Colette aime ses romans sentimentaux . Affectueusement elle l'appelle " mon petit Claude "
Colette, pleure en lisant la femme de personne. Pourtant Colette ne pleure jamais.
Véritable amie, petit Claude perce les secrets intimes de Colette dans une
biographie où elle dévoile la sensibilité et la richesse émotionnelle du modèle admiré. Pourtant Colette
n'est pas réputée sensible aux affects.
Je me glisse dans la peau de Claude Chauvière, comme une femme peut le faire. Je ne porte pas que son patronyme.
Les écrits de Colette témoignent de la peine ressentie à la mort de Claude, décédée le Vendredi Saint en 1939. Année difficile pour Colette qui, cette année là, perd aussi Polaire, le contraire de ClaudeChauvière. Pourtant Colette ne montrait guère sa peine devant la mort.
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Blog dédié au député EmmanuelChauvière, au Socialisme Révolutionnaire et à la Commune de Paris.
Blog dédié à la famile Chauvière :
Marin , signataire des Cahiers de Doléances à Saint Hilarion en 1789;
Marie Catherine, héroïne des Barricades de 1830; Auguste Paul, né en 1830, signataire de l'Affiche Rouge de la Commune de Paris. Le prénom Auguste fut donné en l'honneur de Blanqui.
Blog dédié à Maria Chauvière, Sainte laïque, mère de Claude, dont une crêche, Avenue Félix Faure, juste en face de chez moi, porte encore le nom.
Blog dédié aux grands parents Sarzeautins de Claude Chauvière et à l'enracinement breton. Beaucoup d'histoires de veillées, façon PierreJakez Hélias. Grand père avec son penn-gaz magique. Bâton noueux . Accroché sur son clou. Se balance entre le clou et l'armoire.Fait « Tic-toc » sur l'armoire quand on meure dans la hameau. On appelle çà un inter-signe. Claude Chauvière avait lu Le Braz.
Dans cette paroisse on dit que, l'Ankou, c'est le dernier mort de l'année. L'année suivante, le revenant avec sa faux rôde dans les maisons. Plus que d'une mort réelle, c'est de l'angoisse dont il est question.
Blog dédié au auteurs et personnalités appréciées par Claude Chauvière, surtoutRémy de Gourmont et Renée Vivien.
Blog dédié aux questionnements de Claude Chauvière. Après l'âme, voilà le corps. Ressembler à Nathalie Barney, mais pas à cettebrioche d'Hélène. Hélène est rassurante. Pas croustillante, mais très intelligente. La quête identitaire n'est pas simple.
J'écris par plaisir, ça part un peu dans tout les sens. Dans quelques mois, je mettrai un peu d'ordre dans ce pêle-mêle.
On verse parfois dans la comédie de Boulevard quand le mari de Claude se croise les pattes avec Anatole de Monzie ou les autres Abels maudits : Hermant et Bonnard.
Mélange des périodes et des destinées. Comique troupier avec les curieuses mœurs militaires racontées par Hermant et son cavalier Miserey violé par la chambrée.
Pourquoi pas une armée levée dans chaque Commune comme le souhaite Chauvierre dans ses tracts politiques ?
Une armée se gaussant du « joujou patriotique » , comme Rémy de Gourmont. Pourquoi Gourmont est-il mort rue de la Convention ? Le mari de Claude s'est tiré en 1931. Colette envahissait trop la vie de sa femme. Elle l'a vu, un matin, se tirer en taxi, rue Rosa Bonheur, avec une riche veuve. Alors elle a écrit
« Onm'a volé mon Amour »
N'empêche que le premier mari de Claude est un battant. Georges, c'est un reporter. Il va en Chine. Et aussi au bagne. En 1923 Claude court chez Colette 69, Boulevard Suchet. Lui, il fonce chez Drouant. Il a un déguisement. Un chapeau plat sur latête avec des plumes. Il balance les résultats du Goncourt à ses copains. Le Renaudot est né. Avec lui dans le jury.
Relecture du beau livre du regretté CLAUDE PICHOIS, écrit avec ALAIN BRUNET. Titre simple : COLETTE.
