Le Loup de Chaingy... Bruno Chauvierre, m'a envoyé, il y a quelques années cette histoire de loups, peu située au sens de Max Jacob, dont il rappelle pourtant la leçon dans un commentaire récent sur mes écrits de blog. Son histoire ne manquant pas d'intérêt, même si la comparaison avec Claude Chauvière est difficile à soutenir, je l'offre aux lecteurs, en espérant que le cousin ne m'en voudra pas et, qu'à l'avenir il se montrera moins exigeant. On remarquera que, mon cousin au R surnuméraire, écrit impersonnellement à la troisième personne, ce qui ne saurait constituer une oeuvre située.
Fulgence Chauvière
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Il contemplait, lorsqu'il dormait chez la mère de sa grand-mère paternelle, cette gravure de bête féroce, apparemment peu adaptée à ses 4 ans- un âge où l'on a peur du loup, même si de savants psychologues lui apprirent, par la suite, que ces animaux phalliques, nécessaires à l'imaginaire enfantin, remplissaient un rôle des plus positifs ; l'arrière-grand-mère avait acheté, chez Feuillatre, rue Sainte-Catherine, à Orléans, cette gravure dont l'enfant, peu précoce, ne sut déchiffrer le titre effrayant que vers sa sixième année : FIGURE DE LA BETE FEROCE, le sous-titre non moins inquiétant : Qui ravage les alentours d'Orléans, ne fut seulement compris que, vers sa septième année, après plus d'un an de cours préparatoire à l'Ecole de la Pomme de Pin, dans la classe de Monsieur Paillard.
IL s'endormait à Saint-Marc, dans le lit de son arrière-grand-mère, lorsque sa grand-mère, à qui ses parents l'avaient confié, partait à Jargeau, soigner ses névralgies faciales, auprès du fameux guérisseur Hareng. Que la pièce soit petite, et, surtout, le lit entouré de tentures en toile de Jouy, procurait à l'enfant, le sentiment d'être protégé des loups redoutés. Sur le buffet, la couronne de mariée de la vieille dame, immuablement disposée dans un globe de verre, constituait un élément certain de réassurance, tout comme l'odeur familière, déferlante, âcre et sucrée des pommes s'échappant du cellier entrouvert.
IL se souvenait, en s'endormant, des promenades avec ses grands-mères, dans cette forêt d'Orléans, pour lui, impénétrable, dès lors que,s'écartant du chemin, du côté de Semoy, on risquait de troubler le refuge des loups. A la lisière de la forêt, les pensionnaires de l'hospice, habillés de blouses grises, ne prévenaient-ils pas l'enfant des dangers qu'il y avait de trop s'aventurer au-delà des frondaisons où leurs gardiens les limitaient ? La grand-mère de son arrière-grand-mère avait transmis le souvenir d'attaques d'enfants et d'adolescents, si bien que l'enfant hérita d'une peur ancestrale où se mêlaient fiction et réalité. Lorsqu'il sut lire, il découvrit le texte entourant l'image, se rendant compte que la scène ne se passait pas à Semoy, mais à Beaugency où une femme fut dévorée par les loups un 25 décembre. Devenu enseignant-chercheur en psychologie de l'enfant, il reconstitua, à partir d'archives, la vérité de cette histoire de loups, encore plus terrible que ne la racontait les anciens. La véritable histoire, datée du 6 décembre 1814, est celle de femmes et d'enfants, ramassant du bois, dans la forêt de Chaingy (à quelques kilomètres à l'ouest d'Orléans). Une louve les attaqua, tuant deux femmes. La bête féroce fut tuée du côté de Cercottes, après une battue conduite par le Préfet, en personne !
ILse souvint longtemps, au moment de ses endormissements, des chuchotements imagés et nimbés de tendresse de la Grand- Mère : « Le loup était recouvert d'écailles et aucune arme ne pouvait l'atteindre. » La main de l'enfant tremblait dans celle de Lucile son arrière-grand-mère. Alors, L'aïeule retirait sa main et lui caressait doucement le front. Il s'endormait et plongeait dans des rêves où les loups avaient des écailles de canard.
Il fut, depuis lors, fasciné par l'horrible, mêlé au fantastique et à l'exagération, comme l'imprimerie y incita, dès ses débuts, ici, en parant le loup des attributs du canard, surtout dans l'imagerie populaire d'Orléans, dont on ne sait pas assez, qu'elle précéda celle d'Epinal, fournissant aux familles, des le début du XVIIIème siècle, des images d'actualité sur lesquelles bien des fantasmes se développèrent à Saint-Marc, chez les ancêtres de l'enfant dont on raconte l'histoire.
Colette me commanda des recherches sur le statut de l'intelligence dans l'œuvre de Rémy de Gourmont. Elle exigea même une note que je lui remis au plus vite, après qu'elle m'eusse dit : « Et grrrrouille-toi, mon petit Claude »
Voici le début de ma note :
La guerre lui donna un choc terrible. Sa vie abritée du monde, le laissa sans défense devant le drame. Manque de résistance morale. Importance de la Paix du monde, pour écrire.
Déclaréfanatique de l'intelligence, par sa propre famille, il lui fut difficile de travailler en ses temps troublés où l'intelligence n'était pas toujours respectée.
