Claude, vers une heure du matin, au bras d'Anatole de Monzie, fut annoncée par l'aboyeur du Majestic. S'approchant du buffet toujours intact, reconstituant l'ensemble des plats favoris du très attendu Marcel Proust, elle se demanda si, malgré sa santé délicate, l' écrivain pourrait parcourir les cinq cent mètres qui le séparaient de son domicile de la rue Hamelin ; à bien réfléchir, elle l'imagina plutôt arrivant avec nonchalance au Majestic, comme un voisin familier attiré par les lumières, affichant cette aisance arborée, il y a peu, chez les Jouvenel où, son amie Colette l'avait invitée.
James Joyce, lui, en ce 22 mai 1922, attendait Proust depuis plus de deux heures, vidant verre sur verre.
Pour patienter, Liane de Pougy caressa les cheveux de la jeune femme et, lui donna des nouvelles de Max Jacob, en sainteté à Saint-Benoit- sur- Loire. Reine parisienne de l'Amour, avant de devenir la princesse Ghika, elle tricotait maintenant des chaussettes rouges pour Max.
Gominé, enveloppé d'une étoffe noire et moirée dont des gants de chevreau blanc dépassaient, Proust apparut, salua un Picasso, transformé par le succès du cubisme et, dont la faixa catalane, nouée au-dessus des yeux, rivalisait de dandysme avec lui.
Sydney et Violet Schiff, mécènes organisateurs de la soirée conduisirent James Joyce et Marcel Proust, à la lisière de deux salles, dans l'embrasure d'une porte accordéon. Les deux écrivains ainsi installés, sur deux chaises, disposées pour un face à face, furent vite rejoints par leurs admirateurs les entourant, en demi- lune.
Dialogue
-- Proust : " Comme j'ai dit, Monsieur, dans Du côté de chez Swann, que sans doute vous avez lu..."
--Joyce : " Non Monsieur..."
Désastreux.
Claude ferma les yeux, préférant rêver à un Combray fantasmagorique avec :
Tante Léonie
Un manteau de roses blanches
Une blanche nappe en guipure,
Le Prince Eugène en effigie dans un buffet de gare
La commode de tante Léonie
Une bouteille de Vichy célestin ...
Quand Claude ouvrit les yeux sur le visage anxieux de James Joyce. Ce soir, sans sa compagne Nora, restée à Londres, il s'ennuyait et buvait trop.
Pourtant, c'est James Joyce qui relança la conversation :
-- Comme M. Bloom le dit dans mon Ulysses, que vous avez lu, sans doute..."
-- Mais non Monsieur.
Proust ignorait- il vraiment, que, ce Bloom était le premier spécimen du nouvel homme féminin du vingtième siècle?
Méconnaissait-il la souffrance de Bloom, son envie insatisfaite de posséder un utérus? Sans doute pas... Claude pensa même qu'il connaissait parfaitement le cri de coeur de Bloom, lorsqu'il changea de sexe dans " Circé " : Oh, je désire tant être mère "
Et, c'est pour se racheter, que Proust relança la conversation... en expliquant son retard par les souffrances... de son foie. Il décrivit les symptômes de ses petits ennuis empruntant à son père et son frère, tous deux médecins une étonnante précision clinique qui, impressionna James Joyce, au point qu'il crut reconnaître son mal :
-- Tiens Monsieur… J'ai presque les mêmes symptômes.
Tard dans la nuit, Joyce et Proust, plutôt que de parler du nouvel homme féminin, préférèrent se plaindre de leurs maladies. Nuit où nos deux écrivains accouchèrent de belles coquecigrues ! Reste à imaginer ce qu'ils auraient pu se dire.
Que Proust, énuméra à Joyce, ses afflictions physiques, fut-il du plus grand intérêt ?
Qu'il se plaignit d'une constipation, l'obligeant à l'absorption tous les quinze jours d'un laxatif, source de maux d'estomac, intéressa-t-il ce monde avide de nouveauté qui l'entourait ?
Pendant qu'il livrait à Joyce, ce florilège de coquecigrues, ses yeux glissèrent sur le chatoiement des étoffes, le bout de ses doigts se posa délicatement et subrepticement sur les manches de ses voisins de chaise, dont il ressentit, jusqu'au fond de lui même, la texture mousseuse, soyeuse ou glacée.
Proust aurait pu interroger Joyce sur l'arrivée de Bloom dans Mabbot Street, le quartier des bordels. Claude imagina leur conversation :
Proust : Pourquoi dans votre livre, que j'ai lu, la vieille maquerelle saisit-elle Bloom par la manche ? Pourquoi frotte-t-elle contre la main de Bloom les soies qui flottent à la verrue de son menton ?
