseurs,militants pour laconfiscation des biens du clergé.
Evidemment, je ne suis pas baptisée. Personne ne le sait. Alors je vais à confesse avec l'abbé Parisse. Depuis que je l'ai croisé dans le couloir du réfectoire, je ne manque pas une occasion de le rencontrer.La première fois, je l'ai vu arriver de loin. Je ne sais pas, sa démarche sans doute, majestueuse, un visage aux traits nobles et fins. Et puis cette voixentendue du bout du couloir. Une voix chaude. Plus près de moi je lui trouve un front bien pâle, en contraste avec des yeux ardents. Je le trouve romantique. Dans mes souvenirs, il ressemble à Anatole Le Braz.
Précision : à l'époque je ne sens pas le parfum d'amour profane, émanant de cette admiration.
Seule compte la recommandation de prier avant de m'endormir . L'Ave et le Pater deviennent alors le prélude de chaque endormissement, sans que mes parents n'en sachent jamais rien.
Même que je récite mes prières quand, papa me sort de « boîte » pour collationner des documents sur « la vérité et la raison », un livre où, à chaque page, les prêtres sont attaqués. Je profite des absences de papa pour écrire un autre livre dont je lui attribue la paternité et que j'intitule « Notre âme » .
Vous voyez le travail ! Sachez quand même que je lui ai révélé ce secret au soir de ses derniers jours.
Claude secrétaire de Colette accompagne son adorée faire ses emplettes. Elle la suit jusque dans sa loge et recueille les confidences de Georges Wague sur l'époque,où, avant guerre elle jouait la pantomime.
Feuilleton du jour :
Wague reprend les mots de Louis Delluc dans Comoedia Illustré :
« Bohémienne mendiante ou chatte, vous tendiez votre gorge nue au
couteau d'un Bulgare mélodramatique . »
Nouvelles confidences de Wague. « Elle a une personnalité, voilà. Dans
la pantomime, les yeux comptent. Les yeux, c'est l'expression. Colette
ferme les siens. Effet garanti : expression par l'immobilité. Elle ne fait
rien comme personne. » Il va vers son bureau, me tend un porteplume
dans lequel on voit une cathédrale. « En tournée, elle achetait un tas de
saletés avec les petites sommes que je lui donnais, des paniers pour
son clébard, du papier pou compliments bordé de dentelle. On gagnait
à trois cinq cent francs par cachet. Et des sous d'avant guerre ! Trois
artistes, c'est peu de frais. Chacun son succès. Christine Cerf, la
Claude Chauvière, jeune écrivaine, tient le secrétariat de Colette depuis peu. Elle accompagne son admirée dont elle se moque aussi en douce. Coiffeur, essayages, chapelier, loge avant le spectacle...
Ce soir elle l'accompagne au théâtre..
Dernier épisode : Colette et le lâcher de seins
Théâtre des Champs-Elysées : vaste vaisseau.
Colette bredouille d'abord un peu. Public turbulent.
La voix s'affermit. Elle va jusqu'au bout sans défaillance.
Jusqu'au bout, non du pensum, mais de la récréation. J'admire sa
volonté. Elle joue parfois avec trente-neuf degrés de fièvre.
Pas importantpour elle. Les fleurs qu'on lui jette sur la scène la
guérissent. Ivresse légère. Elle respire.
Jouer La Vagabonde avec Paul Poiret, le corps libéré.
Répéter Chéri, Boulevard Suchet. Chéri très canaille avec de
Guingamp, le plus canaille des gigolos. Chéri aristocratique avec
Fresnay.
Jouer La Vagabonde avec Georges Wague.
Souvenir de ma conversation avec lui il y a huit jours. Wague, ses yeux
de café brûlant et sa mèche grise. Chez lui, c'est comme au théâtre :
une scène, des stalles, des photos, des tentures, un piano.
L'acteur, directeur de tournée, professeur et camarade de Colette se
confie. Il l'appelle le rat blanc…Avec La Chair, ils tiennent l'affiche un
Après les rêveries de Bénance, Claude Chauvière revient à Paris par le chemin de fer. Colette souhaite l'engager comme secrétaire. A-t-elle besoin d'une collaboratrice ou d'une admiratrice ?
Colette chez le couturier, La première aperçoit Colette, se précipite sur elle, secoue sa chevelure bleutée, s'agite dans son costume sombre. « Venez aux miroirs ! »
propose-t-elle.On s'abandonne aux mains tatillonnes des essayages entre filles ; bas de sport, pyjamas, maillots de laine pour la mer.