Ses amis partirent pour le Front. Il hanta les quais... le Mercure cessa de paraître pendant près d'un an. Les lecteurs perdirenttoute tranquillité d'esprit. Plus possible d'apprécier les pages ironiques de Gourmont qui lui-même écrivit :
" Ce sont des heures bien lourdes que celles que nous passons ; toute vie intellectuelle est arrêtée ; on se dévore soi-même; et tout avenir est affreux, car tout est mort, et je ne sais pas si j'en verrai la résurrection. Plus de revues, plus de journaux où écrire, je ne fais rien. J'attends. Je tâche de penser. Les temps sont durs pour l'écrivain... "
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Ecrivant ces lignes, je ne peux oublier ce que je dois à Bruno Chauvierre qui me fit découvrir Rémy de Gourmont et me donna le contact avec Renaud Rosset magnifique écrivain prématurément disparu et, qui à l'inverse de Bruno se consacrait exclusivement aux Lettres. Je me souviens d'un dîner au Sénat entre Maurice Schumann, Renaud Rosset, Bruno Chauvierre et moi. Tous quatre, nous abjurions Bruno Chauvierre de publier ses carnets sur lesquels, chaque année il calligraphiait une bonne centaine de pages. Maurice Schumann appréciait beaucoup, tant la forme que le contenu des écrits du cousin, mais celui-ci persistait orgueilleusement à prétendre qu'il n'écrivait que pour lui-même.
Colette fut intéressée par mon propos sur les grues et l'intelligence (mon dernier post)
Lecture des aphorismes de Rémy Gourmont, du 29 mai 1915, « Effets », tristes effets :
La guerre a augmenté la sensibilité aux dépens de l'intelligence.
L'ironie a disparu de la littérature écrite et l'ironie est le signe de la sécurité intellectuelle.
L'inquiétude, le chagrin, la misère sont tombés à dose inégale sur tous les hommes : ce sont les hommes d'esprit qui ont le plus mal résisté.
Cela me fait rire, le malade en marche vers la soixantaine, qui espère guérir, retrouver ses forcesl'an prochain. Cela me fait rire quand cela n'est pas moi-même.
Rémy de Gourmont mourut peu après à l'hôpital Boucicaut ( dans mon quartier.)
Il conserva son ironie, jusqu'au terme de sa vie, surtout à l'égard de lui-même.
Madame Colette me demanda de retrouver ce qu'il écrivit sur l'intelligence.
Elle souhaita m'occuper, délaissée que je fus, par Hermant et Monzie, trop occupés de Politique.
Colette ironisa sur l'absence de Georges Le Fèvre mon journaliste de mari, toujours en reportage.
Colette déclara sans solennité : " ya du gaz dans l'conjuguo "
Bruno Chauvierre, fin connaisseur de l'oeuvre de Rémy de Gourmont, m'a beaucoup aidée dans cette partie de ma fiction. Avec Renaud Rosset, dès les années 1962, il composait de façon artisanale une petite série, vaniteusement intitulée" Les Cahiers de Rémy de Gourmont", dans laquelle il se targuait d'avoir décelé la forme d'intelligence la plus subtile de la littérature française. Ces cahiers ont disparu dans l'un des incendies qui émaillèrent sa vie agitée. Il lui reste, et il me les a montrés, ses petits carnets, du moins ceux qu'il a sauvés des trente deux domiciles successifs que je lui ai connus. Ces carnets qui amusaient Renaud Rosset, calligraphiés à la plume sergent-major, un peu délavés par l'eau de divers sinistres, m'ont plongé dans un univers étrangement anti-militariste et anti-syndical. Ce que Bruno Chauvierre écrit sur le joujou patriotique et sur les grévistes ripolineurs, fut l'occasion de belles rigolades avec Renaud Rosset, rencontré au mariage de Bruno dont il était le témoin. Renaud Rosset considérait Chauvierre comme intellectuellement anarchiste.
Emmanuel Chauvière, mon père, pionnier de la psychologie de l'enfant . La preuve: le lien sur mon post précédent.
Avant Jean Piaget, avant Henri Wallon, il insiste : L'ENFANT N'EST PAS UN ADULTE EN REDUCTION .
Avant Freinet il dénonce les méthodes pédagogiques non fondées sur la vie et les valeurs universelles.
L'enfant n'étant pas un adulte en réduction, " son cerveau est plastique" dit mon père. Il est très en avance. Il faudra cent ans pour que cette notion de plasticité du cortex s'impose. Papa la développait déjà fin du 19ème ! Il était l'ami de CHARCOT
N'a-t-il pas raison de dénoncer le non-mariage des prêtres qui les voue à une" existence anormale". Prêtres et Pape, ignorants de la vie sexuelle, menteurs imposant des dogmes à l'Humanité.
Bruno Chauvierre m'a aidé dans cette partie de ma fiction dédiée à la psychologie de l'enfant. Il m'a guidé à travers les écrits d'Emmanuel Chauvière conservés à la Bibliothèque Nationale et qui manifestement sont d'avant-garde.
Spécialiste reconnu en Psychologie de l'Enfant et fondateur de la célèbre Unité d'Enseignement et de Recherche des Techniques de Réadaptation, il m'impressionne par sa dimension scientifique alors que sa pensée politique si proche de celle de Paulin Gagne me fait doucement rigoler.
Je ne sais plus qui lit cet article dans L'Humanité. Est-ce moi Fulgence Chauvière, née dans les années 1980, ou moi, Claude Chauvière, née avant 1900 ?
C'est un article sur le sinistre cureton d'Aramon. Sacrilège de le retrouver à l'Assemblée.
Les chiffonniers de l'île des cygnes, surnommée l'île des singes, ont déposé des chiffons imbibés de fiente sur son palier. A moins que ce soit simplement dans son escalier.
Moi, Fulgence Chauvière, quand je vais dans cette île, elle s'appelle l'île de cygnes.
