Mes dialogues imaginaires entre Proust et James sont interrompus par l'odeur d'urine des rognons de James. Assise au milieu de la coterie de Proust, je me suis échappée dans un ailleurs, fruit de mon imagination.. Quand je m'embête, je rêve. Les vrais personnages qui m'entourent se transforment au gré de mon imagination, s'animent autour de moi. Spectacle de marionnettes dont je tire les ficelles et dont je me retire maintenant pour retrouver Anatole:
Moi : Anatole, pourquoi elle n'est pas là Colette ?
Lui : Trop occupée entre son mari et le fils de son mari !
Moi : Ca durera jusqu'à quand ?
Lui : Je pense qu'à la fin de l'été, la saison de ses amours terminée, on la
verra sans peine.
Moi : Didont, Anatole, tu crois pas que tu te moques un peu des femmes !
Lui : Pas du tout,mon petit Claude, simplement ma chère Colette est un
oiseau dont le coeur bat au rythme des saisons. Jouvenel me l'a
dit, tel quel. Je l'ai vu hier, tu sais Colette couche avec son fils. Ya de
quoi être furibard. Le gamin n'a pas dix neuf ans !
Moi : Elle fait ce qu'elle veut Colette. Pourquoi tu dis rien quand tu lis ce
Joyce écrit sur son Bloom qui couche avec des gamines de quinze
ans ? Deux poids deux mesures, tu crois que c'est juste ?
Lui: Ulysse est une grande oeuvre épique et satirique
Moi : Ils sont magnifiques, Proust et Joyce. Mais c'est désir d'homme, plaisir d'homme, langage d'homme. Et les femmes? Rachilde éclipsée depuis des années. Colette critiquée quand elle aime. Marguerite Audoux méprisée, Renée Vivien oubliée, Marie Lefranc ignorée, Anna de Noailles boudée.
Dans la voiture qui nous conduit rue des Moulins à la fin de la réception,
les premiers vers de La Vie Profonde d'Anna de Noailles me reviennent :
Etre dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Etendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains
Poésie qui rend beaux les désirs, ceux de la femme et ceux de l'homme, les miens et ceux d'Anatole. Poésie de la passion qui nous brûle en faisant fi des modes littéraires. Bonsoir à mes petites soeurs les femmes. Bonjour à vos désirs... Je souhaite pour vous la vie Profonde chantée par Anna.
|