Plusieurs pages consacrées à Claude Chauvière.
Mention y est faite de l'estime de Théophile Briant pour Claude Chauvière.
J'avais déjà remarqué le nom du fondateur duGOELAND, dans ma collection personnelle.
Vieilles lettres de famille. Théo Briant, J.Caqueteau, les députés Emile Dubois et Marcel Sembat, députés, membres de la même Loge que leur camarade Emmanuel Chauvière, y sont abondamment cîtés. Colette aussi, et d'une façon inédite. J'en parlerai.
Claude Pichois cite une réponse de Claude Chauvière à Colette :
« Comme tout cela est bien dit et pourrait donner le change »
« le charme opèrerait si je n'avais vu l'envers du décor, si je n'avais trouvé ma juste utilisation »
« Madame, si vous m'aviez aimée, je l'aurais senti sans défaillance »
Phrases lourdes de sens, rédigées en 1929, dans un ouvrage intitulé « La Rampe d'Or » et publié longtemps après (Angers, 1938).
Claude Chauvière y décrit son existence dans le monastère où elle désira devenir Novice. Ces phrases sont extraites des pages 110 et 111.
Claude Chauvière, lorsqu'elle décède à La Seyne sur Mer, est l' épouse de René de Récusson. Ses papiers disparaissent. « Ténébreuse affaire » selon l'Abbé Aubert de l'Institution Sainte Marie ( la Seyne).
Je reconstitue patiemment son histoire.
JE rassemble des documents. Exceptionnelle personnalité. J'espère, un jour, présenter l'analyse de son œuvre, comme le souhaitait Claude Pichois. Une belle œuvre. Pas du tout vassale de Colette.
Devant la tombe les amis du souvenir. Petit groupe de l'A.S.C.C.
De chaque côté , sur le sable mou, deux cyprès géants.
Des sépultures « relévées » entourent la tombe de Claude Chauvière.
Morts oubliés. Emplacements vides de tombes expulsées.
Haut de tombe avec stelle ; on y lit deux dates : janvier 1825, juin 1937.
Pourquoi ces deux dates ?
La croix de haut de tombe est cassée , rouillée, décapitée, sans Christ, donc sans souffrance. Croix simplement déposée sur le devant de tombe.
Sur la croix en deux morceaux, une couronne de fleurs, de liserons et de raisins. Pas de Christ sur la Croix.
La croix cache le nom de Claude Chauvière. Mon petit collier de coquillages y est encore accroché.
Nom écrit en lettres énormes avec d'élégants caractères. Pas de dates, aucune mention.
Sobriété.
Juste une plaque de pierre noire (à moins que ce ne soit de l'ardoise.)
Je suis adossée sur le muret de pierre du cimetière.
Devant moi, la tombe de Claude Chauvière et de ses amis du souvenir.
Derrière moi, c'est-à-dire devant Claude, un potager printanier et un verger d'abricotiers et de cerisiers.
Claude a choisi ce cimetière. S'est elle accoudée sur ce muret en regardant l'Eglise Notre-Dame ? Y-a-t-elle prié ? Elle faisait ses économies pour acheter la concession. Ses amis l'ont installée ici, tombe 372, la mort venue. Ces amis là étant maintenant morts, nous sommes ici pour enrichir Claude de nos rêveries.
Devant moi, c'est-à-dire à la gauche de Claude, la tombe très bien entretenue de la famille Vincelot-Lemester.
Je n'ai jamais vu de cyprès aussi grands qu'ici. Ils veillent sur Claude Chauvière, en attendant la Résurrection des Morts et, plus spécialement, la résurrectionde la résidente de la tombe 372.
Claude Chauvière, beaux sentiments, force de conviction, belle écriture, beaux livres.
L'A.S.C.C.( Amis du Souvenir de Claude Chauvière) entretient la flamme .
Fulgence Chauvière
Devant la tombe les amis du souvenir. Petit groupe de l'A.S.C.C.
De chaque côté , sur le sable mou, deux cyprès géants.