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Il est vrai que mon cousin Bruno Chauvierre, au r surnuméraire, depuis que le grand-père de son grand-père, ajouta un R au patronyme en 1857 pour se démarquer des Chauvière de Chartres, trop réactionnaires pour ce blanquiste invétéré, il est vrai que ce cousin a écrit un archidrame en Cinq éclats sur l'île des singes, passionné par les chiffonniers du Paris des années 1850.
Bruno Chauvierre aime ces chiffonniers là, parcequ'ils sont querelleurs par goût, noceurs par tempérament et, plus honnêtes que moraux. Bruno Chauvierre a longuement analysé les archives de la Préfecture de Police, pour en conclure que leurs salaires ne s'élèvent guère au-dessus de quatre francs. Bruno Chauvierre se plait à dire qu'il est comme eux, fier, vantard, indépendant et batailleur. avec de telles réflexions son image ne s'arrange pas.
Dans la chambre mortuaire de papa, une armoire à glace.
Je ne me reconnais plus dans aucune glace.
L'image du miroir, pour les gens, c'est comme un autre soi-même.
Un double de soi.
Une image de soi.
Même que les petits cherchent qui se cache derrière la glace. Je n'ai plus de double. Plus d'image de moi, depuis que mon jumeau est mort. Je ne me reconnais plus.
Je ne reconnais plus mon père. Cheveux, barbe et moustache sont secs comme des postiches.
Pas du vrai papa.
Paupières bleuies, bras raides et tendus, poings serrés. Papa devenu marionnette d'un jeu de massacre.
A la place de ses chaussures, deux petits sacs de toile blanche. Ses pieds d'hommes libres enfermés par une infirmière.
Bruno Chauvierre m'a dans ma recherche sur les jumeaux. Son patron de recherches, René Zazzo, se rendit célèbre par un ouvrage intitulé " Les jumeaux, le couple et la personne"
Le cousin Chauvierre m'a appris qu'au delà de la question gémellaire, c'est de l'identité de la personne dont il s'agit. Vivre en couple, cette quête si difficile de toute une vie est donnée d'emblée aux jumeaux. Alors, quand Claude Chauvière perd son jumeau, elle perd aussi une capacité de vivre en couple qu'elle ne retrouvera plus jamais, sauf peut-être avec Colette, du moins l'a-t-elle cru.
Anatole aime les pipes. Toujours de belle qualité. Il les achète Boulevard Saint Michel, en face de Cluny. Dans le taxi il sort son dernier fétiche, une sorte de calumet d'indien. L'
L'odeur du tabac hollandais m'envoûte. Des conseils entre deux bouffées : « Méfie toi de Colette, ses ennuis la rendent méchante». Silence. Débourrage de la pipe. Quelle crasse Colette peut-elle faire à un homme aussi important ? « Elle t'a fait du tort ? » Anatole dodeline de la tête. Façon de nuancer.
Dire oui et non en même temps. Discrétion d'Anatole. Hésitation avant une révélation. Confidence : « Elle a saboté la nomination d'André Salmon à la Conservation du Musée du Luxembourg ; Colette par tous les moyens accapare mon influence au profit de sa coterie d'amis »
Modigliani, Picasso et André salmon pris par Jean Cocteau en août 1916 au carrefour Vavin.
Bruno Chauvierre m'a aidé dans cette partie de fiction dévolue à André Salmon. sa proximité avec le peintre Roger Toulouse l'initia aux subtiles nuances d'une forte amitié entre Max Jacob et Salmon. Chauvierre insiste beaucoup pour dire combien André Salmon, tout en admirant Max Jacob, savait prendre ses distances avec les foucades du génial vibrion de l'époque du Bateau-Lavoir.
Dans cette atmosphère enfumée, au pied du tableau de kiki de Montmartre qui sépare la table du Jockey de l'orchestre, un homme magnifique tangue d'ivresse sur sa chaise. Dans la pénombre, on ne distingue pas ses traits. Des chaises sont libres à côté de lui. Anatole lui demande la permission de s'installer. On se retrouve assis près de Scott Fitzgerald. Il engage la conversation. Le sourire me plait. Des yeux expressifs. Il aime les autres. Il y a du bon chez cet homme. On a envie de l'aimer. Il nous offre un verre. Anatole lui en offre un autre. Ses yeux s'emplissent de larmes puis se creusent, se voilent et enfin s'éteignent en restant ouverts ! Scott ingurgite encore plusieurs verres. Quand il demande la bouteille, le serveur refuse. Alors Scott jette son verre qui se brise sur le tableau de Kiki de Montmartre. Le serveur s'approche et prend un autre verre en pleine figure. Coups de poings entre Scott et les serveurs. Il a le visage en sang. La police arrive et l'embarque. Il se débat de plus belle ! Anatole n'est pas intervenu. Peur du scandale.
merveilleuse ivresse
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Bruno Chauvierre m'a fait connaître l'oeuvre de Francis Scott Fitzgerald, dès les années 1963, fasciné par son amour pour Zelda et les brisures de la vie, les fêlures qu'il décrit pour lui-même dans l'un des beaux textes de ses petits carnets soigneusement calligraphiés à la plume sergent-major et ,dans lequel il compare déjà les échecs de ses vingt ans aux assiettes ébréchées du buffet de son arrière-grand-mère. Bruno Chauvierre, un tantinet pessimiste malgré son apparente audace me répétait :" Les félures, ça se fait progressivement quand on ne prend pas soin de sa vie et que l'on se laisse ébrécher par plaisir" Pourquoi diable se laissait-il déjà ébrécher ? Y éprouvait-il vraiment du plaisir?