Le chauffeur dépose Colette devant l'église Saint Roch. Elle se hâte vers la petite échoppe de la rue du 28 juillet. Chez Gaston, son coiffeur, elle déniche la paix.Sans un mot, le coiffeur s'active. Part chercher du shampoing. Revient avec des bandelettes et des bougies de ferraille.
Après les rêveries de Bénance, Claude revient à Paris par le chemin de fer. Colette souhaite l'engager comme secrétaire. A-t-elle vraiment besoin d'une collaboratrice ?
Entre deux jardins du Boulevard Suchet, l'hôtel particulier a le charme
des maisons closes. Chambre à coucher aux murs de batik ocre et noir...
Colette fait des courses. Claude l'accompagne.
Comme chez elle, oui, chez G.P. , elle est comme chez elle.
On y parle mœurs du temps .
On s'abandonne aux mains tatillonnes des essayages entre filles ; bas de sport, pyjamas, maillots de laine pour la mer.
Dernier épisode : Colette chez son coiffeur
Le chauffeur dépose Colette devant l'église Saint Roch. Elle se hâte
versla petite échoppe de la rue du 28 juillet. Chez Gaston, son coiffeur,
elle déniche la paix. Chez Gaston, elle dort pendant qu'on lui polit les
ongles. Détente. Elle vient dans cette sombre arrière- boutique depuis
plus de vingt ans. Elle est sûre que Gaston voit encore en elle la jeune
campagnarde débarquée à Paris. Chez lui, elle ressent le bien être des
gens de peu, la vraie détente du trimard recru. La bête se repose à
l'écurie.
Sans un mot, le coiffeur s'active. Part chercher du shampoing. Revient
avec des bandelettes et des bougies de ferraille. Colette, front incliné
sur lelavabo de porcelaine, roupille. Elle frissonne. Le coiffeur pose
sur ses épaules de lutteuse un peignoir de coton blanc. Pas de décor.
Pas de corvée de représentation. Pas de rôle. Elle dort.
L'importun entre dans le salon de Gaston. Mimique de surprise.
Maintenant il s'enquiert : « C'est ça Colette ? » Le coiffeur lui fait signe
de se taire. L'homme vient prendre un rendez vous pour sa fille ;
scandalisé il continue : « La dame qu'on teint. - Est-ce possible ? Est-
ce permis ? »
Claude, la secrétaire, dans un dîner officiel s'est vue questionnée par
des personnages factices et conventionnels : « Pourquoi elle a
ces idées là ? »
L'épicière souhaite Colette svelte.
Le pharmacien la veut morbide.
La fleuriste pense qu'elle lui ressemble.
Dans une soirée, un snob, pathétique et définitif a dit : « Je l'adore ». Il
ne saura jamais pourquoi !
Colette se réveille. Gaston ferme boutique. Colette va manger ce qu'il
Le travail de secrétaire de Claude Chauvière et les moeurs de Colette.
Plus tard, Colette s'invite chez son amie Gabrielle. Plusieurs jeunes femmes essayent des vêtements à la mode. Colette trouve ça épatant.
Elle participe, s'abandonne aux mains tatillonnes des autres femmes. Sa peau frissonne. Je me crois rue des Moulins. Elles se dénudent pour passer : bas de sport, pyjamas, maillots de laine pour la mer.
La porte de la chambre s'ouvre lentement, une timide jeune fille apparaît, annonce d'une voix à peine audible: " je veux être mannequin". Elle est belle comme un Rubens. Pause. Elle attend de Colette une réaction qui ne vient pas. ne recevant aucun signe, elle baisse la tête et murmure : "Je vais essayer un pyjama" « Elle a les hanches trop fortes » marmonne Colette qui s'en va. J'emboîte le pas .
Maintenant nous voilà chez un chapelier qu'elle fait marcher.
Elle aime les chapeaux à larges bords.
« Mon petit Claude, quelle sotte idée, elles ont, de dévoiler leur front
ainsi ! Leur visage dépouillé est scandale permanent, scandale
d'aridité »
Alors chez M.R. , un chapelier à qui elle n'a jamais rien acheté,
elle exige :
-- Des bords surtout !
Elle affectionne depuis toujours la même forme de chapeaux.
Liane a ravivé chez moi une certaine poésie, celle de Renée Vivien. Liane partie, je reste avec mes poèmes. Les chemins de mon enfance estivale et marine me conduisent entre Néret et Truscat. Plongée dans l'antique forêt de la presqu'île, je m'imagine.
Couëtdihuel... c'est le nom celtique de cette forêt.
Plus près de nous, les histoires de nos anciens évoquent le trou du diable, près du fossé du château. Son propriétaire, le Marquis de Breuilpont, demande aux promeneurs de se signer à l'approche du trou.
