Moi, Fulgence Chauvière, bien vivante, je me confonds souvent avec Claude Chauvière née avant 1900. Tant de coïncidences ! tant de similitudes ! L'histoire se répète, de génération en génération.
Je suis heureuse et je chante.
" On ne chante juste que dans les branches de son arbre généalogique"
(René Char)
Colette aime les romans sentimentaux de Claude Chauvière. Aurait-elle aimé mes romans d'amour ?
Affectueusement elle l'appelle " mon petit Claude "
Colette, pleure en lisant la femme de personne. Pourtant Colette ne pleure jamais. Pleurerait-elle en me lisant ?
Véritable amie, petit Claude perce les secrets intimes de Colette dans une fiction biographique de ma composition où elle dévoile la sensibilité et la richesse émotionnelle du modèle admiré. Pourtant Colette
est peu sensible aux affects.
Je me glisse dans la peau de Claude Chauvière, comme une femme peut le faire. Je ne porte pas que son patronyme.
Les écrits de Colette témoignent de la peine ressentie à la mort de Claude, décédée le Vendredi Saint de 1939.
Année difficile pour Colette qui, cette année là, perd aussi Polaire, le contraire de ClaudeChauvière.
Pourtant Colette ne montrait guère sa peine devant la mort.
Blog dédié au député EmmanuelChauvière, au Socialisme Révolutionnaire et à la Commune de Paris.
Blog dédié à la famile Chauvière :
Marin , signataire des Cahiers de Doléances à Saint Hilarion en 1789.
Blog dédié au papa de Marin, mon ancêtre Pierre Chauvière qui mangeait de l'herbe dans les champs. Les intempéries et le Roi-Soleil affamaient mes gueux d'ancêtres.
Blog dédié à Marie Catherine, héroïne des Barricades de 1830;
Blog dédié à Auguste Paul, né en 1830, signataire de l'Affiche Rouge de la Commune de Paris. Le prénom Auguste fut donné en l'honneur de Blanqui.
Blog dédié à Maria Chauvière, Sainte laïque, mère de Claude, dont une crêche, Avenue Félix Faure, juste en face de chez moi, porte encore le nom.
Blog dédié aux grands parents Sarzeautins de Claude Chauvière et à l'enracinement breton. Beaucoup d'histoires de veillées, façon PierreJakez Hélias. Grand père avec son penn-gaz magique. Bâton noueux . Accroché sur son clou. Se balance entre le clou et l'armoire.Fait « Tic-toc » sur l'armoire quand on meure dans la hameau. On appelle çà un inter-signe. Claude Chauvière avait lu Le Braz.
Dans cette paroisse on dit que, l'Ankou, c'est le dernier mort de l'année. L'année suivante, le revenant avec sa faux rôde dans les maisons. Plus que d'une mort réelle, c'est de l'angoisse dont il est question.
Blog dédié aux auteurs et personnalités appréciées par Claude Chauvière, surtoutRémy de Gourmont et Renée Vivien.
Blog dédié aux questionnements de Claude Chauvière. Après l'âme, voilà le corps. Ressembler à Nathalie Barney, être rassurée par Hélène. La quête identitaire n'est pas simple.
J'écris par plaisir, j'aime reconstituer la trame d'une famille dans sa complexité et sa diversité. Ma famille a eu deux députés au cours de ce vingtième siècle, Emmanuel Chauvière, député socialiste révolutionnaire et Bruno Chauvierre( dont le r surnuméraire est un ajout d'état civil datant de 1857, mais il descend bien de Marin et Pierre Chauvière, comme moi, Emmanuel et Claude). Sans marcher exactement sur leurs traces, mon cher cousin Bruno, n'en fit pas moins un stupéfiant parcours intellectuel et politique et, ce n'est peut-être pas fini.
On verse parfois dans la comédie de Boulevard quand le mari de Claude se croise les pattes avec Anatole de Monzie ou les autres Abels maudits : Hermant et Bonnard.
Mélange des périodes et des destinées. Comique troupier avec les curieuses mœurs militaires racontées par Hermant et son cavalier Miserey violé par la chambrée.
Pourquoi pas une armée levée dans chaque Commune comme le souhaite Chauvière dans ses tracts politiques ?
Une armée se gaussant du « joujou patriotique » , comme Rémy de Gourmont. Pourquoi Gourmont est-il mort rue de la Convention ? Le mari de Claude s'est tiré en 1931. Colette envahissait trop la vie de sa femme. Elle l'a vu, un matin, se tirer en taxi, rue Rosa Bonheur, avec une riche veuve. Alors elle a écrit :
« Onm'a volé mon Amour »
N'empêche que le premier mari de Claude est un battant. Georges, c'est un reporter. Il va en Chine. Et aussi au bagne. En 1923 Claude court chez Colette 69, Boulevard Suchet. Lui, il fonce chez Drouant. Il a un déguisement. Un chapeau plat sur latête avec des plumes, comme aurait pu l'écrire Max Jacob. Il balance les résultats du Goncourt à ses copains. Le Renaudot est né. Avec lui dans le jury. C'est Bruno Chauvierre qui a retrouvé cette histoire abracadabrantesque.
Parfois, je sors de la peau de Claude Chauvière. Je redeviens Fulgence Chauvière.
Je m'incline sur la tombe de Claude, aux côtés de Bruno Chauvierre, fidèle au passé et convaincu que ses songeries assurent l'éternité de nos chers disparus. Je photographie, des lieux où j'ai aussi grandi, particulièrement l'Avenue Félix Faure, le quartier de Javel, où, comme Claude et plus tard Bruno et moi, avons fréquenté l'école publique de la rue Lacordaire. Je n'ai pas toujours suivi Bruno Chauvierre. Il m'inçitait à la révolte, à la désobéissance à nos parents qu'il estimait trop conformes à l'ordre social établi. Je n'ai pas voulu m'exposer comme lui à la simultanéité du divin et du démoniaque. Bruno a choisi de traverser le chaos, pour accomplir sa destinée. Libre à lui, mais son histoire n'en est que plus intéressante, toute en nuances, avec un espace bien à lui, entre la souffrance et la félicité.
Je vais et je viens, entre fiction et documents. C'est aussi ça la vie rêvée. Lectrice passionnée d' Hermann Hesse, je suis plus que jamais une étudiante de l'université imaginaire de Castaldie.
Marin Chauvière, journalier, né le 24février 1824, passe devant l'église que je photographie.
Il est accompagné par ses frères, François et Pierre Chauvière, journaliers comme lui. Le sieur Jean-Louis Cochon, avocat en Parlement, bailli du Bailliage de Voisin, Saint-Hilarion et dépendances, entre le premier dans l'église, suivi par Jean Marchand, laboureur et marguillier en charge de la fabrique de Saint-Hilarion.
Les Chauvière habitent la paroisse, depuis plus de cent ans. Pierre Chauvière, l'arrière-grand-père, venu de Bagnoles de l'Orne a raconté son arrivée à Marin : du travail, jour et nuit dans les carrières de Droué sur Drouette, le jour seulement pour les enfants et les anciens. Des pierres pour l'aqueduc d' Epernon. A Versailles le parc aura ses grandes eauxet à Rambouillet les bêtes pourront boire.
Le marguiller et le conseil de fabrique, les Chauvière n'aiment pas. Cochon, le marguiller rentre dans l'église, son registre sous le bras. Il y a noté le nom de ceux qui reçoivent des aumônes de l'église. Ceux-là ont intérêt à garder pour eux leurs doléances, sinon lacommunauté paroissiale, autrement dit la fabrique donnera à d'autres ses fonds.
Saint Hilarion découvre Dieu très jeune. Pour vivre l'Evangile il se retire à 15 ans dans le désert avec les Saintes Ecritures. Comme Marin il aime ses parents. Hilarion vient au monde à Tabate près de Gaza, mais à l'inverse de Marin, il entre très jeune dans la foi de Jésus-Christ.
Marin grâce à la révélation divine de ses 45 ans, en 1769, à la naissance de son fils qu'il appelle donc Hilarion ! Comme Saint Hilarion, Marin a une grande pureté de mœurs et il ne supporte pas que le marguiller Cochon puise dans la caisse.