Avant que ne surgisse le livre de Charles Dantzig, les petites listes de Claude Chauvière, souvent suggérées par mon cousin Bruno Chauvierre, furent publiées sur ce blog. L'idée était dans l'air, sans commentaire. Vous pouvez retrouver les listes de Claude Chauvière. Sans commentaire(0cmt(s) note le blog.
23/11/2008
Ma petite liste des mots d'hiver - 0 cmt(s)
22/11/2008
Liste savoureuse des mots de Colette - 0 cmt(s)
29/12/2008
Liste de 7 de mes péchés - 0 cmt(s)
Dantzig est un régal. Qualité des commentaires de son Dictionnaire égoïste de la littérature française.
Retrouve avec plaisir analyses voisines des miennes, de Renaud Rosset et de Bruno Chauvierre sur Max Jacob, Rémy de Gourmont et Colette .
Gide ramené à lui-même. Sachs pas oublié, mais rien sur Julien Gracq.
Chez moi, Avenue Félix Faure. Je mets la table. Simplement deux assiettes avec un fond de salade verte. J'ai acheté en bas de chez moi, chez l'épicier Poitronaud des haricots verts. J'en avait marre d'entendre le vieil homme me seriner aux oreilles " haricot vert ... haricot frais... haricot... haricot..." . Le bougre sait que j'aime les haricots verts, comme les cuisinait maman.
- Madame Chauvière, ils sont tout fins, tout fins, comme Madame Maria les aimait. Faîtes surtout une bonne vinaigrette !
- Donnez moi aussi une demi livre de tomates, mais bien mûres, et puis choisissez moi quelques belles feuilles de salade.
Max apprécie, il est en extase devant ma vinaigrette dont son jabot mauve est maintenant recouvert. Distrait, il dépose sa fourchette sale dans mon assiette. Il postillonne sur mon pain.
- Mon petit Claude, si tu me donnes la recette de la vinaigrette, je te donnerai celle de ma décoction de Mandragore.
- Va pour la vinaigrette; 6 cuillerées à soupe d'huile dolive, 1 cuillerée à soupe de vinaigre de vin, 1 cuillerée à soupe de moutarde, 1/2 citron,1 cuillerée à soupe de persil plat haché, 1/2 cuillerée à soupe de cerfeuil ciselé, sel, poivre.
-- Donnes moi toute la recette pas seulement la vinaigrette, je te donnerai tout sur ma fabuleuse décoction de mandragore.
__ Tu fais cuire les haricots dans une gande quantité d'eau bouillie, surtout tu ne couvres pas, si tu veux que les haricots gardent leur belle couleur.
-- Combien de temps je les fais cuire ?
-- 8 à 12 minutes suivant leur grosseur. Tu les passes alors sous l'eau froide pour arrêter la cuisson et tu fais égoutter.
-- Et comment j'organise tout çà ?
-- Les tomates tu les laves,épluches,épépines, coupes en dés.
-- Cornet à dés !
-- Max, tu me fais rigoler, haches plutôt les écalotes et le persil, cisèle le cerfeuil pour qu'il garde son arôme. Tu laves, essore tes belles feilles de salade. Tu mélanges tout, sauf la salade, avec la vinaigrette. Au final tu déposes la salade de haricots dans les assiettes sur fond de salade. Tu sers froid ou tiède comme ce soir.
Max est pensif. Il arrête de manger.
-- Mon petit Claude, tu me fais penser à Proust.
-- Encore !
-- Oui, Proust que je connais bien émaille son oeuvre de mots aussi bien assaisonnés que ta sauce. Tu sais, la nourriture porte les énigmes de chacun. françoise est un peu l'alphabet du passé de Proust. Je crois bien qu'il parle des haricots verts dans La Prisonnière.
Je viens de lire le livre et je ne me souviens pourtant pas de cette histoire d' haricots verts. Je vais chercher le livre, le feuillette et découvre un petit passage qui correspond bien à mes haricots, je tends le livre à Max dont la diction est si belle;
-- Je ne veux plus pour nos dîners que des choses dont nous aurons entendu le cri. C'est trop amusant. Et dire qu'il faut encore deux mois pour que nous entendions : "Haricotsverts et tendres haricots, vlà l'haricot vert. Comme c'est bien dit : Tendres haricots ! Vous savez que je les veux tout fins, tout fins, ruisselants de vinaigrette; on ne dirait pas qu'on les mange, c'est frais comme une rosée."
Moi, Fulgence Chauvière, je retrouve dans mon histoire romancée, le plaisir éprouvé il y a quelques années avec mon cousin Bruno
Chauvierre qui, habitant au deuxième étage du 54 avenue Félix Faure, s'amusait à l'aide d'une canne à pêche à hisser jusqu'à lui les salades du petit-fils Poitronaud . Un jour l'épicier tira sur le fil, Bruno lâcha prise, l'épicier tomba au milieu de ses légumes , mais fait plus grave déchira son pantalon jusqu'à dénuder ses fesses..
De la rue Lacordaire à l'Avenue Félix Faure, Max et moi ne disons plus un mot.? . En passant devant l'Hôpital Boucicaut.,je pense à Rémy de Gourmont . Il y est mort fin septembre 1915. Il m'avait dédicacé son volume des Plus belles pages de Stendhal- ouvrage écrit avec Paul Léautaud.
- Mon petit Claude, tout ce qui existe est situé
- Comprends pas
- C'est la première phrase de ma Préface pour le cornet à dés
-Et alors ?
-
Nous voilà attablés au Marigny, juste devant le métro Boucicaut. Café populaire, fréquenté par les habitants du quartier et les ouvriers en chantier sur Javel. Un masque de tristesse profonde tombe sur le visage de Max Jacob.Pleine méditation.