Suis restée à Bénance. Irai plus tard à Branféré. Je rêve de l'inde . Dans l'île magique de Truscat, je chasse le tigre. Pertuiset traquait bien le lion !Un jour Olivier Rollin écrira un livre à succès sur ce bouffon- modèle de Manet.
Les villageois me demandent de les débarasser de deux tigres. Comme dans le conte de Renée Vivien, j'attache un veau blanc à un arbre et j'attends.
Je relis souvent le " Trahison dans la forêt " de ma belle poètesse.
J'ai rencontré le chemineau Malézieux près de Sarzeau. A chaque retraite ici, je vais sur les hauteurs qui dominent Le Ruault. On y domine le Golfedu Morbihan, avec toutes ses petites îles. Mon amie Anne habite l'une de ses îles : Tascon . Il n'y a pas plus de dix maisons dans l'île. En cette fin de printemps les oiseaux migrateurs sont partis. L'hiver, la nuit, c'est impressionnant. les oiseaux de mer croassent. Le père d'Anne prend son fusil et met sa barque à l'eau. La chasse commence.
Chaque matin, il part en mer, avec une certaine angoisse. La crainte de ne rien prendre l' habite. S'il le faut, ils ramènera un héron ou un cormoran. Avec ses mains pleines de crevasses, il charge son bateau de flottes de goémon qui engraisseront la terre pour donner des pommes de terre. L'hiver, il fait très froid, sa peau est aussi cuite de gel que de soleil.
Le soir, à la belle saison, comme maintenant, je me promène dans le bourg . Les femmes, au moment de l'Angélus, sont sur le pas de la porte, elles tricotent. Les cloches annoncent l'Office du lendemain. Si c'est un enterrement, on se murmure le nom du mort avec décence. On est heureuse d'être encore là . Avec cette satisfaction, on va passer une bonne nuit.
Après la soirée du Majestic, je réfléchis sur ce monde artificiel d'écrivains cabotins ,de demi-mondaines et de politiciens. Je vois trop souvent Anatole. Ses manoeuvres politiciennes incessantes m'énervent . Il vient de mouiller Romain Rolland dans une sombre histoire d'Union paneuropéenne. Après avoir rétabli les relations avec le Saint Siège, il complote avec les communistes pour que la France reconnaisse le gouvernement soviétique. Il est loin le temps où il faisait expulser des moines de leur abbaye entre deux cordons de gendarmes. C'est une girouette politique; Le contraire de l'idéal porté par mon père.
. Arranger les choses, concilier l'inconciliable, c'est permanent chez Anatole. Dans quelquesannées, il cherchera même à rapprocher Hitler des alliés par la médiation de Mussolini ! Anatole, tu devrais te consacrer à la littérature, tu écris si bien . J'aime ton livre : La Mort de Julie. Ecris au lieu de te faire bouffer par la politique et par tes réunions de Comices Agricoles du Lot.
Tu te dis : il est urgent, mon petit Claude que tu changes d'air. Tu vas retourner aupays du chemineau Malézieux, du côté de Sarzeau.Tu vas oublier ce monde. Allez , décides-toi vite mon petit Claude.
Te voilà à la gare Montparnasse avec des oeufs durs, des petit pains et un cornet de sel. Finies les élégances du Majestic. Tu voyages en troisième classe avec une famille qui part à un enterrement : le petit garçon s'assoupit entre deux couronnes mortuaires, la mère et ses deux filles mangent du saucisson à l'ail, le père boit des rasades de pinard avec sa gourde de poilu.
Tu vois défiler des villes aux toits toujours pareils qui brillent au soleil. Vergers en fleurs, vaches dans la luzerne , cabrioles de poulains dans un champ... Tu retrouves un monde oublié, celui du chemineau Malézieux..
Le train s'arrête dans les petites gares. La garde-station caresse le bras du mécanicien avec son drapeau rouge. Des cantonniers poussent un roupillon sur un tallus de ballast. Le cocher s'impatiente devant la barrière trop longtemps baissée. Le cheval, lui, se repose.
La locomotive poussive repart en lâchant des volutes de fumée dans les arbres. Des militaires agitent leurs mouchoirs vers des jeunes femmes.
A la gare suivante, tu descends du train et monte dans l'omnibus de correspondance. Deux religieuses prient en égrenant leur chapelet.Une gamine boutonneuse se mouche bruyamment.. Pas un mot pendant les dix minutes de trajet. Dans le ciel bleu, une écharpe d'alouettes se déploie. Sur sa butte, un moulin à vent tourne obstinément Les prés sont mouchetés de petites fleurs des champs. On croise des carrioles dont les occupants se protègent du soleil avec un parapluie ouvert en guise d'ombrelle.