Le succès de Marie Ndiaye est celui de la diversité, preuve que l'intégration ne réussit pas que pour Rama Yade et Rachida Dati.
Qu'une fille de Sénégalais et de Beauceronne -des lieux qui inspirèrent la Terre de Zola, prend une valeur symbolique dans le psyché du « tous ensemble »
Le succès de Marie Ndiaye est celui de la diversité, preuve que l'intégration ne réussit pas que pour Rama Yade et Rachida Dati.
Qu'une fille de Sénégalais et de Beauceronne -des lieux qui inspirèrent la Terre de Zola, prend une valeur symbolique dans le psyché du « tous ensemble »
Claude, vers une heure du matin, au bras d'Anatole de Monzie, fut annoncée par l'aboyeur du Majestic. S'approchant du buffet toujours intact, reconstituant l'ensemble des plats favoris du très attendu Marcel Proust, elle se demanda si, malgré sa santé délicate, l' écrivain pourrait parcourir les cinq cent mètres qui le séparaient de son domicile de la rue Hamelin ; à bien réfléchir, elle l'imagina plutôt arrivant avec nonchalance au Majestic, comme un voisin familier attiré par les lumières, affichant cette aisance arborée, il y a peu, chez les Jouvenel où, son amie Colette l'avait invitée.
JamesJoyce, lui, en ce 22 mai 1922, attendait Proust depuis plus de deux heures, vidant verre sur verre.
Pour patienter, Liane de Pougycaressa les cheveux de la jeune femme et, lui donna des nouvelles de Max Jacob, en sainteté à Saint-Benoit- sur- Loire. Reine parisienne de l'Amour, avant de devenir la princesse Ghika, elle tricotait maintenant des chaussettes rouges pour Max.
Gominé, enveloppé d'une étoffe noire et moirée dont des gants de chevreau blanc dépassaient, Proust apparut, salua un Picasso, transformé par le succès du cubisme et, dont la faixa catalane, nouée au-dessus des yeux, rivalisait de dandysme avec lui.
Sydney et Violet Schiff, mécènes organisateurs de la soirée conduisirent James Joyce et Marcel Proust, à la lisière de deux salles, dans l'embrasure d'une porte accordéon. Les deux écrivains ainsi installés, sur deux chaises, disposées pour un face à face, furent vite rejoints par leurs admirateurs les entourant, en demi- lune.
Dialogue
-- Proust : " Comme j'ai dit, Monsieur, dans Du côté de chez Swann, que sans doute vous avez lu..."
--Joyce : " Non Monsieur..."
Désastreux.
Claude ferma les yeux, préférant rêver à un Combray fantasmagorique avec :
Tante Léonie
Un manteau de roses blanches
Une blanche nappe en guipure,
Le Prince Eugène en effigie dans un buffet de gare
La commode de tante Léonie
Une bouteille de Vichy célestin ...
Quand Claude ouvrit les yeux sur le visage anxieux de James Joyce. Ce soir, sans sa compagne Nora, restée à Londres, il s'ennuyait et buvait trop.
Pourtant, c'estJames Joyce qui relança la conversation :
-- Comme M. Bloom le dit dans mon Ulysses, que vous avez lu, sans doute..."
-- Mais non Monsieur.
Proust ignorait- il vraiment, que, ce Bloom était le premier spécimen du nouvel homme féminin du vingtième siècle?
Méconnaissait-il la souffrance de Bloom, son envie insatisfaite de posséder un utérus? Sans doute pas... Claude pensa même qu'il connaissait parfaitement le cri de coeur de Bloom, lorsqu'il changea de sexe dans " Circé " : Oh, je désire tant être mère "
Et, c'est pour se racheter, que Proust relança la conversation... en expliquant son retard par les souffrances... de son foie. Il décrivit les symptômes de ses petits ennuisempruntant à son père etson frère, tous deux médecins une étonnante précision clinique qui, impressionnaJames Joyce, au point qu'il crut reconnaître son mal :
-- Tiens Monsieur… J'ai presque les mêmes symptômes.
Tard dans la nuit, Joyce et Proust, plutôt que de parler du nouvel homme féminin, préférèrent se plaindre de leurs maladies. Nuit où nos deux écrivains accouchèrent de belles coquecigrues ! Reste à imaginer ce qu'ils auraient pu se dire.
Que Proust, énuméra à Joyce, ses afflictions physiques, fut-il du plus grand intérêt ?
Qu'il se plaignit d'une constipation, l'obligeant à l'absorption tous les quinze jours d'un laxatif, source de maux d'estomac, intéressa-t-il ce monde avide de nouveauté qui l'entourait ?
Pendant qu'il livrait à Joyce, ce florilège de coquecigrues, ses yeux glissèrent sur le chatoiement des étoffes, le bout de ses doigts se posa délicatement et subrepticement sur les manches de ses voisins de chaise, dont il ressentit, jusqu'au fond de lui même, la texture mousseuse, soyeuse ou glacée.
Proust aurait pu interroger Joyce sur l'arrivée de Bloom dans MabbotStreet, le quartier des bordels. Claude imagina leur conversation :
Proust : Pourquoi dans votre livre, que j'ai lu, la vieille maquerelle saisit-elle Bloom par la manche ? Pourquoi frotte-t-elle contre la main de Bloom les soies qui flottent à la verrue de son menton ?
Joyce : c'est pour vendre " dix shillings une virginité. Tout frais tout nouveau, personne n'y a jamais touché. Quinze ans. Y a personne que son vieux dab qu'est soul perdu ".
Que cette réponse, reprenant intégralement une réplique d'Ulysse, ait pu convenir au très moral et conventionnel Proust, parut improbable à Claude, tant elle connaissait par Colette et De Monzie le code éthique de l'écrivain. Alors, elle imagina comment, un Proust indigné, pouvait bien répondre aux provocations de Joyce, qu'elle était maintenant capable de prévoir à l'avance, Anatole les lui soufflant, tant il s'était imprégné de la dimension perverse de l'écrivain.
Proust : Des enfants de quinze ans mêlées à de telles aventures. Et la Loi ? Et la police des mœurs ? Et le risque de se faire prendre ? Non, vraiment, ce n'est pas moral, il ferait mieux de se masturber votre Monsieur Bloom...
Joyce : La loi, justement, on y pense dans mon livre. La maquerelle avec ses prunelles de louve allumées fait bien attention pour pas que " les moeurs ils nous poissent "
Proust : Mais Molly, la compagne de Bloom, dans cette débauche, que devient-elle ?
Joyce : Tout est dit là dessus dans l'échange entre Madame Breen et Bloom.
Claude affectionnait ce passage que, dans leurs moments de tendresse, Anatole lui susurrait à l'oreille, afin de l'inciter aux dépassements coquins auxquels elle se refusait pourtant :
-Mme Breen : " Attendez un peu la prochaine fois que je vois Molly !"
-Bloom : " Ca l'amuserait de voir... En souvenir du bon vieux temps.
Je voulais simplement dire une partie carrée, unecombine mixte de tous nos petits conjugos"
Claude, qui avait écrit ce beau livre, la femme de personne, où elle expliquait comment, à force de se faire désirer, elle restait seule au monde, savait combien importe le désir dans l'univers proustien, convaincue, au final, que James Joyce dissimulait derrière des demandes perverses, le profond besoin d'amour inhérent à son manque à être. Elle n'eût donc pas grande difficulté à imaginer la réponse de Proust.
Proust : Et le désir dans tout cela ? Pour aimer une femme, on ne doit pas la posséder immédiatement. La belle personne doit pouvoir dire qu'elle n'est pas libre ce soir. Vos prostituées, comme vos personnages sont toujours disponibles. Impossible de désirer une personne dont on a la certitude qu'elle ne vous échappera pas. Pour désirer il faut craindre le manque. J'ai écrit : " Les femmes unpeu difficiles,qu'on ne possède pas tout de suite, dont on ne sait même pas tout de suite qu'on pourra jamais les posséder, sont les seules intéressantes ". Vous savez, ne pas chercher à acquérir trop vite les belles choses est une condition du désir réel et durable, du désir qui rend fascinante la personne qui vous manque.