- Mon petit Claude, mes mots veulent dire que ce préau, cette rue, sont là pour toujours. Le citoyen Chauvière a marqué son territoire. L'école est située, la rue est située, tes souvenirs sont situés.
- Quel rapport avec le Cornet à dés?
- La tunique du Christ !
- Je voudrais comprendre !
- Associe bien l'idée du hasard avec la réalité très située de l'existence . Le hasard est sans limite et pourtant un coup de dés n'abolira jamais le jeu de dés ; ensuite Dieu existe et, avec la scène des soldats, il est situé comme tout ce qui existe.
- La scène des soldats ?
- C'est au cornet à dés que les soldats romains jouèrent entre eux la tunique du Christ . Le mot hasard vient d'un terme arabe désignant un jeu de dés. Reste que tout ce qui existe est situé. Toi tu es située dans ce quartier de Javel. Tu ne l'as jamais renié. Ton territoire est inaccessible à ton amie Mireille Havet, dont les idées politiques sont aux antipodes de celles de ton père. Ton existence est située, c'est ton trésor.
Progressivement le côté amuseur et baladin de Max Jacob s'estompe et laisse place à ce visage de tristesse infinie, à ce regard profond; l'offrande des souffrances au monde barbare illumine le beau visage dont Roger Toulouse peindra plus tard l'émouvant portrait. Roger Toulouse,
Le cousin Bruno Chauvierre me parle souvent de Toulouse et Max Jacob et, à vrai dire, ce curieux garçon ne partage pas ma conception de l'oeuvre située qui, selon lui correspond à une situation universelle pouvant se reproduire n'importe-où, n'importe-quand et dans n'importe quelle circonstance. Je doute de la légitimité de l'interprétation de cet homme dont la pensée fluctuante constitue, pour la famille, un sujet d'étonnement, même si ses sincérités successives sont vécues avec ardeur de l'intérieur de lui-même.____________________________________________________________________________.
Quelques centaines de mètres plus loin, les enfants de l'Ecole Primaire de la rue Lacordaire s'envolent de l'école. Madame Forcinal, la Directrice et Monsieur Cordier, le Directeur, regardent Max avec étonnement. Aujourd'hui il est habillé d'une redingote prolongée par un col de velours mauve. Je les salue. j'explique à Max
- Monsieur Cordier faisait partie du Comité de Soutien d'Emmanuel Chauvière, mon père.
- je ne savais que ton père était politicien, tu n'en parles jamais.
- Il n'aurait pas aimé ma vie.
- Moi j'aime ta vie , tes bras de caille, ton visage tout rond sous la frange de tes cheveux blonds.
- Tu sais Max, je ne suis la femme de personne.
- Mon petit Claude , pense à Swann observant Méméavec Odette. Il connait le secret de Mémé et sait qu'il ne peut rien se passer entre eux. Je suis comme Mémé, sauf que mes moeurs ne sont plus un secret. Alors...Quand on nous voit ensemble...
- Qui c'est Mémé ?
- Faubourg Saint Germain , Palamède de Guermantes, baron de Charlus est surnommé ainsi par ses intimes. Je préfère le surnom donné par sa belle soeur Oriane de Guermantes : Taquin le superbe .
- Tu sais Max, je n'aime guère les complications de Marcel Proust, et puis c'est un homme étrange avec ses cils noirs et ce teint blême qui le fait ressembler à un Gréco .
J'aime bien Max, mais devant le théâtre des campagnes de papa, je pense trop à lui pour m'intéresser à Proust. La dernière victoire de papa aux élections législatives de 1910, me laisse un gôut amer. Il était député depuis 1890. Il mourut le mois suivant, deux ans après maman dans leur petit appartement de l'Avenue Félix Faure. Il s'est éteint dans mes bras.
Monsieur Cordier s'approche et nous conduit sous le préau où papa prononcait ses discours . Je l'aidais à les préparer. Cordier voit mon trouble et vient vers nous.
- Sa meilleure campagne fut celle de 1905. Sous le préau où j'avais rangé des chaises avec les camarades du Comité, il martelait les thèmes de la thèse socialiste en accentuant la force de nos mots les plus forts. .Ah il savait bien parler votre père, même s'il répugnait à faire l'orateur comme il disait ! Il exposait sobrement nos idées, accentuant par un ton plus fort ce qui nous importait le plus : Rôle du Parti...les prolétaires...La réaction à l'assaut des victoires républicaines...L'aube de la République sociale. Tout le monde criait Vive la sociale !
Les mots de Cordier me ramènent 10 ans en arrière, une époque ou l'on ne se préoccupe pas de mes bras de caille ni des affèteries de Proust.
Une fois, la femme d'un ouvrier tombé d'un échafaudage, rendit visite à mon père qui venait de voter une Loi pour assurer les travailleurs. Mon père lui donna la moitié de son indemnité parlementaire ! Ouvriers du quartier et membres de son Comité venaient voir mon père, Avenue Félix Faure. Ils appréciaient tous maman, Madame Maria, qui leur apportait toujours souriante un plateau avec des verres de vin. Rien de commun avec l'univers de Palamède de Guermantes, Baron de Charlus !
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- Mon cousin, Bruno Chauvierre, fréquenta l'Ecole Lacordaire dans la cour de laquelle ses talents de coureur à pieds se révélèrent, lors d'un double tour de cour où il distanca ses rivaux, là même où son cousin Emmanuel, 50 ans plus tôt surclassait politiquement ses rivaux électoraux. Dans le quartier, il rencontra des anciens qui firent partie du Comité Chauvière et, qui se demandèrent si ce succès de préau d'école n'augurait pas d'une course de fond politique de ce nouveau porteur du patronyme.