Des sépultures « relévées » entourent la tombe de Claude Chauvière.
Morts oubliés. Emplacements vides de tombes expulsées.
Haut de tombe avec stelle ; on y lit deux dates : janvier 1825, juin 1937.
Pourquoi ces deux dates ?
La croix de haut de tombe est cassée , rouillée, décapitée, sans Christ, donc sans souffrance. Croix simplement déposée sur le devant de tombe.
Sur la croix en deux morceaux, une couronne de fleurs, de liserons et de raisins. Pas de Christ sur la Croix.
La croix cache le nom de Claude Chauvière. Mon petit collier de coquillages y est encore accroché.
Nom écrit en lettres énormes avec d'élégants caractères.
Sobriété.
Juste une plaque de pierre noire (à moins que ce ne soit de l'ardoise.)
Je suis adossée sur le muret de pierre du cimetière.
Devant moi, la tombe de Claude Chauvière et de ses amis du souvenir.
Derrière moi, c'est-à-dire devant Claude, un potager printanier et un verger d'abricotiers et de cerisiers.
Claude a choisi ce cimetière. S'est elle accoudée sur ce muret en regardant l'Eglise Notre-Dame ? Y-a-t-elle prié ? Elle faisait ses économies pour acheter la concession. Ses amis l'ont installée ici, tombe 372, la mort venue. Ces amis là étant maintenant morts, nous sommes ici pour enrichir Claude de nos rêveries.
Devant moi, c'est-à-dire à la gauche de Claude, la tombe très bien entretenue de la famille Vincelot-Lemester.
Je n'ai jamais vu de cyprès aussi grands qu'ici. Ils veillent sur Claude Chauvière, en attendant la Résurrection des Morts et, plus spécialement, la résurrectionde la résidente de la tombe 372.
Claude Chauvière, beaux sentiments, force de conviction, belle écriture, beaux livres.
L'A.S.C.C.( Amis du Souvenir de Claude Chauvière) entretient la flamme .
Faire comme si je me réveillais après une longue amnésie.
. Réveil à l'hôpital après un coma de quatre ans. « Mon petit Claude, imagine que tu ne te rappelles plus de rien. Tu mènes une enquête pour découvrir qui tu es. Tu redécouvres ta famille et toi-même dans des aventures que tu imagines. »
Scénario classique et amusant. Je m'y attelle.
Je revois Abel avec le début de mon nouveau roman :
-Claude Chauvière, tu te réveilles amnésique après quatre ans de coma. Ne demandes surtout à personne qui tu es. Découvres-le, toi-même. Je peux te guider si tu veux. Mon téléphone est au dos de cette carte.
-Merci Monsieur, je ne sais pas qui je suis.
-Sautez dans un taxi avec ma carte, l'hôpital est prévenu. Appelez l'infirmière elle vous apportera vos vêtements et de l'argent. Ne demandez d'explications, ni à l'infirmière, ni au taxi.
J'arrivai à Choisy le Roi avec le taxi.
En accord avec Abel Hermant, décision est prise de demander conseil à un médecin. Les scènes doivent être réalistes.
Cauchemards. Oui, cette idée d'imaginer ma mort me donne des cauchemards.
Non, je n'écrirai pas ce livre idiot. J'en reste à mes romans sentimentaux. Je n'ai rien de commun avec ce pervers d'Abel Hermant.
Oui, je suivrai les conseils de Max Jacob, rencontré hier avec Théophile Briant: éviter Hermant, un type qui tournera mal.
J'éprouve de l'admiration pour Briant et de la répulsion pour Hermant.
livrenblog.blogspot.com : consulter ce site pour découvrir Briant, la photo ci-dessous en provient.
On se retrouve chez Colette avec Abel Hermant. L'homme est distingué et pédant.
Au fil de la conversation, il devient plaisant. Ne pas juger les gens, sur leur apparence, même mauvaise.
L'histoire de papa l'intéresse. Curieusement, il me fait remonter très loin dans l'histoire de la famille. Les archives paternelles commencent en 1652.
