On imaginera aisément la réponse donnée par Joyce aux affres introspectives de Proust, citations d'Ulysse à l'appui.
-- Monsieur, pour les femmes je ne suis pas d'accord, elles valent par leur présence et non par leur absence ; il faut pouvoir les toucher , être carressé jusqu'à l'extase. Quand elles sont plusieurs, c'est encore mieux.
Si la femme est seule, raison de plus qu'elle ne vous fasse pas attendre !
La femme, je la veux près de moi, et pouvoir, comme dans mon livre lui dire :
" Caressez-moi. Doux yeux. Main douce, douce-douce. Je suis si seul ici. Oh, caressez-moi sans attendre, tout de suite. Quel est ce mot que tous les hommes savent ? Je suis seul et tranqille. Et triste. Touchez- moi, touchez-moi."
-- Proust : Vous voulez toujours tout, tout de suite ?
Joyce n'écoute même pas la question . Bien cavalier, il se penche vers Violet Shiff, pour une petite messe basse, bien désobligeante pour Proust.la conversation est tombée, la gène s'installe, juste rompue par l'arrivée d'un Maître d'hôtel, tenant cérémonieusement un plateau de tripes à la main. Le visage de Joyce resplendit, devient plus rouge encore, le coq, de nouveau prêt au combat, se tourne vers Proust :
__ Joyce : Vous savez, Monsieur, les rognons de mouton au gril, quand j'en ai envie, c'est comme les femmes, je les veux tout de suite. Je suis comme Monsieur Bloom, mon héros,qui, "Par-dessus tout aimait les rognons de mouton au gril qui flattaient ses papilles gustatives d'une belle saveur au léger parfum d'urine. " |