Allais- je suivre Max dans la célébration d'Appolinaire?
N'était-ce pas un piège tendu pour éviter notre explication de ce soir ?
Plus que l'amour, Max chante le départ.
Obsédé par ses fins dernières, il exploite le rendez vous sur ce pont pour célébrer son propre départ, comme celui d'Appolinaire.
Les fleurs ne sont pas seulement pour moi. Elles sont offertes aux disparus, ceux de demain et ceux d'hier comme Guillaume.
Départ d'Appolinaire le samedi 9 novembre 1918
Mireille Havet et moi lui rendons visite le 11 novembre 1918. L'Armistice signé ce matin a rempli le Boulevard Saint Germain de parisiens en liesse.
Sous les fenêtres d'Appolinaire, la foule déferle en scandant : " Conspuez Guillaume ! Conspuez Guillaume ! ". Ironie du sort, empereur détesté et poète tant aimé ont le même prénom.
Mireille en cet instant a récité " Le poème du Mal Aimé "
Pas simple de partir.
Dans " le Laboratoire Central" , Max tricote sur ce thème. Prémonition de son propre départ ? Réminiscences des départs de personnes aimées ? Pour moi, rien d'autre à faire que réciter le beau poème de Max:
Comme je le fais régulièrement, je parle avec le cousin Bruno Chauvierre de mes petits écrits présentés sur ce blog. C'est fou comme il en sait des choses. O, certes, il ne présente pas toujours les évènements sous leurs plus beaux jours. Pour lui, le pont Mirabeau évoque surtout l'île des cygnes, surnommée l'île des singes du temps du député Chauvière. Des chiffonniers, colleurs d'affiches et agents des basses-oeuvres d'Emmanuel, hantaient ces lieux de la barrière de Grenelle où, les cheveux se vendaient trois francs la livre, avant de servir de perruques aux hommes et aux poupées, où les chiffons se mettaient en balles de 120 kilogrammes, où l'on faisait bouillir les vieux bouchons pour les rajeunir et les fournir aux pharmaciens afin de boucher leur flacons.
Bruno Chauvierre, qui, sensible à ce qu'il dit à la condition des gens de peu, passe beaucoup de temps dans les archives de la Préfecture de Police à reconstituer la vie des taudis sordides et louches des maîtres du crochet.
Si dans ma fiction biographique de Claude Chauvière, Max me met en extase, mon cousin Bruno Chauvierre, avec son R surnuméraire a souvent le talent de me mettre en boule. Ce n'est ni la même profondeur de pensée, ni le même talent, loin s'en faut !
N'a-t-il pas, le Bruno, inventé une pièce de théâtre, en cinq éclats, archidrame flagellatteur, façon Paulin Gagne et, dans lequel il se campe en chiffonnier, vendant du bouillon à UN SOU LE CRAN.
Cuisinier ambulant, il se balade avec une énorme seringue pleine de bouillon; sur le piston, plusieurs crans, pour un sou, Bruno le chiffonnier enfonce le piston d'un cran et le bouillon sort tout chaud de la canule. Bruno parcourt ainsi toutes les bibines de l'île aux singes et d'ailleurs en criant: " A un sou le cran ! à un sou!
Max Jacob transmets des intuitions. Revenue chez moi, Avenue Félix Faure, je vais droit sur le Cornet à dés recueil de poèmes de Max. Poèmes en prose qui s'ouvrent sur deux textes intitulés 1914. Je relis le second :
Son ventre proéminent porte un corset
d'éloignement. Son chapeau à plumes
est plat ; son visage est une effrayante tête
de mort, mais brune et si féroce qu'on croirait
voir quelque corne de rhinocéros ou dent
supplémentaire à son terrible maxillaire.
O vision sinistre de la mort allemande.
Texte écrit en 1909, Max me l'a dit. C'est qu'il est prophétique l'ami Max !
Il ne se contente pas de lire la bonne aventure à sa riche baronne. Il écrit des choses qui se réalisent quelques années plus tard, d'une façon ou d'une autre.
Avec Max, on passe sans transition de la plus grosse bouffonnerie à la réflexion la plus profonde.C'est le maître de la Méditation
Le Cornet à dés ouvre une réflexion sur la mort qui tenaille Max sans
cesse. La composition du recueil est contemporaine de deux évènements de Vie:
- Octobre 1909 : apparition du Christ dans la chambre de la rue
Ravignan.
- Février 1915 : son baptême avec Picasso comme parrain.
Il va falloir que je parle tranquillement avec Max de tout ça. Je vais l'inviter chez moi, Avenue Félix Faure. Marre de le rencontrer toujours dans des bars ou restaurants au public frélaté.
Bruno Chauvierre persiste avec son archidrame flagellateur , façon Paulin Gagne. Je lui montre ce que j'écris, et c'est vrai qu'il me conseille. Reste qu'il me faut supporter les déclamations de son archidrame.
Dernier exemple: il se déguise en chiffonnier à la gorge entaillée, l'oeil presque crévé, le front fendu par un coup de crochet à la suite d'une soi-disanr rixe sanglante; Et le voilà qui déclame:
- Bah ! Tout ça, c'est du velours! J'ai voulu dévisser le caillou à Courtebotte, il m'a égratigné le parchemin et soufflé ma Mirette, nous sommes manche à manche.
Langage incompréhensible, efforts inutiles de ce pauvre cousin, habitué à ne jamais faire comme personne!