Le premier des Chauvière identifié s'appelle Pierre, le second Pierre et, le troisième, encore Pierre. On les distingue grâce au patronyme de leur épouse.
Papa aimait la généalogie. Nos gueux d'ancêtres, plus importants que les royales dynasties. C'est ce qu'il a toujours dit.
Le troisième Pierre Chauvière connut la famine de 1708. Hiver terrible, gel de printemps. En juillet, la famille à quatre pattes dans les champs, pour manger de l'herbe. Ces Chauvière là étaient journaliers.
Marin Chauvière né en 1724 devint aussi journalier. C'est écrit sur son acte de mariage célébré à Saint Hilarion, paroisse des trois précédents Chauvière. Pas étonnant alors que son nom figure sur les Cahiers de Doléances de Saint Hilarion ,en Mars 1789. Terrible plaidoyer dans ces cahiers. Généalogie de gueux. Généalogie de mes ancêtres. Généalogie d'Emmanuel Chauvière.
Claude Chauvière nous a quittés il y a 70 ans, un jour de Vendredi Saint.
Interruption de la fiction biographique dédiée à Claude Chauvière. Comme chaque année, je décore sa tombe avec des colliers de coquillages.
Lecture de L'Etoile Vesper.
Petit musée d'images du classeur de Colette.
Meuble à deux portes et tablier, offert par Edouard de La Gandara, l'antiquaire.
Colette y range ses souvenirs.
Elle y expose ses souvenirs les plus chers.
Mélancolie de fin de vie.
Epinglée sur la photo de Claude Chauvière une liste des offices du vendredi-saint. A côté, une autre photo, celle de Renée Hamon, en gros pantalon de laine, devant une maison bretonne.
Colette se parle à elle-même :
« Rien ne justifie qu'une liste des offices du vendredi-saint soit épinglée à la photographie d'une autre jeune femme : celle-ci eut dans les lettres un renom trop court : Claude Chauvière. L'une casanière et faible, l'autre coureuse des mers, elles sont tombées, à peu d'années d'intervalle, au même âge, Chauvière laissant quelques romans, et Renée Hamon deux relations de voyages aux antipodes. »
Peut-etre une larme sur les joues de Colette.
Ses amies sont parties. Polaire la même année que Chauvière.
Polaire dont Colette garde le portrait en petite fille modèle. Volonté d'innocence de l'austère peintre Antonio de la Gandara , frère d'Edouard.
Forte relation entre Colette et les deux jeunes femmes. Longtemps après, Colette le reconnaît :
« Elles valaient la peine d'être aidées ; elles avaient coutume de dire que je les aidais, mais je crois que c'est elles qui m'ont porté secours. »
Colette dans sa complexité avouée. Reconnaissance de l'amour qui lui fut porté.
Colette, comme Barrès : « Je n'ai rien près de moi que mes morts, des êtres enrichis par mes songeries. » (Mes mémoires)
Colette impatiente à la lecture de ma note sur l'intelligence selonGourmont. Le pied gauche s'agite nerveusement. Visage en saccade. Tics.
Continue quand même la lecture de mon texte.
Colette d'habitude me demande de lire tout haut mes pattes de mouche. Déteste mon écriture. Suis enrhumée. Cordes vocales empoulées. Tousse-tousse-tousse-codotte.
Pour Rémy de Gourmont, l'intelligence s'arrête avec la guerre. L'intelligence est faite de nouveauté. Pendant la guerre, pas d'intelligence ni de littérature. Comparaison avant-après : « Le plus nouveau et le plus passionnant la veille, le lendemain n'existait pas »
Colette se lève, me regarde de haut, lève la voix : « Mon p'tit Claude, la guerrrre, j'laifaite. La nuit j' veillais les blessés.J'ai fait Verdun. RRRaconte pas d'blagues. »
Colette est ainsi. Tantôt elle s'exprime dans la langue deMadame de Sévigné, tantôt elle parle l'argot parisien avec son tonnerre d'accent bourguignon.
Collette est ainsi, elle vous écoute attentivement, puis soudain vous coupe pour se mettre en avant.
