Chez moi, Avenue Félix Faure. Je mets la table. Simplement deux assiettes avec un fond de salade verte. J'ai acheté en bas de chez moi, chez l'épicier Poitronaud des haricots verts. J'en avait marre d'entendre le vieil homme me seriner aux oreilles " haricot vert ... haricot frais... haricot... haricot..." . Le bougre sait que j'aime les haricots verts, comme les cuisinait maman.
- Madame Chauvière, ils sont tout fins, tout fins, comme Madame Maria les aimait. Faîtes surtout une bonne vinaigrette !
- Donnez moi aussi une demi livre de tomates, mais bien mûres, et puis choisissez moi quelques belles feuilles de salade.
Max apprécie, il est en extase devant ma vinaigrette dont son jabot mauve est maintenant recouvert. Distrait, il dépose sa fourchette sale dans mon assiette. Il postillonne sur mon pain.
- Mon petit Claude, si tu me donnes la recette de la vinaigrette, je te donnerai celle de ma décoction de Mandragore.
- Va pour la vinaigrette; 6 cuillerées à soupe d'huile dolive, 1 cuillerée à soupe de vinaigre de vin, 1 cuillerée à soupe de moutarde, 1/2 citron,1 cuillerée à soupe de persil plat haché, 1/2 cuillerée à soupe de cerfeuil ciselé, sel, poivre.
-- Donnes moi toute la recette pas seulement la vinaigrette, je te donnerai tout sur ma fabuleuse décoction de mandragore.
__ Tu fais cuire les haricots dans une gande quantité d'eau bouillie, surtout tu ne couvres pas, si tu veux que les haricots gardent leur belle couleur.
-- Combien de temps je les fais cuire ?
-- 8 à 12 minutes suivant leur grosseur. Tu les passes alors sous l'eau froide pour arrêter la cuisson et tu fais égoutter.
-- Et comment j'organise tout çà ?
-- Les tomates tu les laves,épluches,épépines, coupes en dés.
-- Cornet à dés !
-- Max, tu me fais rigoler, haches plutôt les écalotes et le persil, cisèle le cerfeuil pour qu'il garde son arôme. Tu laves, essore tes belles feilles de salade. Tu mélanges tout, sauf la salade, avec la vinaigrette. Au final tu déposes la salade de haricots dans les assiettes sur fond de salade. Tu sers froid ou tiède comme ce soir.
Max est pensif. Il arrête de manger.
-- Mon petit Claude, tu me fais penser à Proust.
-- Encore !
-- Oui, Proust que je connais bien émaille son oeuvre de mots aussi bien assaisonnés que ta sauce. Tu sais, la nourriture porte les énigmes de chacun. françoise est un peu l'alphabet du passé de Proust. Je crois bien qu'il parle des haricots verts dans La Prisonnière.
Je viens de lire le livre et je ne me souviens pourtant pas de cette histoire d' haricots verts. Je vais chercher le livre, le feuillette et découvre un petit passage qui correspond bien à mes haricots, je tends le livre à Max dont la diction est si belle;
-- Je ne veux plus pour nos dîners que des choses dont nous aurons entendu le cri. C'est trop amusant. Et dire qu'il faut encore deux mois pour que nous entendions : "Haricotsverts et tendres haricots, vlà l'haricot vert. Comme c'est bien dit : Tendres haricots ! Vous savez que je les veux tout fins, tout fins, ruisselants de vinaigrette; on ne dirait pas qu'on les mange, c'est frais comme une rosée."
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Moi, Fulgence Chauvière, je retrouve dans mon histoire romancée, le plaisir éprouvé il y a quelques années avec mon cousin Bruno
Chauvierre qui, habitant au deuxième étage du 54 avenue Félix Faure, s'amusait à l'aide d'une canne à pêche à hisser jusqu'à lui les salades du petit-fils Poitronaud . Un jour l'épicier tira sur le fil, Bruno lâcha prise, l'épicier tomba au milieu de ses légumes , mais fait plus grave déchira son pantalon jusqu'à dénuder ses fesses..
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