Joyce : C'est pour cela qu'il vous arrive de poser des lapins ?
Proust : oui, mais pas seulement, tenez, la duchesse de Guermantes possède beaucoup plus de vêtements qu'Albertine, mais Albertine aime davantage ses affaires ; elle passe des heures à rêver de tel manteau qui lui manque, c'est ainsi que le désir de cette parure monte en elle, Oh! Vous savez, je l'ai écrit, il en est ainsi de la valeur accordée au manque,
" Comme tout obstacle apporté à une possession "
Claude se rappela l'histoire de ce rendez-vous manquéorganisé par Max Jacob avec Picasso, pourtant à la demande de Proust qui, posa un lapin afin de mieux se faire désirer.
Que Proust puisse éprouver son plaisir, dans l'attente d'une rencontre sans cesse différée, au prétexte de simples éternuements, n'étonna pas Claude. Au fond, quand il faisait attendre Max Jacob et Picasso, c'était pour ressentir cette forme insolite de plaisir. En avait-t-il vraiment conscience? Le lapin de Proust ne serait-il qu'un acte manqué, une sorte de mécanisme de défense du moi. Conscient de ses actes ou inconscient, notre Proust ? Ni l'un ni l'autre, pensait Claude qui, imaginant même comment l'introspection lui permettait d'accéder à un niveau préconscient, était convaincue qu'il jouissait narcissiquement du plaisir de se dénuder à ses propres yeux, mais sans savoir pourquoi il s'était mis à poil ! Pour vraiment comprendre, s'allongerait-il un jour sur le divan du Docteur Freud? En ce 22 Mai 1922, il ne le savait sans doute pas encore. Claude n'en ressentit pas moins un violent désir d'approfondir ses instances moïques personnelles, afin de repérer en elle les modulations de son propre principe de plaisir, mais restant certaine qu'à propos de Joyce, tout psychanalyste évoquerait l'importance des pulsions du çà dans l'équilibre du moi.
Lisant Ulysse à quatre mains avec Anatole, Claude avait listé, bien avant ce 22 mai 1922,tant de sources d'excitations alimentaires, alcooliques et sexuelles, qu'elle aurait pu conseiller à Joyce de diminuer, de parer, l'exagération de son état ex citationnel. Anatole imaginait même comment soigner Joyce, par la traduction thérapeutique du concept de pare-excitation.
Anatole, convaincu de l'intérêt de lire Proust et Joyce, avec l'éclairage de la psychanalyse décida d'inviter Joyce et Nora, chez Francis, en compagnie de Freud, longuement rencontré lors d'un récent voyage à Vienne.
Sur cesperspectives freudiennes, Claude continua d'imaginer quel dialogue entre Proust et Joyce, pouvait bien apporter des réponses aux affres introspectives des deux écrivains, avec les seules citations d'Ulysse à l'appui, car elle éprouvait des difficultés à mémoriser les textes de Proust, dont elle appréciait pourtant la quintessence.
Joyce : Monsieur, pour les femmes je ne suis pas d'accord, elles valent par leur présence et non par leur absence ; il faut pouvoir les toucher, être caressé jusqu'à l'extase. Quand elles sont plusieurs, c'est encore mieux.
Si la femme est seule, raison de plus qu'elle ne vous fasse pas attendre !
La femme, je la veux près de moi, et pouvoir, comme dans mon livre lui dire :
" Caressez-moi. Doux yeux. Main douce, douce-douce. Je suis si seul ici. Oh, caressez-moi sans attendre, tout de suite. Quel est ce mot que tous les hommes savent ? Je suis seul et tranquille. Et triste. Touchez- moi,touchez-moi."
Proust : Vous voulez toujours tout, tout de suite ?
ClaudeconnaissaitUlysse par cœur, non seulement les répliques, mais aussi la psychologie inspirant l'écrivain. Elle savait que Joyce ne répondrait pas, aussi sortit-elle de sa songerie, juste au moment où, avec une certaine goujaterie, il se penchait vers Violet Shiff, pour une petite messe basse, bien désobligeante pour Proust. La conversationtomba, l'embarras s'installa, juste rompu par l'arrivée d'un Maître d'hôtel, tenant cérémonieusement un plateau de tripes à la main. Le visage de Joyce resplendit, devint plus rouge encore. Coq, de nouveau prêt au combat, il se tourna vers Proust :
Joyce : Vous savez, Monsieur, les rognons de mouton au grill, quand j'en ai envie, c'est comme les femmes, je les veux tout de suite. Je suis comme Monsieur Bloom, mon héros, qui, "Par-dessus tout aimait les rognons de mouton au grill qui flattaient ses papilles gustatives d'une belle saveur au léger parfum d'urine. "
Claude regretta que ces dialogues imaginaires, entre Proust et James, fussent interrompus par l'odeur d'urine des rognons de James, ingurgités en pleine nuit. Assise au milieu de la coterie de Proust, Claude s'échappa encore dans un autre ailleurs, fruit de sa capacité permanente à rêver. Elle rêvait souvent pour fuir les odeurs désagréables et, celles des rognons étaient vraiment sordides. Les vrais personnages qui l'entouraient, Proust, James, Picasso, Diaghilev, se transformèrent alors au gré de son imagination, s'animant autour d'elle, comme dans un ballet de Nijinsky. Spectacle de marionnettes dont elle tirait les ficelles et dont elle ne s'éclipsa que pour retrouver Anatole:
Elle : Anatole, pourquoi elle n'est pas là Colette ?
Lui : Trop occupée entre son mari et le fils de son mari !
Elle : Ca durera jusqu'à quand ?
Lui : Je pense qu'à la fin de l'été, la saison de ses amours terminée, on la verra sans peine.
Elle: Didont, Anatole, tu crois pas que vous vous moquez un peu des femmes !
Lui : Pas du tout, mon petit Claude, simplement ma chère Colette est un oiseau dont le coeur bat au rythme des saisons. Jouvenel me l'a dit, tel quel. Je l'ai vu hier, tu sais Colette couche avec son fils. Ya de quoi être furibard. Le gamin n'a pas dix neuf ans !
Elle: Colette fait ce qu'elle veut. Pourquoi tu ne dis rien quand tu lis ce que Joyce écrit sur son Bloom, fornicateur de gamines de quinze ans ? Deux poids, deux mesures, tu crois que c'est juste ?
Lui: Ulysse est une grande oeuvre épique et satirique
Elle : Ils sont magnifiques, Proust et Joyce. Mais c'est désir d'homme, plaisir d'homme, langage d'homme. Et les femmes? Rachilde éclipsée depuis des années. Colette critiquée quand elle aime. Marguerite Audoux méprisée, Renée Vivien oubliée, Marie Lefranc ignorée, Anna de Noailles boudée.
Dans la voiture qui les conduit rue des Moulins à la fin de la réception, les premiers vers de La Vie Profonde d'Anna de Noailles reviennent dans la bouche de Claude :
Etre dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Etendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains
Poésie qui rend beaux les désirs, ceux de la femme et ceux de l'homme, ceux de Claude et ceux d'Anatole. Poésie de la passion qui nous brûle en faisant fi des modes littéraires. Bonsoir à mes petites sœurs, les femmes, se dit Claude. Bonjour à vos désirs... Je souhaite pour vous la vie Profonde chantée par Anna de Noailles.
Proust quitta le Majestic peu après Anatole. Proust invita les Schiff, les emmena dans le taxi de Célestin Odilon, le mari de Céleste, son indispensable gouvernante. Mais Joyce s'incrusta, sauta dans le taxi pour le dernier champagne chez Proust. Bourré, pas seulement d'alcool, mais aussi de complexes, le Joyce ! Il imaginait Proust dans un somptueux appartement près de L'Etoile.Ca le fascinait, lui, dont la compagne Nora, vivait à Londres, dans l'attente d'un bel appartement à Paris. Joyce se disait qu'il trouverait vite un appartement, autrement plus luxueux, dans lequel il pourrait inviter Anatole de Monzie.