Après le bal on boit un drink au boeuf sur le toit . on y retrouve Maurice Sachs.
C'est son rade.
Il écrira un livre.
Ensuite, petit hôtel de la rue des Moulins, près du Palais Royal.
Toulouse Lautrec y avait ses habitudes .
La chambre qu'il occupa nous est réservée.Rien n'a changé. Miroirs coquins et velours moiré. Seules les filles sont parties. Coupe de champagne avant la chambre.
Couples vautrés sur les canapés. Enlacements impudiques.
La jeunesse pousse en moi un appel éperdu.
Lot d'étreintes et de mensonges.
"Claude, Je t'aime". Embrassades à côté d'un autre couple. " Oui" dis-je
en me serrant davantage contre lui. Confiance. Yeux fermés. Confiance totale ? Non.
" Claude, à quoi penses tu ?"
Silence.
"Je ne pense pas, j'entends le bruitde la mer; nous sommes dans ma maison du bonheur. Pas dans un bordel."
Récemment, mon cousin Bruno Chauvierre qui habite rue Thérèse, non loin de la rue des Moulins, m'a fait visiter les lieux où Toulouse Lautrec s'illustra. Le cousin, actuellement, se livre à une curieuse activité qui le conduit à faire régulariser des sans-papiers et à leur trouver de l'embauche en les accompagnant personnellement chez des dirigeants d'entreprise de ses amis. Curieuse activité, car effectuée dans la plus grande discrétion, quasi- secrètement, comme s'il craignait que son image ne s'améliore.
Anatole est charmant , les femmes Chauvière, Claude et Fulgence vous le disent !
Pardi ! il s'ennuie un peu depuis qu'il n'est plus Ministre . Bah ! Moi, Claude Chauvière, née juste avant 1900, je suis convaincue qu'il retrouvera bientôt un maroquin.
Anatole me sort de ma tristesse.
Il me plonge dans le Paris des années folles. Garçonnes au cheveux courts. Vitesse grisante des automobiles. Soirées à la Coupole et à la Revue Nègre où le tango précède toujours le Jazz. Les jeux de lumière avec leurs lanternes oranges ou bleues éclairent les lamés, dentellesmétalliques et franges, satins et mousselines brodés de perles, pierreries, plumes et stass. Ma jupe est au dessus du genoux.
Anatole me dit que je ressemble à Clara Bow.
Papa lui a dit de veiller sur moi.Je suis souvent si triste.
Moi la Femme de Personne. Même mon mari ne m'aime pas. Il préfère courir le Monde comme reporter. Georges Le Fèvre est un courant d'air; Il est dans le vent . Le vent de Georges. Il connait André Citroën et Colette. Il passe à toute vitesse dans notre appartement de la rue Rosa Bonheur.
Anatole voue une sincère reconnaissance à papa.
Collaborateur du petit père Combes.
Collaborateur et encore collaborateur
il recueillait auprès de papa des conseils pour spolier le clergé.
Faire la peau aux curés était pour mon père une obsession et un thème de chaquecampagne électorale.
Ancien communard .
Arrêté les armes à la main.
Mon père , héros blanquiste,. Il me délaissa.
Député de Javel de 1893 à 1910
Chantre de l'unité socialiste. Estimé par les modéréscomme Jaurès. Plus encore par les guesdistes .Efforts pour réunir une famille déchirée. Réseau révolutionnaire. Anatole y bouffe du curé; Plus tard il changera.
Pas de soirée sans parler de papa.
On est bien ensemble .
Précieux conseils littéraires. Mon livre s'appellera la femme depersonne.
Il m'aime .
C'est un ami de Willy, Jouvenel et Colette.
Je l'accompagne rarement dans ses transgressions. Je suis trop malheureuse. Propositions souvent glauques.Politiciens frelatés pas loin de lui. Ainsi Darquier ( qui se dit de Pellepoix ).
Il partage avec ce mythomane, une garçonnière. Je n'y vais pas. Moi je ne partage pas; Même si depuis Natali Barney je suis plutôt une amphibie.
Moi, Fulgence Chauvière, née juste avant 1900, je rêve de Nathali Barney. Jean Chalon prépare aussi un livre sur les rêves qu'il fait avec Nathali, comme partenaire. Ce n'est pas aussi beau qu'un rêve de femme.
Je ne sais plus très bien si je suis Claude ou Fulgence. Ce que je sais, c'est que je ne transgresse pas comme mon cousin Bruno Chauvierrequi, en mai 1968, faisait le coup de main avec les maoïstes, justifiant sa conduite en la comparant à l'attaque d'Emmanuel Chauvière, en 1870, contre la caserne des pompiers du XVIIème arrondissement. Il y eut un mort dans ce coup de main blanquiste où Chauvière fut sévèrement dénoncé par Rochefort. La bavure dans l'action. tradition de famille ?
Moi, Fulgence Chauvière, bien vivante, je me confonds souvent avec Claude Chauvière née avant 1900. Tant de coïncidences ! tant de similitudes ! L'histoire se répète, de génération en génération.
Je suis heureuse et je chante.
" On ne chante juste que dans les branches de son arbre généalogique"
(René Char)
Colette aime les romans sentimentaux de Claude Chauvière. Aurait-elle aimé mes romans d'amour ?
Affectueusement elle l'appelle " mon petit Claude "
Colette, pleure en lisant la femme de personne. Pourtant Colette ne pleure jamais. Pleurerait-elle en me lisant ?
Véritable amie, petit Claude perce les secrets intimes de Colette dans une fiction biographique de ma composition où elle dévoile la sensibilité et la richesse émotionnelle du modèle admiré. Pourtant Colette
est peu sensible aux affects.
