
Quatre juin 1910.
Mise en bière de papa. Le voilà enfermé. « Enfermé », mot si souvent répété pour désigner le vieux maître Blanqui, plus souvent enfermé en prison que libre de lui. Prison aussi pour papa. Un mois en 1868 pour avoir blessé un sergot devant la tombe de Baudin. Six mois en 1869, pour un discours contre le gouvernement impérial. Deux mois en 1870, pour contravention à la loi sur les réunions publiques. Cinq ans de prison en 1871, pour sa participation à la Commune de Paris, armes à la main contre les lignards.
Avant qu'il ne soit définitivement enfermé, je couvre mon papa de baisers. Edouard Vaillant, son camarade de combat l'embrasse aussi. Un ratichon se présente. Il est foutu dehors.
Papa a encore changé. Visage resserré, exsangue. La bouche ouverte forme un rond. Il a l'air plus vieux qu'il n'est. Trois bouquets de roses rouges sur son cœur : le mien, ceux de Jaurès et Vaillant. Fermeture du cercueil, tout de suite recouvert du drapeau rouge. |