Dans le taxi pour aller rueHamelin, Joyce alluma un cigare et baissa les vitres. Sydney Schiff les remonta et fit éteindre le cigare. Proust parla beaucoup, ignora Joyce, sauf à l'arrivée, rue Hamelin. Là, avec autorité, il demanda à Célestin de ramener Joyce chez lui. Débarassé, Proust bu avec ses amis Schiff, la dernière coupe, dans son austère tanière. Joyce, lui, fera la tournée des bars avant de revenir chez lui, ivre-mort.
Pendant ce temps, Claude et Anatole sont heureux dans leur petit hôtel de la rue des Moulins. Lui, agenouillé sur la descente de lit. Elle allongée sur le drap, en travers. Il a installé des coussins sous son ventre. Sa langue fait des mouvements complexes qui l'électrisent. Langue agile et acrobatique comme les danseurs de Diaghilev. A croire que l'imprésario des Ballets russes est aussi celui de la langue d'Anatole. Cette langue de diable a mis en feu le corps de Claude. Le jour est levé, mais pour Claude, la nuit ne fait que commencer.Ce soir, elle n'est plus dans le titre de son roman, elle n'est plus » La Femme de Personne »
Claude est réveillée.
Anatole dors encore.
Sa poitrine veluerappelle Malézieux, l'homme du premier élan sexuel de Claude : un chemineau au torse poilu, dégoulinant de sueur.
Véritable forêt mouillée, sa parure puait le bouc. Ce fut pour Claude le premier appel à la bête.
Sur le visage tanné du chemineau, sur les plis tourmentés de son cou, ça coulait en abondance, inondant la femelle qu'elle était devenue. La sueur perlait à l'extrémité de chacun des poils du mâle. Il peinait tellement qu'il en bavait sur les yeux fermés de Claude.
ELLE S'ETAIT LONGTEMPS DIT : Malézieux, le chemineau, il t'a secourue quand, tombée comme morte près de lui, ton entourage restait indifférent, lui, il s'est inquiété, il a dit : " elle est touteblanche. J'men vas la porter à l'hôpital ".
Malézieux, secoué de dévouement de la tête aux pieds, lui qui évitait les gendarmes dont il avait peur. Claude l'aima comme une vierge émue, comme une créature éblouie bénissant son sauveur.
Le chemineau est lumineux dans ta nuit sans étoile se disait-elle. Mais, pour ton malheur, il continue de cheminer, pendant que tu guéris à l'hôpital, déplorait-elle.
Le temps d'être serrée dans ses bras, tu as cessé d'être la femme de personne se répétait-elle.
Que dirait Marcel Proust de ce désir jaillissant dans l'instant avec ce mâle velu ?
Et Claude se répétait : tu as droit à ton plaisir, lui au sien, avec ses duchesses et sa psychologie complexe.
Toi, quand tu fais l'amour, tu ne raisonnes pas. Tout ça, tu l'as écrit dans ton livre : La Femme de Personne
Après la soirée du Majestic, Claude réfléchit sur ce monde artificiel d'écrivains cabotins,de demi-mondaines et de politiciens. Oui, elle voyait trop souvent Anatole. Ses manœuvres politiciennes incessantes l'énervaient. Il venait de mouiller Romain Rolland dans une sombre histoire d'Union paneuropéenne. Après avoir rétabli les relations avec le Saint Siège, il complotait maintenant avec les communistes pour que la France reconnaisse le gouvernement soviétique. Il est loin le temps où il faisait expulser des moines de leur abbaye entre deux cordons de gendarmes. Girouette politique, il symbolisait le contraire de l'idéal porté par son père, Emmanuel Chauvière, héros de la Commune de Paris et député socialiste révolutionnaire.
Arranger les choses, concilier l'inconciliable, resta une constante d'Anatole. Dans quelques années, il cherchera même à rapprocher Hitler des alliés par la médiation de Mussolini ! Ses amis lui disaient : Anatole, tu devrais te consacrer à la littérature, tu écris si bien, comme Claude et Colette, nous aimons ton bouquin : La Mort de Julie. Ecris au lieu de te faire bouffer par la politique et par tes réunions de Comices Agricoles du Lot.
Claude se retourna sur elle et décida : il est urgent, mon petit Claude que tu changes d'air. Tu vas retourner aupays du chemineau Malézieux, du côté de Sarzeau. Tu vas oublier ce monde. Allez, décides-toi vite mon petit Claude.
Te voilà à la gare Montparnasse avec des oeufs durs, des petits pains et un cornet de sel. Finies les élégances du Majestic. Tu voyages en troisième classe avec une famille qui part à un enterrement : le petit garçon s'assoupit entre deux couronnes mortuaires, la mère et ses deux filles mangent du saucisson à l'ail, le père boit des rasades de pinard avec sa gourde de poilu.
Claude vit ainsi défiler des villes aux toits toujours pareils chatoyants au soleil. Vergers en fleurs, vaches dans la luzerne, cabrioles de poulains dans un champ... Elle retrouva un monde oublié, celui du chemineau Malézieux où ELLE SUBLIMAIT LE PITTORESQUE. Le train s'arrêtait dans les petites gares. La garde-station caressait le bras du mécanicien avec son drapeau rouge. Des cantonniers poussaient un roupillon sur un tallus de ballast. Le cocher s'impatientait devant la barrière trop longtemps baissée. Le cheval, lui, se reposait. La locomotive poussive repartit en lâchant des volutes de A la gare suivante, tu descends du train et monte dans l'omnibus de correspondance. Deux religieuses prient en égrenant leur chapelet. Une gamine boutonneuse se mouche bruyamment. Pas un mot pendant les dix minutes de trajet. Dans le ciel bleu, une écharpe d'alouettes se déploie. Sur sa butte, un moulin à vent tourne obstinément Les prés sont mouchetés de petites fleurs des champs. On croise des carrioles dont les occupants se protègent du soleil avec un parapluie ouvert en guise d'ombrelle. Mon petit Claude tu es arrivée au pays où tu as rencontré le chemineau Malézieuxfumée dans les arbres. Des militaires agitaient leurs mouchoirs vers des jeunes femmes.A la gare suivante, elle descendis du train et monta dans l'omnibus de correspondance. Deux religieuses priaient en égrenant leur chapelet. Une gamine boutonneuse se moucha bruyamment. Pas un mot pendant les dix minutes de trajet. Elle reconnut si bien le paysage qu'elle sut anticiper les différents tableaux naturels comme elle parvenait hier à prévoir les cochonneries de Joyce dans sa conversation avec Proust. Dans le ciel bleu, une écharpe d'alouettes se déploiera bientôt. Sur sa butte, un moulin à vent tournera obstinément Les prés seront mouchetés de petites fleurs des champs. On croisera des carrioles dont les occupants se protègeront du soleil avec un parapluie ouvert en guise d'ombrelle
Le Loup de Chaingy... Bruno Chauvierre, m'a envoyé, il y a quelques années cette histoire de loups, peu située au sens de Max Jacob, dont il rappelle pourtant la leçon dans un commentaire récent sur mes écrits de blog. Son histoire ne manquant pas d'intérêt, même si la comparaison avec Claude Chauvière est difficile à soutenir, je l'offre aux lecteurs, en espérant que le cousin ne m'en voudra pas et, qu'à l'avenir il se montrera moins exigeant. On remarquera que, mon cousin au R surnuméraire, écrit impersonnellement à la troisième personne, ce qui ne saurait constituer une oeuvre située.
Fulgence Chauvière
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Il contemplait, lorsqu'il dormait chez la mère de sa grand-mère paternelle, cette gravure de bête féroce, apparemment peu adaptée à ses 4 ans- un âge où l'on a peur du loup, même si de savants psychologues lui apprirent, par la suite, que ces animaux phalliques, nécessaires à l'imaginaire enfantin, remplissaient un rôle des plus positifs ; l'arrière-grand-mère avait acheté, chez Feuillatre, rue Sainte-Catherine, à Orléans, cette gravure dont l'enfant, peu précoce, ne sut déchiffrer le titre effrayant que vers sa sixième année : FIGURE DE LA BETE FEROCE, le sous-titre non moins inquiétant : Qui ravage les alentours d'Orléans, ne fut seulement compris que, vers sa septième année, après plus d'un an de cours préparatoire à l'Ecole de la Pomme de Pin, dans la classe de Monsieur Paillard.