Mon petit Claude tu es arrivée au pays où tu as rencontré le chemineau Malézieux.
Sa poitrine velue te rappelle Malézieux, l'homme de ton premier élan sexuel : un chemineau à la poitrine velue, dégoulinante de sueur.
Véritable forêt mouillée, sa parure pue le bouc. C'est pour toi le premier appel à la bête.
Sur le visage tanné du chemineau, sur les plis tourmentés de son cou, ça coule en abondance, inondant la femelle que tu es devenue. La sueur perle à l'extrémité de chacun des poils du mâle. Il peine tellement qu'il en bave sur tes yeux fermés.
Malézieux le chemineau t'a secourue quand tu es tombée comme morte près de lui. A ton entourage indifférent, il a dit inquiet : " elle est touteblanche. J'men vas la porter à l'hôpital ".
Malézieux est secoué de dévouement de la tête aux pieds, lui qui évite les gendarmes dont il a peur et les femmes qui ont peur de lui. Tu l'aimes comme une vierge émue, comme une créature éblouie bénissant son sauveur.
Le chemineau est lumineux dans ta nuit sans étoile. Pour ton malheur, il continue de cheminer , pendant que tu guéris à l'hôpital.
Le temps d'être serrée dans ses bras, tu as cessé d'être la femme de personne.
Que dirait Marcel Proust de ce désir jaillissant dans l'instant avec ton mâle velu ?
Tu as droit à ton plaisir, lui au sien avec ses duchesses et sa psychologie complexe.
Toi, quand tu fais l'amour, tu ne raisonnes pas. Tout ça, tu l'as écrit dans ton livre : La Femme de Personne
Nous quittons le Majestic, Proust part peu après. Proust invite les Schiff , les emmène dans le taxi de Célestin Odilon, le mari de Céleste son indispensable gouvernante. Mais Joyce est là. Il s'incruste, saute dans le taxi pour le dernier champagne chez Proust. Bourré, pas seulement d'alcool, mais aussi de complexes, le Joyce ! Il imagine Proust dans un somptueux appartement près de L'Etoile .Ca le fascine, lui, dont la compagne Nora, vit à Londres dans l'attente d' un bel appartement à Paris. Joyce trouvera vite un appartement autrement plus luxueux. Je le rencontrerai bientôt au Café Francis, en compagnie de Nora.
Dans le taxi pour aller rueHamelin, Joyce allume un cigare et baisse les vitres. Sydney Schiff les remonte et fait éteindre le cigare. Proust parle beaucoup, ignore Joyce, sauf à l'arrivée, rue Hamelin. Là, avec autorité, il demande à Célestin de ramener Joyce chez lui. Débarassé , Proust emmène ses amis Schiff, boire le dernier vers dans son austère tanière.. Joyce fera la tournée des bars avant de revenir chez lui, ivre-mort.
Pendant ce temps, je suis avec Anatole, dans notre petit hôtel de la rue des Moulins. Lui, agenouillé sur la descente de lit. Moi allongée sur le drap, en travers. Il a installé des coussins sous mon ventre. Sa langue fait des mouvements complexes qui m'électrisent. Langue agile et acrobatique comme les danseurs de Diaghilev. A croire que l'imprésario des Ballets russes est aussi celui de la langue d'Anatole. Cette langue de diable a mis mon corps en feu. Le jour est levé, mais pour moi, la nuit ne fait que commencer .Ce soir, je ne suis plus La Femme de Personne
Mes dialogues imaginaires entre Proust et James sont interrompus par l'odeur d'urine des rognons de James. Assise au milieu de la coterie de Proust, je me suis échappée dans un ailleurs, fruit de mon imagination.. Quand je m'embête, je rêve. Les vrais personnages qui m'entourent se transforment au gré de mon imagination, s'animent autour de moi. Spectacle de marionnettes dont je tire les ficelles et dont je me retire maintenant pour retrouver Anatole:
Moi : Anatole, pourquoi elle n'est pas là Colette ?
Lui : Trop occupée entre son mari et le fils de son mari !
Moi : Ca durera jusqu'à quand ?
Lui : Je pense qu'à la fin de l'été, la saison de ses amours terminée, on la
verra sans peine.
Moi : Didont, Anatole, tu crois pas que tu te moques un peu des femmes !
Lui : Pas du tout,mon petit Claude, simplement ma chère Colette est un
oiseau dont le coeur bat au rythme des saisons. Jouvenel me l'a
dit, tel quel. Je l'ai vu hier, tu sais Colette couche avec son fils. Ya de
quoi être furibard. Le gamin n'a pas dix neuf ans !
