Dans cette atmosphère enfumée, au pied du tableau de kiki de Montmartre qui sépare la table du Jockey de l'orchestre, un homme magnifique tangue d'ivresse sur sa chaise. Dans la pénombre, on ne distingue pas ses traits. Des chaises sont libres à côté de lui. Anatole lui demande la permission de s'installer. On se retrouve assis près de Scott Fitzgerald. Il engage la conversation. Le sourire me plait. Des yeux expressifs. Il aime les autres. Il y a du bon chez cet homme. On a envie de l'aimer. Il nous offre un verre. Anatole lui en offre un autre. Ses yeux s'emplissent de larmes puis se creusent, se voilent et enfin s'éteignent en restant ouverts ! Scott ingurgite encore plusieurs verres. Quand il demande la bouteille, le serveur refuse. Alors Scott jette son verre qui se brise sur le tableau de Kiki de Montmartre. Le serveur s'approche et prend un autre verre en pleine figure. Coups de poings entre Scott et les serveurs. Il a le visage en sang. La police arrive et l'embarque. Il se débat de plus belle ! Anatole n'est pas intervenu. Peur du scandale.

merveilleuse ivresse
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Bruno Chauvierre m'a fait connaître l'oeuvre de Francis Scott Fitzgerald, dès les années 1963, fasciné par son amour pour Zelda et les brisures de la vie, les fêlures qu'il décrit pour lui-même dans l'un des beaux textes de ses petits carnets soigneusement calligraphiés à la plume sergent-major et ,dans lequel il compare déjà les échecs de ses vingt ans aux assiettes ébréchées du buffet de son arrière-grand-mère. Bruno Chauvierre, un tantinet pessimiste malgré son apparente audace me répétait :" Les félures, ça se fait progressivement quand on ne prend pas soin de sa vie et que l'on se laisse ébrécher par plaisir" Pourquoi diable se laissait-il déjà ébrécher ? Y éprouvait-il vraiment du plaisir? |