Joyce : c'est pour vendre " dix shillings une virginité. Tout frais tout nouveau, personne n'y a jamais touché. Quinze ans. Y a personne que son vieux dab qu'est soul perdu ".
Que cette réponse, reprenant intégralement une réplique d'Ulysse, ait pu convenir au très moral et conventionnel Proust, parut improbable à Claude, tant elle connaissait par Colette et De Monzie le code éthique de l'écrivain. Alors, elle imagina comment, un Proust indigné, pouvait bien répondre aux provocations de Joyce, qu'elle était maintenant capable de prévoir à l'avance, Anatole les lui soufflant, tant il s'était imprégné de la dimension perverse de l'écrivain.
Proust : Des enfants de quinze ans mêlées à de telles aventures. Et la Loi ? Et la police des mœurs ? Et le risque de se faire prendre ? Non, vraiment, ce n'est pas moral, il ferait mieux de se masturber votre Monsieur Bloom...
Joyce : La loi, justement, on y pense dans mon livre. La maquerelle avec ses prunelles de louve allumées fait bien attention pour pas que " les moeurs ils nous poissent "
Proust : Mais Molly, la compagne de Bloom, dans cette débauche, que devient-elle ?
Joyce : Tout est dit là dessus dans l'échange entre Madame Breen et Bloom.
Claude affectionnait ce passage que, dans leurs moments de tendresse, Anatole lui susurrait à l'oreille, afin de l'inciter aux dépassements coquins auxquels elle se refusait pourtant :
-Mme Breen : " Attendez un peu la prochaine fois que je vois Molly !"
-Bloom : " Ca l'amuserait de voir... En souvenir du bon vieux temps.
Je voulais simplement dire une partie carrée, une combine mixte de tous nos petits conjugos"
Claude, qui avait écrit ce beau livre, la femme de personne, où elle expliquait comment, à force de se faire désirer, elle restait seule au monde, savait combien importe le désir dans l'univers proustien, convaincue, au final, que James Joyce dissimulait derrière des demandes perverses, le profond besoin d'amour inhérent à son manque à être. Elle n'eût donc pas grande difficulté à imaginer la réponse de Proust.
Proust : Et le désir dans tout cela ? Pour aimer une femme, on ne doit pas la posséder immédiatement. La belle personne doit pouvoir dire qu'elle n'est pas libre ce soir. Vos prostituées, comme vos personnages sont toujours disponibles. Impossible de désirer une personne dont on a la certitude qu'elle ne vous échappera pas. Pour désirer il faut craindre le manque. J'ai écrit : " Les femmes un peu difficiles, qu'on ne possède pas tout de suite, dont on ne sait même pas tout de suite qu'on pourra jamais les posséder, sont les seules intéressantes ". Vous savez, ne pas chercher à acquérir trop vite les belles choses est une condition du désir réel et durable, du désir qui rend fascinante la personne qui vous manque.
Joyce : C'est pour cela qu'il vous arrive de poser des lapins ?
Proust : oui, mais pas seulement, tenez, la duchesse de Guermantes possède beaucoup plus de vêtements qu'Albertine, mais Albertine aime davantage ses affaires ; elle passe des heures à rêver de tel manteau qui lui manque, c'est ainsi que le désir de cette parure monte en elle, Oh! Vous savez, je l'ai écrit, il en est ainsi de la valeur accordée au manque,
" Comme tout obstacle apporté à une possession "
Claude se rappela l'histoire de ce rendez-vous manqué organisé par Max Jacob avec Picasso, pourtant à la demande de Proust qui, posa un lapin afin de mieux se faire désirer.
Que Proust puisse éprouver son plaisir, dans l'attente d'une rencontre sans cesse différée, au prétexte de simples éternuements, n'étonna pas Claude. Au fond, quand il faisait attendre Max Jacob et Picasso, c'était pour ressentir cette forme insolite de plaisir. En avait-t-il vraiment conscience? Le lapin de Proust ne serait-il qu'un acte manqué, une sorte de mécanisme de défense du moi. Conscient de ses actes ou inconscient, notre Proust ? Ni l'un ni l'autre, pensait Claude qui, imaginant même comment l'introspection lui permettait d'accéder à un niveau préconscient, était convaincue qu'il jouissait narcissiquement du plaisir de se dénuder à ses propres yeux, mais sans savoir pourquoi il s'était mis à poil ! Pour vraiment comprendre, s'allongerait-il un jour sur le divan du Docteur Freud? En ce 22 Mai 1922, il ne le savait sans doute pas encore. Claude n'en ressentit pas moins un violent désir d'approfondir ses instances moïques personnelles, afin de repérer en elle les modulations de son propre principe de plaisir, mais restant certaine qu'à propos de Joyce, tout psychanalyste évoquerait l'importance des pulsions du çà dans l'équilibre du moi.