Colette me commanda des recherches sur le statut de l'intelligence dans l'œuvre de Rémy de Gourmont. Elle exigea même une note que je lui remis au plus vite, après qu'elle m'eusse dit : « Et grrrrouille-toi, mon petit Claude »
Voici le début de ma note :
La guerre lui donna un choc terrible. Sa vie abritée du monde, le laissa sans défense devant le drame. Manque de résistance morale. Importance de la Paix du monde, pour écrire.
Déclaréfanatique de l'intelligence, par sa propre famille, il lui fut difficile de travailler en ses temps troublés où l'intelligence n'était pas toujours respectée.
Ses amis partirent pour le Front. Il hanta les quais... le Mercure cessa de paraître pendant près d'un an. Les lecteurs perdirenttoute tranquillité d'esprit. Plus possible d'apprécier les pages ironiques de Gourmont qui lui-même écrivit :
" Ce sont des heures bien lourdes que celles que nous passons ; toute vie intellectuelle est arrêtée ; on se dévore soi-même; et tout avenir est affreux, car tout est mort, et je ne sais pas si j'en verrai la résurrection. Plus de revues, plus de journaux où écrire, je ne fais rien. J'attends. Je tâche de penser. Les temps sont durs pour l'écrivain... "
Colette fut intéressée par mon propos sur les grues et l'intelligence (mon dernier post)
Lecture des aphorismes de Rémy Gourmont, du 29 mai 1915, « Effets », tristes effets :
La guerre a augmenté la sensibilité aux dépens de l'intelligence.
L'ironie a disparu de la littérature écrite et l'ironie est le signe de la sécurité intellectuelle.
L'inquiétude, le chagrin, la misère sont tombés à dose inégale sur tous les hommes : ce sont les hommes d'esprit qui ont le plus mal résisté.
Cela me fait rire, le malade en marche vers la soixantaine, qui espère guérir, retrouver ses forcesl'an prochain. Cela me fait rire quand cela n'est pas moi-même.
Rémy de Gourmont mourut peu après à l'hôpital Boucicaut ( dans mon quartier.)
Il conserva son ironie, jusqu'au terme de sa vie, surtout à l'égard de lui-même.
Madame Colette me demanda de retrouver ce qu'il écrivit sur l'intelligence.
Elle souhaita m'occuper, délaissée que je fus, par Hermant et Monzie, trop occupés de Politique.
Colette ironisa sur l'absence de Georges Le Fèvre mon journaliste de mari, toujours en reportage.
Colette déclara sans solennité : " ya du gaz dans l'conjuguo "
La disparition des grues n'entraîna pas le renouvellement de l'esprit de la société (les personnalités comme Madame Colette, ma future marraine restèrent exceptionnelles).
"Les grues disparues" furent remplacées, dans la société, par un afflux des gens nouveaux. Par la faute de ces parvenus, le niveau de conversation des salons baissa nettement. Nous connûmes un certain manque d'intelligence. L'Echelle métrique de l'intelligence de Binet et Simon
ALFRED BINET (universalis)
connut un vif succès. Alfred Binet était dans la même loge que papa. Je me souviens de lui, quand il venait Avenue Félix Faure.
Dans les salons on testa les cons, avec le test Binet-Simon, en regrettant la disparition des grues. Abel Hermant publia alors sa fameuse nouvelle " A La Recherche des Grues Perdues"
Avant, il me fallut supporter les extravagantes amies de celle qui, quelques mois après, deviendrait ma marraine. Colette recevait nombre de grues d'avant-guerre. LaBelle Epoque les dénomma courtisanes. Certaines comme Liane de Pougy se rangèrent. Liane se maria au Prince Ghika. Elle entra au Carmel, après que le Prince l'eût définitivement quittée pour une jeunette. Je n'ose nommer les autres, je me contente de prier pour le salut de leur âme.
Prions pour ces grues, jadis entretenues sur un grand pied avec domestiques, coffret à bijoux garni. Leurs dentelles et fourrures, enfouies dans leurs malles, sont maintenant défraîchies.