IL s'endormait à Saint-Marc, dans le lit de son arrière-grand-mère, lorsque sa grand-mère, à qui ses parents l'avaient confié, partait à Jargeau, soigner ses névralgies faciales, auprès du fameux guérisseur Hareng. Que la pièce soit petite, et, surtout, le lit entouré de tentures en toile de Jouy, procurait à l'enfant, le sentiment d'être protégé des loups redoutés. Sur le buffet, la couronne de mariée de la vieille dame, immuablement disposée dans un globe de verre, constituait un élément certain de réassurance, tout comme l'odeur familière, déferlante, âcre et sucrée des pommes s'échappant du cellier entrouvert.
IL se souvenait, en s'endormant, des promenades avec ses grands-mères, dans cette forêt d'Orléans, pour lui, impénétrable, dès lors que,s'écartant du chemin, du côté de Semoy, on risquait de troubler le refuge des loups. A la lisière de la forêt, les pensionnaires de l'hospice, habillés de blouses grises, ne prévenaient-ils pas l'enfant des dangers qu'il y avait de trop s'aventurer au-delà des frondaisons où leurs gardiens les limitaient ? La grand-mère de son arrière-grand-mère avait transmis le souvenir d'attaques d'enfants et d'adolescents, si bien que l'enfant hérita d'une peur ancestrale où se mêlaient fiction et réalité. Lorsqu'il sut lire, il découvrit le texte entourant l'image, se rendant compte que la scène ne se passait pas à Semoy, mais à Beaugency où une femme fut dévorée par les loups un 25 décembre. Devenu enseignant-chercheur en psychologie de l'enfant, il reconstitua, à partir d'archives, la vérité de cette histoire de loups, encore plus terrible que ne la racontait les anciens. La véritable histoire, datée du 6 décembre 1814, est celle de femmes et d'enfants, ramassant du bois, dans la forêt de Chaingy (à quelques kilomètres à l'ouest d'Orléans). Une louve les attaqua, tuant deux femmes. La bête féroce fut tuée du côté de Cercottes, après une battue conduite par le Préfet, en personne !
ILse souvint longtemps, au moment de ses endormissements, des chuchotements imagés et nimbés de tendresse de la Grand- Mère : « Le loup était recouvert d'écailles et aucune arme ne pouvait l'atteindre. » La main de l'enfant tremblait dans celle de Lucile son arrière-grand-mère. Alors, L'aïeule retirait sa main et lui caressait doucement le front. Il s'endormait et plongeait dans des rêves où les loups avaient des écailles de canard.
Il fut, depuis lors, fasciné par l'horrible, mêlé au fantastique et à l'exagération, comme l'imprimerie y incita, dès ses débuts, ici, en parant le loup des attributs du canard, surtout dans l'imagerie populaire d'Orléans, dont on ne sait pas assez, qu'elle précéda celle d'Epinal, fournissant aux familles, des le début du XVIIIème siècle, des images d'actualité sur lesquelles bien des fantasmes se développèrent à Saint-Marc, chez les ancêtres de l'enfant dont on raconte l'histoire.
Dès 1871, Emmanuel Chauvière milite pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Arrêté, les armes à la main, aux côtés du général Duval, sauvagement abattu par les lignards du marquis de Gallifet, il ne deviendra pas comme prévu délégué à l'enseignement, fonction occupée par son camarade, EDOUARD VAILLANT.
Lire l'éditorial de Michèle Camus, La Commune, l'éducation et nous, dans le Bulletin des amis de la commune de Paris(1971)
Venir à la Fête de la Commune , le 26/09/2009, Place de la Commune de Paris 1871, Paris XIII de 15 heures à 20 heures.
Dès 15 heures, Riton -la- manivelle, son orgue de barbarie et ses musiciens, chanterons la Commune et le mouvement ouvrier.
Emmanuel Chauvière, qui sera député blanquiste de Paris, déclare les 24 et 30 janvier 1869 à la Rotonde et à Belleville:
Dans l'organisation actuelle du travail, il y a deux sortes d'individus: les uns qui prélèvent les neuf-dixièmes sur le travail, les autres qui prélèvent un dixième, les uns qui consomment sans travailler, les autres qui travaillent sans consommer. Ceux-ci ne possèdent rien, ceux-là possèdent la source de toutes les productions... la terre ! Nous naissons et déjà nous pouvons nous demander si la terre est faite pour tous ou pour quelques-uns. Nous posons le pied quelque part. À qui appartient ceci ? À un propriétaire. Nous grandissons. Et parce que nous n'avons pas de propriété, il nous faut travailler pour le propriétaire. Nous grandissons encore et nous prenons un fusil. Et il faut aller nous faire tuer pour défendre la propriété d'un propriétaire. Pour ces propos, et l'appel au drapeau rouge, il bénéficiera de six mois de prison pour "excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres". Allons, Babeuf n'était pas encore vraiment mort !
Emmanuel Chauvière, qui sera député blanquiste de Paris, déclare les 24 et 30 janvier 1869 à la Rotonde et à Belleville:
Dans l'organisation actuelle du travail, il y a deux sortes d'individus: les uns qui prélèvent les neuf-dixièmes sur le travail, les autres qui prélèvent un dixième, les uns qui consomment sans travailler, les autres qui travaillent sans consommer. Ceux-ci ne possèdent rien, ceux-là possèdent la source de toutes les productions... la terre ! Nous naissons et déjà nous pouvons nous demander si la terre est faite pour tous ou pour quelques-uns. Nous posons le pied quelque part. À qui appartient ceci ? À un propriétaire. Nous grandissons. Et parce que nous n'avons pas de propriété, il nous faut travailler pour le propriétaire. Nous grandissons encore et nous prenons un fusil. Et il faut aller nous faire tuer pour défendre la propriété d'un propriétaire. Pour ces propos, et l'appel au drapeau rouge, il bénéficiera de six mois de prison pour "excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres". Allons, Babeuf n'était pas encore vraiment mort !
Moi, Fulgence Chauvière,je n'ai pas l'instinct de propriété,et, je sens revivre Emmanuel Chauvière en moi!
Pourquoi ?
Parceque, j'ai retrouvé, une note de Claude Chauvière, sur les exploits révolutionnaires de son papa alors âgé de moins de 18 ans !.
Emmanuel Chauvière, par la suite, député blanquiste de Paris, déclara les 24 et 30 janvier 1869 à la Rotonde et à Belleville:
"Dans l'organisation actuelle du travail, il y a deux sortes d'individus: les uns qui prélèvent les neuf-dixièmes sur le travail, les autres qui prélèvent un dixième, les uns qui consomment sans travailler, les autres qui travaillent sans consommer. Ceux-ci ne possèdent rien, ceux-là possèdent la source de toutes les productions... la terre ! Nous naissons et déjà nous pouvons nous demander si la terre est faite pour tous ou pour quelques-uns. Nous posons le pied quelque part. À qui appartient ceci ? À un propriétaire. Nous grandissons. Et parce que nous n'avons pas de propriété, il nous faut travailler pour le propriétaire. Nous grandissons encore et nous prenons un fusil. Et il faut aller nous faire tuer pour défendre la propriété d'un propriétaire. Pour ces propos, et l'appel au drapeau rouge, il écopera de six mois de prison pour "excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres".
Allons, Babeuf n'était pas encore vraiment mort !
Allons, moi, Fulgence Chauvière,née dans les années 1980, je fais la révolution avec Emmanuel, pendant que Claude Chauvière,née avant 1900, devenue Comtesse de Récusson, compose avec son réactionnaire de mari.
Colette après la mort de Claude Chauvière a écrit (1) :
« On me dit : double congestion pulmonaire - on me dit : angine de poitrine – Saviez-vous qu'elle était mariée et comtesse de Récusson et que son mari habitait très près d'elle, sinon avec elle ? Elle ne m'en a jamais dit un mot, cher ami, ni à vous non plus probablement ?… »
Colette découvre donc un mystère de Claude.
Secrète, ma cousine.