Moi : Elle fait ce qu'elle veut Colette. Pourquoi tu dis rien quand tu lis ce
Joyce écrit sur son Bloom qui couche avec des gamines de quinze
ans ? Deux poids deux mesures, tu crois que c'est juste ?
Lui: Ulysse est une grande oeuvre épique et satirique
Moi : Ils sont magnifiques, Proust et Joyce. Mais c'est désir d'homme, plaisir d'homme, langage d'homme. Et les femmes? Rachilde éclipsée depuis des années. Colette critiquée quand elle aime. Marguerite Audoux méprisée, Renée Vivien oubliée, Marie Lefranc ignorée, Anna de Noailles boudée.
Dans la voiture qui nous conduit rue des Moulins à la fin de la réception,
les premiers vers de La Vie Profonde d'Anna de Noailles me reviennent :
Etre dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Etendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains
Poésie qui rend beaux les désirs, ceux de la femme et ceux de l'homme, les miens et ceux d'Anatole. Poésie de la passion qui nous brûle en faisant fi des modes littéraires. Bonsoir à mes petites soeurs les femmes. Bonjour à vos désirs... Je souhaite pour vous la vie Profonde chantée par Anna.
On imaginera aisément la réponse donnée par Joyce aux affres introspectives de Proust, citations d'Ulysse à l'appui.
-- Monsieur, pour les femmes je ne suis pas d'accord, elles valent par leur présence et non par leur absence ; il faut pouvoir les toucher , être carressé jusqu'à l'extase. Quand elles sont plusieurs, c'est encore mieux.
Si la femme est seule, raison de plus qu'elle ne vous fasse pas attendre !
La femme, je la veux près de moi, et pouvoir, comme dans mon livre lui dire :
" Caressez-moi. Doux yeux. Main douce, douce-douce. Je suis si seul ici. Oh, caressez-moi sans attendre, tout de suite. Quel est ce mot que tous les hommes savent ? Je suis seul et tranqille. Et triste. Touchez- moi,touchez-moi."
-- Proust : Vous voulez toujours tout, tout de suite ?
Joyce n'écoute même pas la question . Bien cavalier, il se penche vers Violet Shiff, pour une petite messe basse, bien désobligeante pour Proust.la conversation est tombée, la gène s'installe, juste rompue par l'arrivée d'un Maître d'hôtel, tenant cérémonieusement un plateau de tripes à la main. Le visage de Joyce resplendit, devient plus rouge encore, le coq, de nouveau prêt au combat, se tourne vers Proust :
__ Joyce : Vous savez, Monsieur, les rognons de mouton au gril, quand j'en ai envie, c'est comme les femmes, je les veux tout de suite. Je suis comme Monsieur Bloom, mon héros,qui, "Par-dessus tout aimait les rognons de mouton au gril qui flattaient ses papilles gustatives d'une belle saveur au léger parfum d'urine. "
Proust : Comment pouvez vous imaginer des horreurs pareilles. Des enfants de quinze ans mêlées à de telles aventures. Et la Loi ? Et la police des moeurs ? Et le risque de se faire prendre ? Non, vraiment, ce n'est pas moral, il ferait mieux de se masturber votre Monsieur Bloom...
Joyce : La loi, justement, on y pense dans mon livre . La maquerelle avec ses prunelles de louve allumées fait bien attention pour pas que " les moeurs ils nous poissent "
Proust : Mais Molly, la compagne de Bloom, dans cette débauche, que devient elle ?
Joyce : Tout est dit la dessus dans l'échange entre Madame Breen et Bloom
-Mme Breen : " Attendez un peu la prochaine fois que je vois Molly !"
-Bloom : " Ca l'amuserait de voir... En souvenir du bon vieux temps
Je voulais simplement dire une partie carrée, une
combine mixte de tous nos petits conjugos"
Proust : Et le désir dans tout cela ? Pour aimer une femme, on ne doit pas la posséder immédiatement. La belle personne doit pouvoir dire qu'elle n'est pas libre ce soir . Vos prostituées, comme vos personnages sont toujours disponibles. Impossible de désirer une personne dont on a la certitude qu'elle ne vous échappera pas. Pour désirer il faut craindre le manque. j'ai écrit : " Les femmes unpeu difficiles,qu'on ne possède pas tout de suite, dont on ne sait même pas tout de suite qu'on pourra jamais les posséder, sont les seules intéressantes ". Vous savez, ne pas chercher à acquérir trop vite les belles choses est une condition du désir réel et durable, du désir qui rend fascinante la personne qui vous manque.
Joyce : C'est pour cela qu'il vous arrive de poser des lapins ?
