
Soixante cinq ans déjà.
28 décembre 1943
L'étau de la mort allemande se resserre.
Max Jacob médite sur la mort. Harmonie avec l'enseignement de Saint Benoit :
« Craindre le jour du jugement, redouter l'enfer, désirer la vie éternelle de toute l'ardeur de son âme, avoir devant les yeux la menace de la mort, veiller à toute heure sur les actions de la vie »
Pour Robert Szigeti , son nouveau filleul, Max Jacob résume :
« tâche de faire une méditation tous les jours : c'est indispensable ! Si on ne se remet pas en esprit les dogmes tous les jours, on devient un chrétien machinal comme ils sont tous et ce n'est plus qu'un genre de vie sans intérêt. La méditation la plume à la main n'est pas fameuse mais ça vaut mieux que rien. Cependant n'oublie pas ceci : il ne s'agit pas detrouver des idées, il s'agit d'approfondir les mêmes idées, de les faire descendre dans l'estomac, de les souffrir jusqu'à en crier, de les appliquer à la vie quotidienne, de les rattacher aux plus minces détails de la journée… Il y a dans l'introduction à la vie dévote, dix méditations à faire tous les jours, une par jour et on recommence. Fais-les ainsi en creusant comme je fais depuis 1915. Lève toi une heure plus tôt dans cette intention »
Oui, moi je crois aussi que le sentiment enveloppe l'acte.
Le dogme résonne dans le corps et le psychisme, évitant à l'acte religieux son côté machinal. Suivons aujourd'hui les conseils de vie intérieure donnés par Max aux jeunes poètes. Mon absence de racines sémitiques et orientales me gène. Le cartésianisme est chez moi trop important. Ma piété n'est pas assez expressive et démonstrative. Puisse un jour mon corps s'impliquer totalement, jusque dans les sanglots du chemin de croix.
J'aime la vie. Max y a mordu à belles dents. On se blesse à la vie. On en ressent la précarité. On sait mieux aider son prochain à accueillir la vie. |