Colette me commanda des recherches sur le statut de l'intelligence dans l'œuvre de Rémy de Gourmont. Elle exigea même une note que je lui remis au plus vite, après qu'elle m'eusse dit : « Et grrrrouille-toi, mon petit Claude »
Voici le début de ma note :
La guerre lui donna un choc terrible. Sa vie abritée du monde, le laissa sans défense devant le drame. Manque de résistance morale. Importance de la Paix du monde, pour écrire.
Déclaré fanatique de l'intelligence, par sa propre famille, il lui fut difficile de travailler en ses temps troublés où l'intelligence n'était pas toujours respectée.
Ses amis partirent pour le Front. Il hanta les quais... le Mercure cessa de paraître pendant près d'un an. Les lecteurs perdirent toute tranquillité d'esprit. Plus possible d'apprécier les pages ironiques de Gourmont qui lui-même écrivit :
" Ce sont des heures bien lourdes que celles que nous passons ; toute vie intellectuelle est arrêtée ; on se dévore soi-même; et tout avenir est affreux, car tout est mort, et je ne sais pas si j'en verrai la résurrection. Plus de revues, plus de journaux où écrire, je ne fais rien. J'attends. Je tâche de penser. Les temps sont durs pour l'écrivain... "
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Ecrivant ces lignes, je ne peux oublier ce que je dois à Bruno Chauvierre qui me fit découvrir Rémy de Gourmont et me donna le contact avec Renaud Rosset magnifique écrivain prématurément disparu et, qui à l'inverse de Bruno se consacrait exclusivement aux Lettres. Je me souviens d'un dîner au Sénat entre Maurice Schumann, Renaud Rosset, Bruno Chauvierre et moi. Tous quatre, nous abjurions Bruno Chauvierre de publier ses carnets sur lesquels, chaque année il calligraphiait une bonne centaine de pages. Maurice Schumann appréciait beaucoup, tant la forme que le contenu des écrits du cousin, mais celui-ci persistait orgueilleusement à prétendre qu'il n'écrivait que pour lui-même.
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