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Mon Petit Claude
lundi 29 septembre 2008, a 20:31
Retour au pays du chemineau Malézieux

Après la soirée du Majestic, je réfléchis sur ce monde artificiel d'écrivains cabotins ,de demi-mondaines et de politiciens. Je vois trop souvent Anatole. Ses manoeuvres politiciennes incessantes m'énervent . Il vient de mouiller Romain Rolland dans une sombre histoire d'Union paneuropéenne. Après avoir rétabli les relations avec le Saint Siège, il complote avec les communistes pour que la France reconnaisse le gouvernement soviétique. Il est loin le temps où il faisait expulser des moines de leur abbaye entre deux cordons de gendarmes. C'est une girouette politique; Le contraire de l'idéal porté par mon père.

.  Arranger les choses, concilier l'inconciliable, c'est permanent chez Anatole. Dans quelquesannées,  il cherchera même à rapprocher Hitler des alliés par la médiation de Mussolini ! Anatole, tu devrais te consacrer à la littérature, tu écris si bien . J'aime ton livre : La Mort de Julie. Ecris au lieu de te faire bouffer par la politique et par tes réunions de Comices Agricoles du Lot.

 

 Tu te dis : il est urgent, mon petit Claude que tu changes d'air. Tu vas retourner  au pays du chemineau Malézieux, du côté de Sarzeau.Tu vas oublier ce monde. Allez , décides-toi vite mon petit Claude.

Te voilà à la gare Montparnasse avec des oeufs durs, des petit pains et un cornet de sel. Finies les élégances du Majestic. Tu voyages en troisième classe avec une famille qui  part à un enterrement : le petit garçon s'assoupit  entre deux couronnes mortuaires,  la mère et ses deux filles mangent du saucisson à l'ail, le père boit des rasades de pinard avec sa gourde de poilu. 

Tu vois défiler des villes aux toits toujours pareils qui brillent au soleil. Vergers en fleurs, vaches dans la luzerne , cabrioles de poulains dans un champ... Tu retrouves un monde oublié, celui du chemineau Malézieux..

Le train s'arrête dans les petites gares. La garde-station caresse le bras du mécanicien avec son drapeau rouge. Des cantonniers poussent un roupillon sur un tallus de ballast. Le cocher s'impatiente devant la barrière trop longtemps baissée. Le cheval, lui, se repose.

 La locomotive poussive repart en lâchant des volutes de fumée dans les arbres. Des militaires agitent leurs mouchoirs  vers des jeunes femmes.  

A la gare suivante, tu descends du train et monte dans l'omnibus de correspondance. Deux religieuses prient en égrenant leur chapelet.Une gamine boutonneuse se mouche bruyamment.. Pas un mot pendant les  dix minutes de trajet.   Dans le ciel bleu, une écharpe d'alouettes se déploie.  Sur sa butte, un moulin à vent tourne obstinément  Les prés sont mouchetés de petites fleurs des champs. On croise des carrioles dont les  occupants se protègent du soleil avec un  parapluie ouvert en guise d'ombrelle.

Mon petit Claude  tu es arrivée au pays où tu as rencontré le chemineau Malézieux.

 

 

 

dimanche 28 septembre 2008, a 20:53
Toi, quand tu fais l'amour, tu ne raisonnes pas

Tu es réveillée.

Anatole dors encore.

 Sa poitrine velue te rappelle Malézieux, l'homme de ton premier élan sexuel : un chemineau à la poitrine velue, dégoulinante de sueur. 

 Véritable forêt mouillée, sa parure  pue le bouc. C'est pour toi le premier appel à la bête.

Sur le visage tanné du chemineau, sur les plis tourmentés de son cou, ça coule en abondance, inondant la femelle que tu es devenue. La sueur perle à l'extrémité de chacun des poils du mâle. Il peine tellement qu'il en bave sur tes yeux fermés.

Malézieux le chemineau t'a secourue quand tu es tombée comme morte près de lui. A  ton entourage indifférent, il a dit inquiet : " elle est toute blanche. J'men vas la porter à l'hôpital ".

Malézieux est secoué de dévouement de la tête aux pieds, lui qui évite les gendarmes dont il a peur et les femmes qui ont peur de lui. Tu l'aimes comme une vierge émue, comme une créature éblouie bénissant son sauveur.

 Le chemineau est lumineux dans ta nuit sans étoile. Pour ton malheur, il continue de cheminer , pendant que tu guéris à l'hôpital.

Le temps d'être serrée dans ses bras, tu as cessé d'être la femme de personne.