Lisant Ulysse à quatre mains avec Anatole, Claude avait listé, bien avant ce 22 mai 1922, tant de sources d'excitations alimentaires, alcooliques et sexuelles, qu'elle aurait pu conseiller à Joyce de diminuer, de parer, l'exagération de son état ex citationnel. Anatole imaginait même comment soigner Joyce, par la traduction thérapeutique du concept de pare-excitation.
Anatole, convaincu de l'intérêt de lire Proust et Joyce, avec l'éclairage de la psychanalyse décida d'inviter Joyce et Nora, chez Francis, en compagnie de Freud, longuement rencontré lors d'un récent voyage à Vienne.
Sur ces perspectives freudiennes, Claude continua d'imaginer quel dialogue entre Proust et Joyce, pouvait bien apporter des réponses aux affres introspectives des deux écrivains, avec les seules citations d'Ulysse à l'appui, car elle éprouvait des difficultés à mémoriser les textes de Proust, dont elle appréciait pourtant la quintessence.
Joyce : Monsieur, pour les femmes je ne suis pas d'accord, elles valent par leur présence et non par leur absence ; il faut pouvoir les toucher, être caressé jusqu'à l'extase. Quand elles sont plusieurs, c'est encore mieux.
Si la femme est seule, raison de plus qu'elle ne vous fasse pas attendre !
La femme, je la veux près de moi, et pouvoir, comme dans mon livre lui dire :
" Caressez-moi. Doux yeux. Main douce, douce-douce. Je suis si seul ici. Oh, caressez-moi sans attendre, tout de suite. Quel est ce mot que tous les hommes savent ? Je suis seul et tranquille. Et triste. Touchez- moi, touchez-moi."
Proust : Vous voulez toujours tout, tout de suite ?
Claude connaissait Ulysse par cœur, non seulement les répliques, mais aussi la psychologie inspirant l'écrivain. Elle savait que Joyce ne répondrait pas, aussi sortit-elle de sa songerie, juste au moment où, avec une certaine goujaterie, il se penchait vers Violet Shiff, pour une petite messe basse, bien désobligeante pour Proust. La conversation tomba, l'embarras s'installa, juste rompu par l'arrivée d'un Maître d'hôtel, tenant cérémonieusement un plateau de tripes à la main. Le visage de Joyce resplendit, devint plus rouge encore. Coq, de nouveau prêt au combat, il se tourna vers Proust :
Joyce : Vous savez, Monsieur, les rognons de mouton au grill, quand j'en ai envie, c'est comme les femmes, je les veux tout de suite. Je suis comme Monsieur Bloom, mon héros, qui, "Par-dessus tout aimait les rognons de mouton au grill qui flattaient ses papilles gustatives d'une belle saveur au léger parfum d'urine. "
Claude regretta que ces dialogues imaginaires, entre Proust et James, fussent interrompus par l'odeur d'urine des rognons de James, ingurgités en pleine nuit. Assise au milieu de la coterie de Proust, Claude s'échappa encore dans un autre ailleurs, fruit de sa capacité permanente à rêver. Elle rêvait souvent pour fuir les odeurs désagréables et, celles des rognons étaient vraiment sordides. Les vrais personnages qui l'entouraient, Proust, James, Picasso, Diaghilev, se transformèrent alors au gré de son imagination, s'animant autour d'elle, comme dans un ballet de Nijinsky. Spectacle de marionnettes dont elle tirait les ficelles et dont elle ne s'éclipsa que pour retrouver Anatole:
Elle : Anatole, pourquoi elle n'est pas là Colette ?
Lui : Trop occupée entre son mari et le fils de son mari !
Elle : Ca durera jusqu'à quand ?
Lui : Je pense qu'à la fin de l'été, la saison de ses amours terminée, on la verra sans peine.
Elle: Didont, Anatole, tu crois pas que vous vous moquez un peu des femmes !
