Tu es réveillée.
Anatole dors encore.
Sa poitrine velue te rappelle Malézieux, l'homme de ton premier élan sexuel : un chemineau à la poitrine velue, dégoulinante de sueur.
Véritable forêt mouillée, sa parure pue le bouc. C'est pour toi le premier appel à la bête.
Sur le visage tanné du chemineau, sur les plis tourmentés de son cou, ça coule en abondance, inondant la femelle que tu es devenue. La sueur perle à l'extrémité de chacun des poils du mâle. Il peine tellement qu'il en bave sur tes yeux fermés.
Malézieux le chemineau t'a secourue quand tu es tombée comme morte près de lui. A ton entourage indifférent, il a dit inquiet : " elle est toute blanche. J'men vas la porter à l'hôpital ".
Malézieux est secoué de dévouement de la tête aux pieds, lui qui évite les gendarmes dont il a peur et les femmes qui ont peur de lui. Tu l'aimes comme une vierge émue, comme une créature éblouie bénissant son sauveur.
Le chemineau est lumineux dans ta nuit sans étoile. Pour ton malheur, il continue de cheminer , pendant que tu guéris à l'hôpital.
Le temps d'être serrée dans ses bras, tu as cessé d'être la femme de personne.
Que dirait Marcel Proust de ce désir jaillissant dans l'instant avec ton mâle velu ?
Tu as droit à ton plaisir, lui au sien avec ses duchesses et sa psychologie complexe.
Toi, quand tu fais l'amour, tu ne raisonnes pas. Tout ça, tu l'as écrit dans ton livre : La Femme de Personne |