Colette ignorait-elle que Récusson était son premier mari ?
Manifestement oui !
Ignorait-elle qu'elle revint vers Récusson avant de mourir ?
Oui.
Elle s'inquiéta surtout du devenir des lettres échangées avec Claude.
Eut-elle des remords d'avoir précipité le divorce de Claude d'avec le journaliste Georges Le Fèvre dans les années 30 ?
On le saura, en lisant ces lettres égarées.
(1) Lettre de J. Canqueteau ( 23/7/1939) à André Lebey, reproduisant partiellement la lettre que Colette lui envoie.
Relecture du beau livre du regretté CLAUDE PICHOIS, écrit avec ALAIN BRUNET. Titre simple : COLETTE.
Plusieurs pages consacrées à Claude Chauvière.
Mention y est faite de l'estime de Théophile Briant pour Claude Chauvière.
J'avais déjà remarqué le nom du fondateur duGOELAND, dans ma collection personnelle.
Vieilles lettres de famille. Théo Briant, J.Caqueteau, les députés Emile Dubois et Marcel Sembat, députés, membres de la même Loge que leur camarade Emmanuel Chauvière, y sont abondamment cîtés. Colette aussi, et d'une façon inédite. J'en parlerai.
Claude Pichois cite une réponse de Claude Chauvière à Colette :
« Comme tout cela est bien dit et pourrait donner le change »
« le charme opèrerait si je n'avais vu l'envers du décor, si je n'avais trouvé ma juste utilisation »
« Madame, si vous m'aviez aimée, je l'aurais senti sans défaillance »
Phrases lourdes de sens, rédigées en 1929, dans un ouvrage intitulé « La Rampe d'Or » et publié longtemps après (Angers, 1938).
Claude Chauvière y décrit son existence dans le monastère où elle désira devenir Novice. Ces phrases sont extraites des pages 110 et 111.
Claude Chauvière, lorsqu'elle décède à La Seyne sur Mer, est l' épouse de René de Récusson. Ses papiers disparaissent. « Ténébreuse affaire » selon l'Abbé Aubert de l'Institution Sainte Marie ( la Seyne).
Je reconstitue patiemment son histoire.
JE rassemble des documents. Exceptionnelle personnalité. J'espère, un jour, présenter l'analyse de son œuvre, comme le souhaitait Claude Pichois. Une belle œuvre. Pas du tout vassale de Colette.
Devant la tombe les amis du souvenir. Petit groupe de l'A.S.C.C.
De chaque côté , sur le sable mou, deux cyprès géants.
Des sépultures « relévées » entourent la tombe de Claude Chauvière.
Morts oubliés. Emplacements vides de tombes expulsées.
Haut de tombe avec stelle ; on y lit deux dates : janvier 1825, juin 1937.
Pourquoi ces deux dates ?
La croix de haut de tombe est cassée , rouillée, décapitée, sans Christ, donc sans souffrance. Croix simplement déposée sur le devant de tombe.
Sur la croix en deux morceaux, une couronne de fleurs, de liserons et de raisins. Pas de Christ sur la Croix.
La croix cache le nom de Claude Chauvière. Mon petit collier de coquillages y est encore accroché.
Nom écrit en lettres énormes avec d'élégants caractères. Pas de dates, aucune mention.
Sobriété.
Juste une plaque de pierre noire (à moins que ce ne soit de l'ardoise.)
Je suis adossée sur le muret de pierre du cimetière.
Devant moi, la tombe de Claude Chauvière et de ses amis du souvenir.
Derrière moi, c'est-à-dire devant Claude, un potager printanier et un verger d'abricotiers et de cerisiers.
Claude a choisi ce cimetière. S'est elle accoudée sur ce muret en regardant l'Eglise Notre-Dame ? Y-a-t-elle prié ? Elle faisait ses économies pour acheter la concession. Ses amis l'ont installée ici, tombe 372, la mort venue. Ces amis là étant maintenant morts, nous sommes ici pour enrichir Claude de nos rêveries.
Devant moi, c'est-à-dire à la gauche de Claude, la tombe très bien entretenue de la famille Vincelot-Lemester.
Je n'ai jamais vu de cyprès aussi grands qu'ici. Ils veillent sur Claude Chauvière, en attendant la Résurrection des Morts et, plus spécialement, la résurrectionde la résidente de la tombe 372.
Claude Chauvière, beaux sentiments, force de conviction, belle écriture, beaux livres.
L'A.S.C.C.( Amis du Souvenir de Claude Chauvière) entretient la flamme .
Fulgence Chauvière
Devant la tombe les amis du souvenir. Petit groupe de l'A.S.C.C.
De chaque côté , sur le sable mou, deux cyprès géants.
Des sépultures « relévées » entourent la tombe de Claude Chauvière.
Morts oubliés. Emplacements vides de tombes expulsées.
Haut de tombe avec stelle ; on y lit deux dates : janvier 1825, juin 1937.
Pourquoi ces deux dates ?
La croix de haut de tombe est cassée , rouillée, décapitée, sans Christ, donc sans souffrance. Croix simplement déposée sur le devant de tombe.
Sur la croix en deux morceaux, une couronne de fleurs, de liserons et de raisins. Pas de Christ sur la Croix.
La croix cache le nom de Claude Chauvière. Mon petit collier de coquillages y est encore accroché.
Nom écrit en lettres énormes avec d'élégants caractères.
Sobriété.
Juste une plaque de pierre noire (à moins que ce ne soit de l'ardoise.)
Je suis adossée sur le muret de pierre du cimetière.
Devant moi, la tombe de Claude Chauvière et de ses amis du souvenir.
Derrière moi, c'est-à-dire devant Claude, un potager printanier et un verger d'abricotiers et de cerisiers.
Claude a choisi ce cimetière. S'est elle accoudée sur ce muret en regardant l'Eglise Notre-Dame ? Y-a-t-elle prié ? Elle faisait ses économies pour acheter la concession. Ses amis l'ont installée ici, tombe 372, la mort venue. Ces amis là étant maintenant morts, nous sommes ici pour enrichir Claude de nos rêveries.
Devant moi, c'est-à-dire à la gauche de Claude, la tombe très bien entretenue de la famille Vincelot-Lemester.
Je n'ai jamais vu de cyprès aussi grands qu'ici. Ils veillent sur Claude Chauvière, en attendant la Résurrection des Morts et, plus spécialement, la résurrectionde la résidente de la tombe 372.
Claude Chauvière, beaux sentiments, force de conviction, belle écriture, beaux livres.
L'A.S.C.C.( Amis du Souvenir de Claude Chauvière) entretient la flamme .
Faire comme si je me réveillais après une longue amnésie.
. Réveil à l'hôpital après un coma de quatre ans. « Mon petit Claude, imagine que tu ne te rappelles plus de rien. Tu mènes une enquête pour découvrir qui tu es. Tu redécouvres ta famille et toi-même dans des aventures que tu imagines. »
Scénario classique et amusant. Je m'y attelle.
Je revois Abel avec le début de mon nouveau roman :
-Claude Chauvière, tu te réveilles amnésique après quatre ans de coma. Ne demandes surtout à personne qui tu es. Découvres-le, toi-même. Je peux te guider si tu veux. Mon téléphone est au dos de cette carte.
-Merci Monsieur, je ne sais pas qui je suis.
-Sautez dans un taxi avec ma carte, l'hôpital est prévenu. Appelez l'infirmière elle vous apportera vos vêtements et de l'argent. Ne demandez d'explications, ni à l'infirmière, ni au taxi.
J'arrivai à Choisy le Roi avec le taxi.
En accord avec Abel Hermant, décision est prise de demander conseil à un médecin. Les scènes doivent être réalistes.
Cauchemards. Oui, cette idée d'imaginer ma mort me donne des cauchemards.
Non, je n'écrirai pas ce livre idiot. J'en reste à mes romans sentimentaux. Je n'ai rien de commun avec ce pervers d'Abel Hermant.
Oui, je suivrai les conseils de Max Jacob, rencontré hier avec Théophile Briant: éviter Hermant, un type qui tournera mal.