Lui : Pas du tout, mon petit Claude, simplement ma chère Colette est un oiseau dont le coeur bat au rythme des saisons. Jouvenel me l'a dit, tel quel. Je l'ai vu hier, tu sais Colette couche avec son fils. Ya de quoi être furibard. Le gamin n'a pas dix neuf ans !
Elle: Colette fait ce qu'elle veut. Pourquoi tu ne dis rien quand tu lis ce que Joyce écrit sur son Bloom, fornicateur de gamines de quinze ans ? Deux poids, deux mesures, tu crois que c'est juste ?
Lui: Ulysse est une grande oeuvre épique et satirique
Elle : Ils sont magnifiques, Proust et Joyce. Mais c'est désir d'homme, plaisir d'homme, langage d'homme. Et les femmes? Rachilde éclipsée depuis des années. Colette critiquée quand elle aime. Marguerite Audoux méprisée, Renée Vivien oubliée, Marie Lefranc ignorée, Anna de Noailles boudée.
Dans la voiture qui les conduit rue des Moulins à la fin de la réception, les premiers vers de La Vie Profonde d'Anna de Noailles reviennent dans la bouche de Claude :
Etre dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Etendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains
Poésie qui rend beaux les désirs, ceux de la femme et ceux de l'homme, ceux de Claude et ceux d'Anatole. Poésie de la passion qui nous brûle en faisant fi des modes littéraires. Bonsoir à mes petites sœurs, les femmes, se dit Claude. Bonjour à vos désirs... Je souhaite pour vous la vie Profonde chantée par Anna de Noailles.
Proust quitta le Majestic peu après Anatole. Proust invita les Schiff, les emmena dans le taxi de Célestin Odilon, le mari de Céleste, son indispensable gouvernante. Mais Joyce s'incrusta, sauta dans le taxi pour le dernier champagne chez Proust. Bourré, pas seulement d'alcool, mais aussi de complexes, le Joyce ! Il imaginait Proust dans un somptueux appartement près de L'Etoile.Ca le fascinait, lui, dont la compagne Nora, vivait à Londres, dans l'attente d'un bel appartement à Paris. Joyce se disait qu'il trouverait vite un appartement, autrement plus luxueux, dans lequel il pourrait inviter Anatole de Monzie.
Dans le taxi pour aller rue Hamelin, Joyce alluma un cigare et baissa les vitres. Sydney Schiff les remonta et fit éteindre le cigare. Proust parla beaucoup, ignora Joyce, sauf à l'arrivée, rue Hamelin. Là, avec autorité, il demanda à Célestin de ramener Joyce chez lui. Débarassé, Proust bu avec ses amis Schiff, la dernière coupe, dans son austère tanière. Joyce, lui, fera la tournée des bars avant de revenir chez lui, ivre-mort.
Pendant ce temps, Claude et Anatole sont heureux dans leur petit hôtel de la rue des Moulins. Lui, agenouillé sur la descente de lit. Elle allongée sur le drap, en travers. Il a installé des coussins sous son ventre. Sa langue fait des mouvements complexes qui l'électrisent. Langue agile et acrobatique comme les danseurs de Diaghilev. A croire que l'imprésario des Ballets russes est aussi celui de la langue d'Anatole. Cette langue de diable a mis en feu le corps de Claude. Le jour est levé, mais pour Claude, la nuit ne fait que commencer.Ce soir, elle n'est plus dans le titre de son roman, elle n'est plus » La Femme de Personne »
Claude est réveillée.
Anatole dors encore.
Sa poitrine velue rappelle Malézieux, l'homme du premier élan sexuel de Claude : un chemineau au torse poilu, dégoulinant de sueur.
Véritable forêt mouillée, sa parure puait le bouc. Ce fut pour Claude le premier appel à la bête.
Sur le visage tanné du chemineau, sur les plis tourmentés de son cou, ça coulait en abondance, inondant la femelle qu'elle était devenue. La sueur perlait à l'extrémité de chacun des poils du mâle. Il peinait tellement qu'il en bavait sur les yeux fermés de Claude.
ELLE S'ETAIT LONGTEMPS DIT : Malézieux, le chemineau, il t'a secourue quand, tombée comme morte près de lui, ton entourage restait indifférent, lui, il s'est inquiété, il a dit : " elle est toute blanche. J'men vas la porter à l'hôpital ".
Malézieux, secoué de dévouement de la tête aux pieds, lui qui évitait les gendarmes dont il avait peur. Claude l'aima comme une vierge émue, comme une créature éblouie bénissant son sauveur.
Le chemineau est lumineux dans ta nuit sans étoile se disait-elle. Mais, pour ton malheur, il continue de cheminer, pendant que tu guéris à l'hôpital, déplorait-elle.
