Nous quittons le Majestic, Proust part peu après. Proust invite les Schiff , les emmène dans le taxi de Célestin Odilon, le mari de Céleste son indispensable gouvernante. Mais Joyce est là. Il s'incruste, saute dans le taxi pour le dernier champagne chez Proust. Bourré, pas seulement d'alcool, mais aussi de complexes, le Joyce ! Il imagine Proust dans un somptueux appartement près de L'Etoile .Ca le fascine, lui, dont la compagne Nora, vit à Londres dans l'attente d' un bel appartement à Paris. Joyce trouvera vite un appartement autrement plus luxueux. Je le rencontrerai bientôt au Café Francis, en compagnie de Nora.
Dans le taxi pour aller rue Hamelin, Joyce allume un cigare et baisse les vitres. Sydney Schiff les remonte et fait éteindre le cigare. Proust parle beaucoup, ignore Joyce, sauf à l'arrivée, rue Hamelin. Là, avec autorité, il demande à Célestin de ramener Joyce chez lui. Débarassé , Proust emmène ses amis Schiff, boire le dernier vers dans son austère tanière.. Joyce fera la tournée des bars avant de revenir chez lui, ivre-mort.
Pendant ce temps, je suis avec Anatole, dans notre petit hôtel de la rue des Moulins. Lui, agenouillé sur la descente de lit. Moi allongée sur le drap, en travers. Il a installé des coussins sous mon ventre. Sa langue fait des mouvements complexes qui m'électrisent. Langue agile et acrobatique comme les danseurs de Diaghilev. A croire que l'imprésario des Ballets russes est aussi celui de la langue d'Anatole. Cette langue de diable a mis mon corps en feu. Le jour est levé, mais pour moi, la nuit ne fait que commencer .Ce soir, je ne suis plus La Femme de Personne |