J'éprouve de l'admiration pour Briant et de la répulsion pour Hermant.
livrenblog.blogspot.com : consulter ce site pour découvrir Briant, la photo ci-dessous en provient.
On se retrouve chez Colette avec Abel Hermant. L'homme est distingué et pédant.
Au fil de la conversation, il devient plaisant. Ne pas juger les gens, sur leur apparence, même mauvaise.
L'histoire de papa l'intéresse. Curieusement, il me fait remonter très loin dans l'histoire de la famille. Les archives paternelles commencent en 1652.
Le premier des Chauvière identifié s'appelle Pierre, le second Pierre et, le troisième, encore Pierre. On les distingue grâce au patronyme de leur épouse.
Papa aimait la généalogie. Nos gueux d'ancêtres, plus importants que les royales dynasties. C'est ce qu'il a toujours dit.
Le troisième Pierre Chauvière connut la famine de 1708. Hiver terrible, gel de printemps. En juillet, la famille à quatre pattes dans les champs, pour manger de l'herbe. Ces Chauvière là étaient journaliers.
Marin Chauvière né en 1724 devint aussi journalier. C'est écrit sur son acte de mariage célébré à Saint Hilarion, paroisse des trois précédents Chauvière. Pas étonnant alors que son nom figure sur les Cahiers de Doléances de Saint Hilarion ,en Mars 1789. Terrible plaidoyer dans ces cahiers. Généalogie de gueux. Généalogie de mes ancêtres. Généalogie d'Emmanuel Chauvière.
Claude Chauvière nous a quittés il y a 70 ans, un jour de Vendredi Saint.
Interruption de la fiction biographique dédiée à Claude Chauvière. Comme chaque année, je décore sa tombe avec des colliers de coquillages.
Lecture de L'Etoile Vesper.
Petit musée d'images du classeur de Colette.
Meuble à deux portes et tablier, offert par Edouard de La Gandara, l'antiquaire.
Colette y range ses souvenirs.
Elle y expose ses souvenirs les plus chers.
Mélancolie de fin de vie.
Epinglée sur la photo de Claude Chauvière une liste des offices du vendredi-saint. A côté, une autre photo, celle de Renée Hamon, en gros pantalon de laine, devant une maison bretonne.
Colette se parle à elle-même :
« Rien ne justifie qu'une liste des offices du vendredi-saint soit épinglée à la photographie d'une autre jeune femme : celle-ci eut dans les lettres un renom trop court : Claude Chauvière. L'une casanière et faible, l'autre coureuse des mers, elles sont tombées, à peu d'années d'intervalle, au même âge, Chauvière laissant quelques romans, et Renée Hamon deux relations de voyages aux antipodes. »
Peut-etre une larme sur les joues de Colette.
Ses amies sont parties. Polaire la même année que Chauvière.
Polaire dont Colette garde le portrait en petite fille modèle. Volonté d'innocence de l'austère peintre Antonio de la Gandara , frère d'Edouard.
Forte relation entre Colette et les deux jeunes femmes. Longtemps après, Colette le reconnaît :
« Elles valaient la peine d'être aidées ; elles avaient coutume de dire que je les aidais, mais je crois que c'est elles qui m'ont porté secours. »
Colette dans sa complexité avouée. Reconnaissance de l'amour qui lui fut porté.
Colette, comme Barrès : « Je n'ai rien près de moi que mes morts, des êtres enrichis par mes songeries. » (Mes mémoires)
Colette impatiente à la lecture de ma note sur l'intelligence selonGourmont. Le pied gauche s'agite nerveusement. Visage en saccade. Tics.
Continue quand même la lecture de mon texte.
Colette d'habitude me demande de lire tout haut mes pattes de mouche. Déteste mon écriture. Suis enrhumée. Cordes vocales empoulées. Tousse-tousse-tousse-codotte.
Pour Rémy de Gourmont, l'intelligence s'arrête avec la guerre. L'intelligence est faite de nouveauté. Pendant la guerre, pas d'intelligence ni de littérature. Comparaison avant-après : « Le plus nouveau et le plus passionnant la veille, le lendemain n'existait pas »
Colette se lève, me regarde de haut, lève la voix : « Mon p'tit Claude, la guerrrre, j'laifaite. La nuit j' veillais les blessés.J'ai fait Verdun. RRRaconte pas d'blagues. »
Colette est ainsi. Tantôt elle s'exprime dans la langue deMadame de Sévigné, tantôt elle parle l'argot parisien avec son tonnerre d'accent bourguignon.
Collette est ainsi, elle vous écoute attentivement, puis soudain vous coupe pour se mettre en avant.
Colette me commanda des recherches sur le statut de l'intelligence dans l'œuvre de Rémy de Gourmont. Elle exigea même une note que je lui remis au plus vite, après qu'elle m'eusse dit : « Et grrrrouille-toi, mon petit Claude »
Voici le début de ma note :
La guerre lui donna un choc terrible. Sa vie abritée du monde, le laissa sans défense devant le drame. Manque de résistance morale. Importance de la Paix du monde, pour écrire.
Déclaréfanatique de l'intelligence, par sa propre famille, il lui fut difficile de travailler en ses temps troublés où l'intelligence n'était pas toujours respectée.
Ses amis partirent pour le Front. Il hanta les quais... le Mercure cessa de paraître pendant près d'un an. Les lecteurs perdirenttoute tranquillité d'esprit. Plus possible d'apprécier les pages ironiques de Gourmont qui lui-même écrivit :
" Ce sont des heures bien lourdes que celles que nous passons ; toute vie intellectuelle est arrêtée ; on se dévore soi-même; et tout avenir est affreux, car tout est mort, et je ne sais pas si j'en verrai la résurrection. Plus de revues, plus de journaux où écrire, je ne fais rien. J'attends. Je tâche de penser. Les temps sont durs pour l'écrivain... "
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Ecrivant ces lignes, je ne peux oublier ce que je dois à Bruno Chauvierre qui me fit découvrir Rémy de Gourmont et me donna le contact avec Renaud Rosset magnifique écrivain prématurément disparu et, qui à l'inverse de Bruno se consacrait exclusivement aux Lettres. Je me souviens d'un dîner au Sénat entre Maurice Schumann, Renaud Rosset, Bruno Chauvierre et moi. Tous quatre, nous abjurions Bruno Chauvierre de publier ses carnets sur lesquels, chaque année il calligraphiait une bonne centaine de pages. Maurice Schumann appréciait beaucoup, tant la forme que le contenu des écrits du cousin, mais celui-ci persistait orgueilleusement à prétendre qu'il n'écrivait que pour lui-même.
Colette fut intéressée par mon propos sur les grues et l'intelligence (mon dernier post)
Lecture des aphorismes de Rémy Gourmont, du 29 mai 1915, « Effets », tristes effets :
La guerre a augmenté la sensibilité aux dépens de l'intelligence.
L'ironie a disparu de la littérature écrite et l'ironie est le signe de la sécurité intellectuelle.
L'inquiétude, le chagrin, la misère sont tombés à dose inégale sur tous les hommes : ce sont les hommes d'esprit qui ont le plus mal résisté.
Cela me fait rire, le malade en marche vers la soixantaine, qui espère guérir, retrouver ses forcesl'an prochain. Cela me fait rire quand cela n'est pas moi-même.
Rémy de Gourmont mourut peu après à l'hôpital Boucicaut ( dans mon quartier.)
Il conserva son ironie, jusqu'au terme de sa vie, surtout à l'égard de lui-même.
Madame Colette me demanda de retrouver ce qu'il écrivit sur l'intelligence.
Elle souhaita m'occuper, délaissée que je fus, par Hermant et Monzie, trop occupés de Politique.
Colette ironisa sur l'absence de Georges Le Fèvre mon journaliste de mari, toujours en reportage.