 Que dirait  Marcel Proust de ce désir jaillissant dans l'instant avec ton mâle velu ?

Tu as droit à ton plaisir, lui au sien avec ses duchesses et sa psychologie complexe.

Toi, quand tu fais l'amour, tu ne raisonnes pas. Tout ça, tu l'as écrit dans ton livre : La Femme de Personne

vendredi 26 septembre 2008, a 20:15
Anna de Noailles et le désir féminin

Mes dialogues imaginaires entre Proust et James sont interrompus par l'odeur d'urine des rognons de James. Assise au milieu de la coterie de Proust, je me suis échappée dans un ailleurs, fruit de mon imagination.. Quand je m'embête,  je rêve. Les vrais personnages qui m'entourent  se transforment au gré de mon imagination, s'animent autour de moi. Spectacle de marionnettes dont je tire les ficelles et dont je me retire maintenant pour retrouver  Anatole:

Moi : Anatole, pourquoi elle n'est pas là Colette ?

Lui : Trop occupée entre son mari et le fils de son mari !

Moi : Ca durera jusqu'à quand ?

Lui : Je pense qu'à la fin de l'été, la saison de ses amours terminée, on la

          verra sans peine.

Moi : Didont, Anatole, tu crois pas que tu te moques un peu des femmes !

Lui :  Pas du tout,mon petit Claude, simplement ma chère Colette est un

          oiseau dont le coeur bat au rythme des saisons. Jouvenel me l'a

          dit, tel quel. Je l'ai vu hier, tu sais Colette couche avec son fils. Ya de

          quoi être furibard. Le gamin n'a pas dix neuf ans !

Moi : Elle fait ce qu'elle veut Colette. Pourquoi tu dis rien quand tu lis ce

          Joyce écrit sur son Bloom qui couche avec des gamines de quinze

          ans ? Deux poids deux mesures, tu crois que c'est juste ?

Lui: Ulysse est une grande oeuvre épique et satirique

Moi : Ils sont magnifiques, Proust et Joyce. Mais c'est désir d'homme, plaisir d'homme, langage d'homme. Et les femmes? Rachilde  éclipsée depuis des années.  Colette critiquée quand elle aime. Marguerite Audoux méprisée, Renée Vivien oubliée, Marie Lefranc ignorée, Anna de Noailles boudée. 

 

Dans la voiture qui nous conduit rue des Moulins à la fin de la réception,

les premiers vers de La Vie Profonde d'Anna de Noailles me reviennent :

 

Etre dans la nature ainsi qu'un arbre humain,

Etendre ses désirs comme un profond feuillage,

Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,

La sève universelle affluer dans ses mains

 

Poésie qui rend beaux les désirs, ceux de la femme et ceux de l'homme, les miens et ceux d'Anatole. Poésie de la passion qui nous brûle en faisant fi des modes littéraires. Bonsoir à mes petites soeurs les femmes. Bonjour à vos désirs... Je souhaite pour vous la vie Profonde chantée par Anna.

 

dimanche 14 septembre 2008, a 16:30
Le salon de Natalie Barney

Pendant que la princesse converse avec Anatole, tu te rappelles l'avoir rencontrée chez Natalie Barney. Tu lui as remis le manuscrit de la femme de personne. Pas de nouvelle depuis.Tu attends, avec l'espoir d'être bientôt invitée. Son salon est le meilleur de Paris. Si ton livre lui plait, tu seras publiée. Mais tu ne feras pas la moindre concession à Winnie. Tu ne perdras jamais ton seul bien: l'indépendance. Tu ne t'es jamais donnée. On ne t'a jamais prise. Tu n'es la femme de personne. Parceque tu fréquentes Anatole de Monzie et Max, Winnie, pense pouvoir t'entraîner dans ses transgressions. Elle se trompe. Tes relations d'affection avec Mireille Havet induisent en erreur. Mais les gens ne savent pas qu'au lieu de l'accompagner dans ses paradis artificiels, tu tentes de les lui faire abandonner.  Marcelle Garros, son initiatrice à l'opium consommait en esthète avec modération. Pas Mireille.Tu te permets certaines libertés, mais tu ne trangresses jamais les règles qui délimitent ton indépendance.

La drogue rend dépendant, la débauche aussi.



jeudi 11 septembre 2008, a 17:18
Une princesse nommée Polignac

Sommes dans la même loge que la princesse Edmond de Polignac, une américaine née Singer, fille de l'inventeur de la machine à coudre . Elle ressemble à Dante. Imposante stature masculine.  La princesse donne du Monsieur le Ministre, Anatole excelle au baise-main.

