Quelques centaines de mètres plus loin, les enfants de l'Ecole Primaire de la rue Lacordaire s'envolent de l'école. Madame Forcinal, la Directrice et Monsieur Cordier, le Directeur, regardent Max avec étonnement. Aujourd'hui il est habillé d'une redingote prolongée par un col de velours mauve. Je les salue. j'explique à Max
- Monsieur Cordier faisait partie du Comité de Soutien d'Emmanuel Chauvière, mon père.
- je ne savais que ton père était politicien, tu n'en parles jamais.
- Il n'aurait pas aimé ma vie.
- Moi j'aime ta vie , tes bras de caille, ton visage tout rond sous la frange de tes cheveux blonds.
- Tu sais Max, je ne suis la femme de personne.
- Mon petit Claude , pense à Swann observant Mémé avec Odette. Il connait le secret de Mémé et sait qu'il ne peut rien se passer entre eux. Je suis comme Mémé, sauf que mes moeurs ne sont plus un secret. Alors...Quand on nous voit ensemble...
- Qui c'est Mémé ?
- Faubourg Saint Germain , Palamède de Guermantes, baron de Charlus est surnommé ainsi par ses intimes. Je préfère le surnom donné par sa belle soeur Oriane de Guermantes : Taquin le superbe .
- Tu sais Max, je n'aime guère les complications de Marcel Proust, et puis c'est un homme étrange avec ses cils noirs et ce teint blême qui le fait ressembler à un Gréco .
J'aime bien Max, mais devant le théâtre des campagnes de papa, je pense trop à lui pour m'intéresser à Proust. La dernière victoire de papa aux élections législatives de 1910, me laisse un gôut amer. Il était député depuis 1890. Il mourut le mois suivant, deux ans après maman dans leur petit appartement de l'Avenue Félix Faure. Il s'est éteint dans mes bras.
Monsieur Cordier s'approche et nous conduit sous le préau où papa prononcait ses discours . Je l'aidais à les préparer. Cordier voit mon trouble et vient vers nous.
- Sa meilleure campagne fut celle de 1905. Sous le préau où j'avais rangé des chaises avec les camarades du Comité, il martelait les thèmes de la thèse socialiste en accentuant la force de nos mots les plus forts. .Ah il savait bien parler votre père, même s'il répugnait à faire l'orateur comme il disait ! Il exposait sobrement nos idées, accentuant par un ton plus fort ce qui nous importait le plus : Rôle du Parti...les prolétaires...La réaction à l'assaut des victoires républicaines...L'aube de la République sociale. Tout le monde criait Vive la sociale !
Les mots de Cordier me ramènent 10 ans en arrière, une époque ou l'on ne se préoccupe pas de mes bras de caille ni des affèteries de Proust.
Une fois, la femme d'un ouvrier tombé d'un échafaudage, rendit visite à mon père qui venait de voter une Loi pour assurer les travailleurs. Mon père lui donna la moitié de son indemnité parlementaire ! Ouvriers du quartier et membres de son Comité venaient voir mon père, Avenue Félix Faure. Ils appréciaient tous maman, Madame Maria, qui leur apportait toujours souriante un plateau avec des verres de vin. Rien de commun avec l'univers de Palamède de Guermantes, Baron de Charlus !
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- Mon cousin, Bruno Chauvierre, fréquenta l'Ecole Lacordaire dans la cour de laquelle ses talents de coureur à pieds se révélèrent, lors d'un double tour de cour où il distanca ses rivaux, là même où son cousin Emmanuel, 50 ans plus tôt surclassait politiquement ses rivaux électoraux. Dans le quartier, il rencontra des anciens qui firent partie du Comité Chauvière et, qui se demandèrent si ce succès de préau d'école n'augurait pas d'une course de fond politique de ce nouveau porteur du patronyme. |