Après la soirée du Majestic, je réfléchis sur ce monde artificiel d'écrivains cabotins ,de demi-mondaines et de politiciens. Je vois trop souvent Anatole. Ses manoeuvres politiciennes incessantes m'énervent . Il vient de mouiller Romain Rolland dans une sombre histoire d'Union paneuropéenne. Après avoir rétabli les relations avec le Saint Siège, il complote avec les communistes pour que la France reconnaisse le gouvernement soviétique. Il est loin le temps où il faisait expulser des moines de leur abbaye entre deux cordons de gendarmes. C'est une girouette politique; Le contraire de l'idéal porté par mon père.
. Arranger les choses, concilier l'inconciliable, c'est permanent chez Anatole. Dans quelquesannées, il cherchera même à rapprocher Hitler des alliés par la médiation de Mussolini ! Anatole, tu devrais te consacrer à la littérature, tu écris si bien . J'aime ton livre : La Mort de Julie. Ecris au lieu de te faire bouffer par la politique et par tes réunions de Comices Agricoles du Lot.
Tu te dis : il est urgent, mon petit Claude que tu changes d'air. Tu vas retourner au pays du chemineau Malézieux, du côté de Sarzeau.Tu vas oublier ce monde. Allez , décides-toi vite mon petit Claude.
Te voilà à la gare Montparnasse avec des oeufs durs, des petit pains et un cornet de sel. Finies les élégances du Majestic. Tu voyages en troisième classe avec une famille qui part à un enterrement : le petit garçon s'assoupit entre deux couronnes mortuaires, la mère et ses deux filles mangent du saucisson à l'ail, le père boit des rasades de pinard avec sa gourde de poilu.
Tu vois défiler des villes aux toits toujours pareils qui brillent au soleil. Vergers en fleurs, vaches dans la luzerne , cabrioles de poulains dans un champ... Tu retrouves un monde oublié, celui du chemineau Malézieux..
Le train s'arrête dans les petites gares. La garde-station caresse le bras du mécanicien avec son drapeau rouge. Des cantonniers poussent un roupillon sur un tallus de ballast. Le cocher s'impatiente devant la barrière trop longtemps baissée. Le cheval, lui, se repose.
La locomotive poussive repart en lâchant des volutes de fumée dans les arbres. Des militaires agitent leurs mouchoirs vers des jeunes femmes.
A la gare suivante, tu descends du train et monte dans l'omnibus de correspondance. Deux religieuses prient en égrenant leur chapelet.Une gamine boutonneuse se mouche bruyamment.. Pas un mot pendant les dix minutes de trajet. Dans le ciel bleu, une écharpe d'alouettes se déploie. Sur sa butte, un moulin à vent tourne obstinément Les prés sont mouchetés de petites fleurs des champs. On croise des carrioles dont les occupants se protègent du soleil avec un parapluie ouvert en guise d'ombrelle.
Mon petit Claude tu es arrivée au pays où tu as rencontré le chemineau Malézieux.
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