 

-- Son Altesse Royale a-t-elle lu le Figaro de ce matin ?

 

Anatole m'impressionne. Beau numéro pour un socialiste républicain ! 

Raffiné, Anatole tend élégamment à son excellence une lettre dépliée. La fille des machines à coudre et le politicien de gauche donnent un spectacle.

 

-- Je me permets d'offrir à son Altesse Royale, l'original de la lettre de Stravinsky à Tchaïkovsky, publiée ce matin dans le Figaro. C'est un manifeste impressionnant de la musique russe.

 

La princesse se lève et fait révérence avant de prendre la précieuse lettre. Etonnante princesse, dont je connais surtout la réputation sulfureuse. Elle adore ,dit-on, fouetter les jeunes femmes. Mais, nous sommes là  pour la première de "Renard", l'opéra-ballet burlesque d'Igor Stravinsky avec la compagnie des Ballets russes de Diaghilev.

 

mercredi 10 septembre 2008, a 17:24
La position dépressive de l'écrivain

Anatole me parle du talent littérraire de papa.

-  Mon petit Claude quand on a devant soi un maître comme      Gourmont,  on   le suit.

-- Mon père n'était pas suiveur.

-- Et Gourmont jamais flatteur !

-- Alors comment  expliques tu  tous ces carnets appréciés par  Gourmont et jamais publiés ?

-- Par sa position dépressive .

-- Explique moi...

-- Mon petit  Claude, ton père éprouvait un besoin non satisfait  d'être reconnu. La reconnaissance, chez lui,  tout tournait autour de ça. La peur de la méconnaissance  déclenchait un comportement d'évitement. Ne pas publier évitait la non reconnaissance. C'était chez lui inconscient, comme tout mécanisme de défénse. C'est pour moi, un aspect de la position dépressive de l'écrivain. Pas facile de devenir écrivain.

 

Anatole vient de découvrir Sigmund Freud. Avec sa culture encyclopédique et sa soif de connaissance, il approfondit  et intègre toute nouveauté sur le comportement humain. Il m'offre là des clefs pour mieux comprendre ce père, héros de la Commune de Paris, père portant si haut un idéal à mettre hors de portée de la moindre critique, même littéraire.

dimanche 07 septembre 2008, a 14:51
Le Majestic

Rencontre avec Anatole de Monzie
-- Tu vois trop Max jacob !
-- je fais quoi à la place.
-- tu viens avec moi à l'Opéra
-- En quel honneur ?
 --pour la première de Stravinski. Après on est reçu au Majestic. belle réception. On annonce Proust.

dimanche 11 mai 2008, a 00:56
Anatole de Monzie et l'hôtel de la rue des Moulins

Après le bal  on boit un drink au boeuf sur le toit . on y retrouve Maurice Sachs.

C'est son rade.

 Il écrira un livre.

 

Ensuite, petit hôtel de la rue des Moulins, près du Palais  Royal.

 

 Toulouse Lautrec y avait ses habitudes .

 La chambre qu'il occupa nous est réservée.Rien n'a changé. Miroirs coquins et velours moiré. Seules les filles sont parties. Coupe de champagne avant la chambre.

Couples vautrés sur les canapés. Enlacements impudiques.

 La jeunesse pousse en moi un appel éperdu.

Lot d'étreintes et de mensonges.

"Claude, Je t'aime". Embrassades à côté d'un autre couple. " Oui" dis-je

en me serrant davantage contre lui. Confiance. Yeux fermés. Confiance totale ? Non.

" Claude, à quoi penses tu ?" 

 Silence.

"Je ne pense pas, j'entends le bruit de la mer; nous sommes dans ma maison du bonheur. Pas dans un bordel."

 

 

Récemment, mon cousin Bruno Chauvierre qui habite rue Thérèse, non loin de la rue des Moulins, m'a fait visiter les lieux où Toulouse Lautrec s'illustra. Le cousin, actuellement, se livre à une curieuse activité qui le conduit à faire régulariser des sans-papiers et à leur trouver de l'embauche en les accompagnant personnellement chez des dirigeants d'entreprise de ses amis. Curieuse activité, car effectuée dans la plus grande discrétion, quasi- secrètement, comme s'il craignait que son image ne s'améliore.

 

m-Toulouse_Lautrec____Femmes.jpg



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Mêlant éléments biographiques et imaginaires, je me glisse dans la peau de Claude Chauvière, au plus près de sa relation à Colette.
Fulgence Chauvière

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