Le temps d'être serrée dans ses bras, tu as cessé d'être la femme de personne se répétait-elle.
Que dirait Marcel Proust de ce désir jaillissant dans l'instant avec ce mâle velu ?
Et Claude se répétait : tu as droit à ton plaisir, lui au sien, avec ses duchesses et sa psychologie complexe.
Toi, quand tu fais l'amour, tu ne raisonnes pas. Tout ça, tu l'as écrit dans ton livre : La Femme de Personne
Après la soirée du Majestic, Claude réfléchit sur ce monde artificiel d'écrivains cabotins,de demi-mondaines et de politiciens. Oui, elle voyait trop souvent Anatole. Ses manœuvres politiciennes incessantes l'énervaient. Il venait de mouiller Romain Rolland dans une sombre histoire d'Union paneuropéenne. Après avoir rétabli les relations avec le Saint Siège, il complotait maintenant avec les communistes pour que la France reconnaisse le gouvernement soviétique. Il est loin le temps où il faisait expulser des moines de leur abbaye entre deux cordons de gendarmes. Girouette politique, il symbolisait le contraire de l'idéal porté par son père, Emmanuel Chauvière, héros de la Commune de Paris et député socialiste révolutionnaire.
Arranger les choses, concilier l'inconciliable, resta une constante d'Anatole. Dans quelques années, il cherchera même à rapprocher Hitler des alliés par la médiation de Mussolini ! Ses amis lui disaient : Anatole, tu devrais te consacrer à la littérature, tu écris si bien, comme Claude et Colette, nous aimons ton bouquin : La Mort de Julie. Ecris au lieu de te faire bouffer par la politique et par tes réunions de Comices Agricoles du Lot.
Claude se retourna sur elle et décida : il est urgent, mon petit Claude que tu changes d'air. Tu vas retourner au pays du chemineau Malézieux, du côté de Sarzeau. Tu vas oublier ce monde. Allez, décides-toi vite mon petit Claude.
Te voilà à la gare Montparnasse avec des oeufs durs, des petits pains et un cornet de sel. Finies les élégances du Majestic. Tu voyages en troisième classe avec une famille qui part à un enterrement : le petit garçon s'assoupit entre deux couronnes mortuaires, la mère et ses deux filles mangent du saucisson à l'ail, le père boit des rasades de pinard avec sa gourde de poilu.
Claude vit ainsi défiler des villes aux toits toujours pareils chatoyants au soleil. Vergers en fleurs, vaches dans la luzerne, cabrioles de poulains dans un champ... Elle retrouva un monde oublié, celui du chemineau Malézieux où ELLE SUBLIMAIT LE PITTORESQUE. Le train s'arrêtait dans les petites gares. La garde-station caressait le bras du mécanicien avec son drapeau rouge. Des cantonniers poussaient un roupillon sur un tallus de ballast. Le cocher s'impatientait devant la barrière trop longtemps baissée. Le cheval, lui, se reposait. La locomotive poussive repartit en lâchant des volutes de A la gare suivante, tu descends du train et monte dans l'omnibus de correspondance. Deux religieuses prient en égrenant leur chapelet. Une gamine boutonneuse se mouche bruyamment. Pas un mot pendant les dix minutes de trajet. Dans le ciel bleu, une écharpe d'alouettes se déploie. Sur sa butte, un moulin à vent tourne obstinément Les prés sont mouchetés de petites fleurs des champs. On croise des carrioles dont les occupants se protègent du soleil avec un parapluie ouvert en guise d'ombrelle. Mon petit Claude tu es arrivée au pays où tu as rencontré le chemineau Malézieuxfumée dans les arbres. Des militaires agitaient leurs mouchoirs vers des jeunes femmes.A la gare suivante, elle descendis du train et monta dans l'omnibus de correspondance. Deux religieuses priaient en égrenant leur chapelet. Une gamine boutonneuse se moucha bruyamment. Pas un mot pendant les dix minutes de trajet. Elle reconnut si bien le paysage qu'elle sut anticiper les différents tableaux naturels comme elle parvenait hier à prévoir les cochonneries de Joyce dans sa conversation avec Proust. Dans le ciel bleu, une écharpe d'alouettes se déploiera bientôt. Sur sa butte, un moulin à vent tournera obstinément Les prés seront mouchetés de petites fleurs des champs. On croisera des carrioles dont les occupants se protègeront du soleil avec un parapluie ouvert en guise d'ombrelle
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