6 avril 1928.
Colette impatiente à la lecture de ma note sur l'intelligence selon Gourmont. Le pied gauche s'agite nerveusement. Visage en saccade. Tics.
Continue quand même la lecture de mon texte.
Colette d'habitude me demande de lire tout haut mes pattes de mouche. Déteste mon écriture. Suis enrhumée. Cordes vocales empoulées. Tousse-tousse-tousse-codotte.
Pour Rémy de Gourmont, l'intelligence s'arrête avec la guerre. L'intelligence est faite de nouveauté. Pendant la guerre, pas d'intelligence ni de littérature. Comparaison avant-après : « Le plus nouveau et le plus passionnant la veille, le lendemain n'existait pas »
Colette se lève, me regarde de haut, lève la voix : « Mon p'tit Claude, la guerrrre, j'lai faite. La nuit j' veillais les blessés.J'ai fait Verdun. RRRaconte pas d'blagues. »
Colette est ainsi. Tantôt elle s'exprime dans la langue de Madame de Sévigné, tantôt elle parle l'argot parisien avec son tonnerre d'accent bourguignon.
Collette est ainsi, elle vous écoute attentivement, puis soudain vous coupe pour se mettre en avant.
|