Proust : oui, mais pas seulement, tenez, la duchesse de Guermantes possède beaucoup plus de vêtements qu' Albertine, mais Albertine aime davantage ses affaires ; elle passe des heures à rêver de tel manteau qui lui manque, c'est ainsi que le désir de cette parure monte en elle,.Oh! vous savez, je l'ai écrit, il en est ainsi de la valeur accordée au manque,
Que Proust, énumère à Joyce, ses afflictions physiques, est-il du plus grand intérêt ? Qu'il se plaigne d'une constipation, l'obligeant à prendre tous les quinze jours un laxatif , source de maux d'estomac, intéresse-t-il ce beau monde qui l'entoure ? Pendant qu'il livre à Joyce, ce florilège de coquecigrues, ses yeux glissent sur le chatoiement des étoffes, le bout de ses doigts se pose délicatement et subrepticement sur les manches de ses voisins de chaise, dont il ressent , jusqu'au fond de lui même, la texture mousseuse, soyeuse ou glacée.
Proust aurait pu interroger Joyce sur l'arrivée de Bloom dans MabbotStreet , le quartier des bordels. On imagine leur conversation :
Proust : Pourquoi dans votre livre, que j'ai lu, la vieille maquerelle saisit-elle Bloom par la manche ? Pourquoi frotte-t-elle contre la main de Bloom les soies qui flottent à la verrue de son menton ?
Joyce : c'est pour vendre " dix shillings une virginité. Tout frais tout nouveau, personne n'y a jamais touché. Quinze ans. Y a personne que son vieux dab qu'est soul perdu ". Que cette réponse reprenant intégralement une réplique d'Ulysse ait pu convenir au très moral et conventionnel Proust, n'est pas certain.
James Joyce s'ennuie de sa compagne Nora, restée à Londres. Dans quelques mois elle le rejoindra. Je les rencontrerai souvent au Café Francis , Place de L'Alma. Ce soir, sans elle, il est anxieux. Il boit trop. Pourtant, c'est lui qui relance la conversation :
-- Comme M. Bloom le dit dans mon Ulysses, que vous avez lu, sans doute..."
-- Mais non monsieur.
Proust ignore-t il vraiment, que, ce Bloom est le premier spécimen du nouvel homme féminin du vingtième siècle?
Méconnait il la souffrance de Bloom, son envie insatisfaite de posséder un utérus? Sans doute pas... Je pense même qu'il connait parfaitement le cri du coeur de Bloom, lorsqu'il change de sexe dans " Circé " : Oh, je désire tant être mère "
Et, c'est pour se racheter, que Proust relance la conversation... en expliquant son retard par les souffrances... de son foie. Les symptômes de ses petits ennuis sont décrits avec une précision clinique inspirée par de grands médecins : ses père et frère.
James Joyce, croit reconnaître son mal :
-- Tiens Monsieur. J'ai presque les mêmes symptômes.
Joyce et Proust se plaignent ainsi de leurs maladies jusqu'à huit heures du matin ( plutôt que de parler du nouvel homme féminin. Cette nuit là , nos deux hommes ont accouché de belles coquecigrues ! Reste à imaginer ce qu'il auraient pu se dire.
Sydney et Violet Schiff, mécènes organisateurs de la soirée veulent que James Joyce et Marcel Proust discutent ensemble. Entre deux salles, dans l'embrasure d'une porte accordéon, ils placent deux chaises face à face. Les deux écrivains s'y installent, leurs admirateurs disposés autour d'eux, en demi lune.
Proust : " Comme j'ai dit, monsieur, dans Du côté de chez Swann, que sans doute vous avez lu..."
Joyce : " Non monsieur..."
La suite de la conversation fut de la même veine.
Fermant les yeux, j'ai préféré imaginer Proust à Combray :
Proust surgit, tout gominé, vers deux heures du matin. Est il vraiment habillé ? Pas vraiment. Une étoffe noire et moirée recouvre son corps. Ses gants de chevreau blancs dépassent. A l'aise comme un familier, qui, voyant de la lumière chez ses amis, grimpe leur dire bonjour en voisin ( il habite à 500 mètres ). C'est presque ça. Il sait que Picasso est là. Il le vient voir. Il a failli le rencontrer, sur sa demande, ( Dans Proust au Majestic, Richard Davenport-Hines rappellera à la page 146 , la rencontre préparée par Max Jacob, et qui échoua, Proust, spécialiste du lapin, ayant téléphoné du Ritz qu'il était trop fatigué; ( Francis Poulenc, Cécile Sorel, Georges Auric, l'attendirent donc en vain au Jardin de ma soeur, une boîte de nuit des plus élégantes, mais qui ne valait pas de l'aveu même de l'absent " les soirées nombreuses et affectionnées comme un feu d'artifice") ). Proust sait se faire désirer.
