Proust surgit, tout gominé, vers deux heures du matin. Est il vraiment habillé ? Pas vraiment. Une étoffe noire et moirée recouvre son corps. Ses gants de chevreau blancs dépassent. A l'aise comme un familier, qui, voyant de la lumière chez ses amis, grimpe leur dire bonjour en voisin ( il habite à 500 mètres ). C'est presque ça. Il sait que Picasso est là. Il le vient voir. Il a failli le rencontrer, sur sa demande, ( Dans Proust au Majestic, Richard Davenport-Hines rappellera à la page 146 , la rencontre préparée par Max Jacob, et qui échoua, Proust, spécialiste du lapin, ayant téléphoné du Ritz qu'il était trop fatigué; ( Francis Poulenc, Cécile Sorel, Georges Auric, l'attendirent donc en vain au Jardin de ma soeur, une boîte de nuit des plus élégantes, mais qui ne valait pas de l'aveu même de l'absent " les soirées nombreuses et affectionnées comme un feu d'artifice") ). Proust sait se faire désirer.
Mais oui, Picasso est là, transformé par le succès du cubisme et rivalisant de dandysme avec Proust, sa faixa catalane nouée au dessus des yeux.
Il est loin le temps où la pauvreté le conduisait à dormir dans le même lit que Max Jacob.