Vacances bretonnes physiques pour Colette. Insatiable. Mains en avant. Tout saisir. Goûter à tout. Toujours à l'affût. Se rue sur ce qui palpite. Etreint sa proie jusqu'à l'écraser.
Bertrand Jouvenel, son jeune beau-fils palpite.

Sensualité et voracité. A toute heure, elle crie « J'ai faim ». En promenade à Saint Malo, elle éventre plusieurs éclairs au chocolat.

« J'ai soif ! » crie-t-elle ensuite.
Obsédée par le lyciet, elle me précipite dans la prairie en pente, déraciner les arbrisseaux honnis. Départ pour l'arrachage. Tout de suite. Tant pis si je suis encore en costume de bain. L'ordre fuse : « Décrasse ma Claude, décrasse le terrain, regarde comme je fais. » Assise, jambes écartées, chapeau rejeté en arrière, Colette empoigne les racines des arbrisseaux. Je les trouve plutôt beaux.

Ils ont des rameaux flexueux. Epineux. Une couronne pour Jésus.

Je tombe, me relève, reprends les rameaux, m'enfonce des épines. Supplice. La sueur dégouline de partout. Colette ne voit pas mon martyre. Elle crie comme dans une sorte de transe : « Décrasse ma Claude, décrasse. Il y en a loin, encore, encore, toujours, toujours. » Mots d'une amoureuse au corps à corps .

Spectacle de Colette faisant l'amour avec la terre. Bertrand arrive. Je lui montre ces fleurs longuement pédiculées. Calice en tube à deux lèvres. Je l'aspire. Stupéfaction de Bertrand. Pour lui, je mets en vers la fleur hermaphrodite :
Mauve veiné
Feuilles angulées
Subtilement fasciculées
Mais méchamment détaminées
« Oui, Bertrand, j'aime les fleurs des décombres, des chemins et des murs et en plus, ces fleurs là ont des fruits d'un beau rouge orangé »
Bertrand aime aussi les fleurs de décombres. |