Mais oui, Picasso est là, transformé par le succès du cubisme et rivalisant de dandysme avec Proust, sa faixa catalane nouée au dessus des yeux.
Il est loin le temps où la pauvreté le conduisait à dormir dans le même lit que Max Jacob.
Anatole et moi arrivons au Majestic vers une heure du matin. Le Majestic ne s'appelle pas encore le Raphaël . Buffet délicat avec tous les plats favoris du très attendu Marcel Proust. Viendra-t-il ? Il se décommande souvent. Sa santé est si délicate et il s'écoute tellement. Joyce est déjà arrivé. Je suis curieuse d'assister à la rencontre des deux hommes. Liane de Pougy vient gentiment nous dire bonjour. Max passe chaque été chez elle en Bretagne. Avant de devenir la princesse Ghika, elle revendiquait le titre de Reine parisienne de l'Amour. Maintenant elle tricote des chaussettes rouges pour Max. Elle écrit des nouvelles subtiles. Saura -elle garder son prince de vingt ans son cadet ? La question taraude des cercles comme celui de Nathalie et Romane. L'élégance du superficiel fait fureur dans ce Paris restreint des années folles.
Renard est modérément apprécié par le public . La musique polyphonique est encore peu connue. Nijinska transpose à Garnier sauts et cabrioles du cirque russe. Larges épaules, corps de rêve. j'admire cette danseuse. Diaghilev, a réussi ce ballet de vingt minutes, même si la très classique première partie du spectacle suscite plus d'enthousiasme. La princesse à la fin du spectacle veut m'emmener dans les loges des danseurs. " les danseurs, pas les danseuses" , précise-t-elle. elle va donc au delà de son intérêt pour les femmes. Je connais un président de club de Rugby, dont la très saphiste compagne,une certaine Denise, apprécie aussi les vestiaires masculins d'après match...
- Mon petit Claude quand on a devant soi un maître comme Gourmont, on le suit.
-- Mon père n'était pas suiveur.
-- Et Gourmont jamais flatteur !
-- Alors comment expliques tu tous ces carnets appréciés par Gourmont et jamais publiés ?
-- Par sa position dépressive .
-- Explique moi...
-- Mon petit Claude, ton père éprouvait un besoin non satisfait d'être reconnu. La reconnaissance, chez lui, tout tournait autour de ça. La peur de la méconnaissance déclenchait un comportement d'évitement. Ne pas publier évitait la non reconnaissance. C'était chez lui inconscient, comme tout mécanisme de défénse. C'est pour moi, un aspect de la position dépressive de l'écrivain. Pas facile de devenir écrivain.
Anatole vient de découvrir Sigmund Freud. Avec sa culture encyclopédique et sa soif de connaissance, il approfondit et intègre toute nouveauté sur le comportement humain. Il m'offre là des clefs pour mieux comprendre ce père, héros de la Commune de Paris, père portant si haut un idéal à mettre hors de portée de la moindre critique, même littéraire.
Moi, Fulgence Chauvière, bien vivante, je me confonds souvent avec Claude Chauvière née avant 1900. Tant de coïncidences ! tant de similitudes ! L'histoire se répète, de génération en génération.
Je suis heureuse et je chante.
" On ne chante juste que dans les branches de son arbre généalogique"
(René Char)
Colette aime les romans sentimentaux de Claude Chauvière. Aurait-elle aimé mes romans d'amour ?
Affectueusement elle l'appelle " mon petit Claude "
Colette, pleure en lisant la femme de personne. Pourtant Colette ne pleure jamais. Pleurerait-elle en me lisant ?
Véritable amie, petit Claude perce les secrets intimes de Colette dans une fiction biographique de ma composition où elle dévoile la sensibilité et la richesse émotionnelle du modèle admiré. Pourtant Colette
est peu sensible aux affects.
Je me glisse dans la peau de Claude Chauvière, comme une femme peut le faire. Je ne porte pas que son patronyme.
Les écrits de Colette témoignent de la peine ressentie à la mort de Claude, décédée le Vendredi Saint de 1939.
Année difficile pour Colette qui, cette année là, perd aussi Polaire, le contraire de ClaudeChauvière.
Pourtant Colette ne montrait guère sa peine devant la mort.
Blog dédié au député EmmanuelChauvière, au Socialisme Révolutionnaire et à la Commune de Paris.
Blog dédié à la famile Chauvière :
Marin , signataire des Cahiers de Doléances à Saint Hilarion en 1789.
Blog dédié au papa de Marin, mon ancêtre Pierre Chauvière qui mangeait de l'herbe dans les champs. Les intempéries et le Roi-Soleil affamaient mes gueux d'ancêtres.
