Ce soir, Max va dormir chez Charles Granval, l''acteur qui ne veut pas qu'on l'appelle Grivoubal, rue de Grenelle. Il a quitté l'an dernier la rue Gabrielle, pour le presbytère de Saint Benoit-sur-Loire. Je suis allée lui rendre visite, Il y vit son existence chrétienne dans la perfection. il est vrai que jusqu'ici je n'ai jamais cru ni en Dieu ni au Diable, même si Max veut me faire rencontrer Dieu alors que Mireille Havet en appelle à ma rencontre avec le diable.
Le repas terminé, nous ne disons plus mot, le temps est comme suspendu . Une douce chaleur monte en moi. Bonheur nimbé de nostalgie. Les saveurs et les odeurs de ces plats de mon enfance s'accrochent comme des gougouttes sur mes récifs de mémoire. Gougouttes, ce mot de maman, accroche ma pensée consolide la force d'évocation des souvenirs.
La soirée se termine en feu d'artifice. Max s'installe au piano et, miracle de l'évocation des souvenirs d'enfance, joue et chante avec sa voix de fausset LA LANGOUSTE ATMOSPHERIQUE, chansonnette de Charles de Crémieux fredonnée par sa mère sa mère . C'est un extrait de V'lan dans l'oeil créée en 1867 par Florimont Hervé et reprise par Offenbach . Cette chanson est tellement accrochée à lui que je Mireille Havet l'a déjà entendu la chanter rue des Abbesses avec Apollinaire au grand étonnement des passants.
Ecoutez bien cette histoire véridique,
C'est celle de la langouste athmosphérique
Latorilla ! Latorilla ! Sautez ! Dansez
Trompettes et basse, entournez la ritournelle
Ronflez tambours, en avant la pastourelle,
Latorilla ! Latorilla ! Good morning soeur !
Le morceau terminé, Max retrouve soudainement son plus grand sérieux,
essuie son monocle et me fixe gravement.
-- Mon petit Claude il est minuit, je dois être à jeun pour communier à la première messe du Sacré- Coeur.
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