Colette déclara sans solennité : " ya du gaz dans l'conjuguo "
Bruno Chauvierre, fin connaisseur de l'oeuvre de Rémy de Gourmont, m'a beaucoup aidée dans cette partie de ma fiction. Avec Renaud Rosset, dès les années 1962, il composait de façon artisanale une petite série, vaniteusement intitulée" Les Cahiers de Rémy de Gourmont", dans laquelle il se targuait d'avoir décelé la forme d'intelligence la plus subtile de la littérature française. Ces cahiers ont disparu dans l'un des incendies qui émaillèrent sa vie agitée. Il lui reste, et il me les a montrés, ses petits carnets, du moins ceux qu'il a sauvés des trente deux domiciles successifs que je lui ai connus. Ces carnets qui amusaient Renaud Rosset, calligraphiés à la plume sergent-major, un peu délavés par l'eau de divers sinistres, m'ont plongé dans un univers étrangement anti-militariste et anti-syndical. Ce que Bruno Chauvierre écrit sur le joujou patriotique et sur les grévistes ripolineurs, fut l'occasion de belles rigolades avec Renaud Rosset, rencontré au mariage de Bruno dont il était le témoin. Renaud Rosset considérait Chauvierre comme intellectuellement anarchiste.
La disparition des grues n'entraîna pas le renouvellement de l'esprit de la société (les personnalités comme Madame Colette, ma future marraine restèrent exceptionnelles).
"Les grues disparues" furent remplacées, dans la société, par un afflux des gens nouveaux. Par la faute de ces parvenus, le niveau de conversation des salons baissa nettement. Nous connûmes un certain manque d'intelligence. L'Echelle métrique de l'intelligence de Binet et Simon
ALFRED BINET (universalis)
connut un vif succès. Alfred Binet était dans la même loge que papa. Je me souviens de lui, quand il venait Avenue Félix Faure.
Dans les salons on testa les cons, avec le test Binet-Simon, en regrettant la disparition des grues. Abel Hermant publia alors sa fameuse nouvelle " A La Recherche des Grues Perdues"
Avant, il me fallut supporter les extravagantes amies de celle qui, quelques mois après, deviendrait ma marraine. Colette recevait nombre de grues d'avant-guerre. LaBelle Epoque les dénomma courtisanes. Certaines comme Liane de Pougy se rangèrent. Liane se maria au Prince Ghika. Elle entra au Carmel, après que le Prince l'eût définitivement quittée pour une jeunette. Je n'ose nommer les autres, je me contente de prier pour le salut de leur âme.
Prions pour ces grues, jadis entretenues sur un grand pied avec domestiques, coffret à bijoux garni. Leurs dentelles et fourrures, enfouies dans leurs malles, sont maintenant défraîchies.
Fini le temps des passades flatteuses avec un voyageur de marque, jeune homme ou vieux Monsieur.
Emmanuel Chauvière, mon père, pionnier de la psychologie de l'enfant . La preuve: le lien sur mon post précédent.
Avant Jean Piaget, avant Henri Wallon, il insiste : L'ENFANT N'EST PAS UN ADULTE EN REDUCTION .
Avant Freinet il dénonce les méthodes pédagogiques non fondées sur la vie et les valeurs universelles.
L'enfant n'étant pas un adulte en réduction, " son cerveau est plastique" dit mon père. Il est très en avance. Il faudra cent ans pour que cette notion de plasticité du cortex s'impose. Papa la développait déjà fin du 19ème ! Il était l'ami de CHARCOT
N'a-t-il pas raison de dénoncer le non-mariage des prêtres qui les voue à une" existence anormale". Prêtres et Pape, ignorants de la vie sexuelle, menteurs imposant des dogmes à l'Humanité.
Bruno Chauvierre m'a aidé dans cette partie de ma fiction dédiée à la psychologie de l'enfant. Il m'a guidé à travers les écrits d'Emmanuel Chauvière conservés à la Bibliothèque Nationale et qui manifestement sont d'avant-garde.
Spécialiste reconnu en Psychologie de l'Enfant et fondateur de la célèbre Unité d'Enseignement et de Recherche des Techniques de Réadaptation, il m'impressionne par sa dimension scientifique alors que sa pensée politique si proche de celle de Paulin Gagne me fait doucement rigoler.
Rencontré Madame Colette le 19 Mars. Me demande de raconter l'histoire de papa. Téléphone devant moi à un ami.
« Abel, comment vas-tu ? ( et tralala et tralala… elle n'en finit pas de jacasser ) Alors mon bon ami, tu vas aider mon petit Claude. »
J'entends la voix d'Abel Hermant répondre « je vois pas qui c'est ». Colette me regarde en levant les yeux au ciel, façon de dire qu'il n'a pas sa tête. « Ma secrétaire, voyons Abel, on s'est vu, toi, moi , elle et Madame Polignac ».
Hermant reprend ses esprits : « passes là moi ». Les yeux de Colette roulent encore plus fort dans leurs orbites. Me passe le combiné.
Rendez vous est pris dès demain. On se voit chez Madame Colette. Elle y tient beaucoup : « Mon petit Claude, je ne te laisse plus t'envoler loin de moi aussi longtemps ».
Demain 20 mars, je viendrai chez Colette avec mes archives, même celles de la condamnation de papa en 1869, par les tribunaux de Badinguet
Mémoire indissociable de L'Internationale chantée par 5000 parisiens, du 37 avenue Félix Faure jusqu'au Mur des Fédérés.
Ecouté dimanche premier mars l'émission de France Culture. Déception d'entendre de grands élus socialistes : hymne dépassé pour Mauroy. Dommage. Française à la peau plutôt noire, j'ai préféré les mots d'une ancienne gueule noire, : « même sang rouge qui coulait » quand se blessaient un Algérien, un Français ou un Polonais.
Non, Monsieur Mauroy, l'Internationale n'est pas tombée en désuétude.
Pendant que Mauroy siège avec Balladur, pour charcuter bourgeoisement la carte de France, dans une commission Had-Hoc ; les déclassés et lesopprimés d'aujourd'hui, continuent à chanter les paroles de Pottier, camarade de combat, d'un ancêtre, qui , chaque jour, m'émerveille.
Comme le rappelle Jean Jaurès dans l'Humanité, notre candidat, le socialiste Préssensé avait 8OO voix d'avance sur d'Aramon .
Il a fallu toute la félonie du social-traître Chérioux pour saboter 20 ans de travail de mon père, le député Chauvierre.
Que notre maire socialiste Bertrand Delanoë retienne la leçon et se méfie des promesses des mauvais garçons, surtout quand ils sont gascons ( Bayrou).
On a mis 100 ans pour reconquérir ce que des hommes comme mon père ont gagné. Ne l'offrons pas à Bayrou. Laissons Bayrou se faire bouffer par les crocodiles de son bayou. Ya pas plus féroces qu'eux !
Vous me direz que cette photo de l'Humanité est de travers. Certes mais elle est plus claire et de toute façon d'Aramon, le cureton pense de travers. Ce n'est pas moi qui vais la lui remettre à l'endroit. Je la lui ferais plutôt bouffer.
Je ne sais plus qui lit cet article dans L'Humanité. Est-ce moi Fulgence Chauvière, née dans les années 1980, ou moi, Claude Chauvière, née avant 1900 ?
C'est un article sur le sinistre cureton d'Aramon. Sacrilège de le retrouver à l'Assemblée.
Les chiffonniers de l'île des cygnes, surnommée l'île des singes, ont déposé des chiffons imbibés de fiente sur son palier. A moins que ce soit simplement dans son escalier.
Moi, Fulgence Chauvière, quand je vais dans cette île, elle s'appelle l'île de cygnes.
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Il est vrai que mon cousin Bruno Chauvierre, au r surnuméraire, depuis que le grand-père de son grand-père, ajouta un R au patronyme en 1857 pour se démarquer des Chauvière de Chartres, trop réactionnaires pour ce blanquiste invétéré, il est vrai que ce cousin a écrit un archidrame en Cinq éclats sur l'île des singes, passionné par les chiffonniers du Paris des années 1850.
Bruno Chauvierre aime ces chiffonniers là, parcequ'ils sont querelleurs par goût, noceurs par tempérament et, plus honnêtes que moraux. Bruno Chauvierre a longuement analysé les archives de la Préfecture de Police, pour en conclure que leurs salaires ne s'élèvent guère au-dessus de quatre francs. Bruno Chauvierre se plait à dire qu'il est comme eux, fier, vantard, indépendant et batailleur. avec de telles réflexions son image ne s'arrange pas.