Je me glisse dans la peau de Claude Chauvière, comme une femme peut le faire. Je ne porte pas que son patronyme.
Les écrits de Colette témoignent de la peine ressentie à la mort de Claude, décédée le Vendredi Saint de 1939.
Année difficile pour Colette qui, cette année là, perd aussi Polaire, le contraire de ClaudeChauvière.
Pourtant Colette ne montrait guère sa peine devant la mort.
Blog dédié au député EmmanuelChauvière, au Socialisme Révolutionnaire et à la Commune de Paris.
Blog dédié à la famile Chauvière :
Marin , signataire des Cahiers de Doléances à Saint Hilarion en 1789.
Blog dédié au papa de Marin, mon ancêtre Pierre Chauvière qui mangeait de l'herbe dans les champs. Les intempéries et le Roi-Soleil affamaient mes gueux d'ancêtres.
Blog dédié à Marie Catherine, héroïne des Barricades de 1830;
Blog dédié à Auguste Paul, né en 1830, signataire de l'Affiche Rouge de la Commune de Paris. Le prénom Auguste fut donné en l'honneur de Blanqui.
Blog dédié à Maria Chauvière, Sainte laïque, mère de Claude, dont une crêche, Avenue Félix Faure, juste en face de chez moi, porte encore le nom.
Blog dédié aux grands parents Sarzeautins de Claude Chauvière et à l'enracinement breton. Beaucoup d'histoires de veillées, façon PierreJakez Hélias. Grand père avec son penn-gaz magique. Bâton noueux . Accroché sur son clou. Se balance entre le clou et l'armoire.Fait « Tic-toc » sur l'armoire quand on meure dans la hameau. On appelle çà un inter-signe. Claude Chauvière avait lu Le Braz.
Dans cette paroisse on dit que, l'Ankou, c'est le dernier mort de l'année. L'année suivante, le revenant avec sa faux rôde dans les maisons. Plus que d'une mort réelle, c'est de l'angoisse dont il est question.
Blog dédié aux auteurs et personnalités appréciées par Claude Chauvière, surtoutRémy de Gourmont et Renée Vivien.
Blog dédié aux questionnements de Claude Chauvière. Après l'âme, voilà le corps. Ressembler à Nathalie Barney, être rassurée par Hélène. La quête identitaire n'est pas simple.
J'écris par plaisir, j'aime reconstituer la trame d'une famille dans sa complexité et sa diversité. Ma famille a eu deux députés au cours de ce vingtième siècle, Emmanuel Chauvière, député socialiste révolutionnaire et Bruno Chauvierre( dont le r surnuméraire est un ajout d'état civil datant de 1857, mais il descend bien de Marin et Pierre Chauvière, comme moi, Emmanuel et Claude). Sans marcher exactement sur leurs traces, mon cher cousin Bruno, n'en fit pas moins un stupéfiant parcours intellectuel et politique et, ce n'est peut-être pas fini.
On verse parfois dans la comédie de Boulevard quand le mari de Claude se croise les pattes avec Anatole de Monzie ou les autres Abels maudits : Hermant et Bonnard.
Mélange des périodes et des destinées. Comique troupier avec les curieuses mœurs militaires racontées par Hermant et son cavalier Miserey violé par la chambrée.
Pourquoi pas une armée levée dans chaque Commune comme le souhaite Chauvière dans ses tracts politiques ?
Une armée se gaussant du « joujou patriotique » , comme Rémy de Gourmont. Pourquoi Gourmont est-il mort rue de la Convention ? Le mari de Claude s'est tiré en 1931. Colette envahissait trop la vie de sa femme. Elle l'a vu, un matin, se tirer en taxi, rue Rosa Bonheur, avec une riche veuve. Alors elle a écrit :
« Onm'a volé mon Amour »
N'empêche que le premier mari de Claude est un battant. Georges, c'est un reporter. Il va en Chine. Et aussi au bagne. En 1923 Claude court chez Colette 69, Boulevard Suchet. Lui, il fonce chez Drouant. Il a un déguisement. Un chapeau plat sur latête avec des plumes, comme aurait pu l'écrire Max Jacob. Il balance les résultats du Goncourt à ses copains. Le Renaudot est né. Avec lui dans le jury. C'est Bruno Chauvierre qui a retrouvé cette histoire abracadabrantesque.
Parfois, je sors de la peau de Claude Chauvière. Je redeviens Fulgence Chauvière.
Je m'incline sur la tombe de Claude, aux côtés de Bruno Chauvierre, fidèle au passé et convaincu que ses songeries assurent l'éternité de nos chers disparus. Je photographie, des lieux où j'ai aussi grandi, particulièrement l'Avenue Félix Faure, le quartier de Javel, où, comme Claude et plus tard Bruno et moi, avons fréquenté l'école publique de la rue Lacordaire. Je n'ai pas toujours suivi Bruno Chauvierre. Il m'inçitait à la révolte, à la désobéissance à nos parents qu'il estimait trop conformes à l'ordre social établi. Je n'ai pas voulu m'exposer comme lui à la simultanéité du divin et du démoniaque. Bruno a choisi de traverser le chaos, pour accomplir sa destinée. Libre à lui, mais son histoire n'en est que plus intéressante, toute en nuances, avec un espace bien à lui, entre la souffrance et la félicité.
Je vais et je viens, entre fiction et documents. C'est aussi ça la vie rêvée. Lectrice passionnée d' Hermann Hesse, je suis plus que jamais une étudiante de l'université imaginaire de Castaldie.