Blog dédié à Marie Catherine, héroïne des Barricades de 1830;
Blog dédié à Auguste Paul, né en 1830, signataire de l'Affiche Rouge de la Commune de Paris. Le prénom Auguste fut donné en l'honneur de Blanqui.
Blog dédié à Maria Chauvière, Sainte laïque, mère de Claude, dont une crêche, Avenue Félix Faure, juste en face de chez moi, porte encore le nom.
Blog dédié aux grands parents Sarzeautins de Claude Chauvière et à l'enracinement breton. Beaucoup d'histoires de veillées, façon PierreJakez Hélias. Grand père avec son penn-gaz magique. Bâton noueux . Accroché sur son clou. Se balance entre le clou et l'armoire.Fait « Tic-toc » sur l'armoire quand on meure dans la hameau. On appelle çà un inter-signe. Claude Chauvière avait lu Le Braz.
Dans cette paroisse on dit que, l'Ankou, c'est le dernier mort de l'année. L'année suivante, le revenant avec sa faux rôde dans les maisons. Plus que d'une mort réelle, c'est de l'angoisse dont il est question.
Blog dédié aux auteurs et personnalités appréciées par Claude Chauvière, surtoutRémy de Gourmont et Renée Vivien.
Blog dédié aux questionnements de Claude Chauvière. Après l'âme, voilà le corps. Ressembler à Nathalie Barney, être rassurée par Hélène. La quête identitaire n'est pas simple.
J'écris par plaisir, j'aime reconstituer la trame d'une famille dans sa complexité et sa diversité. Ma famille a eu deux députés au cours de ce vingtième siècle, Emmanuel Chauvière, député socialiste révolutionnaire et Bruno Chauvierre( dont le r surnuméraire est un ajout d'état civil datant de 1857, mais il descend bien de Marin et Pierre Chauvière, comme moi, Emmanuel et Claude). Sans marcher exactement sur leurs traces, mon cher cousin Bruno, n'en fit pas moins un stupéfiant parcours intellectuel et politique et, ce n'est peut-être pas fini.
On verse parfois dans la comédie de Boulevard quand le mari de Claude se croise les pattes avec Anatole de Monzie ou les autres Abels maudits : Hermant et Bonnard.
Mélange des périodes et des destinées. Comique troupier avec les curieuses mœurs militaires racontées par Hermant et son cavalier Miserey violé par la chambrée.
Pourquoi pas une armée levée dans chaque Commune comme le souhaite Chauvière dans ses tracts politiques ?
Une armée se gaussant du « joujou patriotique » , comme Rémy de Gourmont. Pourquoi Gourmont est-il mort rue de la Convention ? Le mari de Claude s'est tiré en 1931. Colette envahissait trop la vie de sa femme. Elle l'a vu, un matin, se tirer en taxi, rue Rosa Bonheur, avec une riche veuve. Alors elle a écrit :
« Onm'a volé mon Amour »
N'empêche que le premier mari de Claude est un battant. Georges, c'est un reporter. Il va en Chine. Et aussi au bagne. En 1923 Claude court chez Colette 69, Boulevard Suchet. Lui, il fonce chez Drouant. Il a un déguisement. Un chapeau plat sur latête avec des plumes, comme aurait pu l'écrire Max Jacob. Il balance les résultats du Goncourt à ses copains. Le Renaudot est né. Avec lui dans le jury. C'est Bruno Chauvierre qui a retrouvé cette histoire abracadabrantesque.
Parfois, je sors de la peau de Claude Chauvière. Je redeviens Fulgence Chauvière.
Je m'incline sur la tombe de Claude, aux côtés de Bruno Chauvierre, fidèle au passé et convaincu que ses songeries assurent l'éternité de nos chers disparus. Je photographie, des lieux où j'ai aussi grandi, particulièrement l'Avenue Félix Faure, le quartier de Javel, où, comme Claude et plus tard Bruno et moi, avons fréquenté l'école publique de la rue Lacordaire. Je n'ai pas toujours suivi Bruno Chauvierre. Il m'inçitait à la révolte, à la désobéissance à nos parents qu'il estimait trop conformes à l'ordre social établi. Je n'ai pas voulu m'exposer comme lui à la simultanéité du divin et du démoniaque. Bruno a choisi de traverser le chaos, pour accomplir sa destinée. Libre à lui, mais son histoire n'en est que plus intéressante, toute en nuances, avec un espace bien à lui, entre la souffrance et la félicité.
Je vais et je viens, entre fiction et documents. C'est aussi ça la vie rêvée. Lectrice passionnée d' Hermann Hesse, je suis plus que jamais une étudiante de l'université imaginaire de Castaldie.