Fini le temps des passades flatteuses avec un voyageur de marque, jeune homme ou vieux Monsieur.
Emmanuel Chauvière, mon père, pionnier de la psychologie de l'enfant . La preuve: le lien sur mon post précédent.
Avant Jean Piaget, avant Henri Wallon, il insiste : L'ENFANT N'EST PAS UN ADULTE EN REDUCTION .
Avant Freinet il dénonce les méthodes pédagogiques non fondées sur la vie et les valeurs universelles.
L'enfant n'étant pas un adulte en réduction, " son cerveau est plastique" dit mon père. Il est très en avance. Il faudra cent ans pour que cette notion de plasticité du cortex s'impose. Papa la développait déjà fin du 19ème ! Il était l'ami de CHARCOT
N'a-t-il pas raison de dénoncer le non-mariage des prêtres qui les voue à une" existence anormale". Prêtres et Pape, ignorants de la vie sexuelle, menteurs imposant des dogmes à l'Humanité.
Rencontré Madame Colette le 19 Mars. Me demande de raconter l'histoire de papa. Téléphone devant moi à un ami.
« Abel, comment vas-tu ? ( et tralala et tralala… elle n'en finit pas de jacasser ) Alors mon bon ami, tu vas aider mon petit Claude. »
J'entends la voix d'Abel Hermant répondre « je vois pas qui c'est ». Colette me regarde en levant les yeux au ciel, façon de dire qu'il n'a pas sa tête. « Ma secrétaire, voyons Abel, on s'est vu, toi, moi , elle et Madame Polignac ».
Hermant reprend ses esprits : « passes là moi ». Les yeux de Colette roulent encore plus fort dans leurs orbites. Me passe le combiné.
Rendez vous est pris dès demain. On se voit chez Madame Colette. Elle y tient beaucoup : « Mon petit Claude, je ne te laisse plus t'envoler loin de moi aussi longtemps ».
Demain 20 mars, je viendrai chez Colette avec mes archives, même celles de la condamnation de papa en 1869, par les tribunaux de Badinguet
Mémoire indissociable de L'Internationale chantée par 5000 parisiens, du 37 avenue Félix Faure jusqu'au Mur des Fédérés.
Ecouté dimanche premier mars l'émission de France Culture. Déception d'entendre de grands élus socialistes : hymne dépassé pour Mauroy. Dommage. Française à la peau plutôt noire, j'ai préféré les mots d'une ancienne gueule noire, : « même sang rouge qui coulait » quand se blessaient un Algérien, un Français ou un Polonais.
Non, Monsieur Mauroy, l'Internationale n'est pas tombée en désuétude.
Pendant que Mauroy siège avec Balladur, pour charcuter bourgeoisement la carte de France, dans une commission Had-Hoc ; les déclassés et lesopprimés d'aujourd'hui, continuent à chanter les paroles de Pottier, camarade de combat, d'un ancêtre, qui , chaque jour, m'émerveille.
Comme le rappelle Jean Jaurès dans l'Humanité, notre candidat, le socialiste Préssensé avait 8OO voix d'avance sur d'Aramon .
Il a fallu toute la félonie du social-traître Chérioux pour saboter 20 ans de travail de mon père, le député Chauvierre.
Que notre maire socialiste Bertrand Delanoë retienne la leçon et se méfie des promesses des mauvais garçons, surtout quand ils sont gascons ( Bayrou).
On a mis 100 ans pour reconquérir ce que des hommes comme mon père ont gagné. Ne l'offrons pas à Bayrou. Laissons Bayrou se faire bouffer par les crocodiles de son bayou. Ya pas plus féroces qu'eux !
Vous me direz que cette photo de l'Humanité est de travers. Certes mais elle est plus claire et de toute façon d'Aramon, le cureton pense de travers. Ce n'est pas moi qui vais la lui remettre à l'endroit. Je la lui ferais plutôt bouffer.
Lu dans L'Humanité cet article sur le sinistre cureton d'Aramon. Sacrilège de le retrouver à l'Assemblée.
Les chiffonniers de l'île des cygnes, surnommée l'île des singes, ont déposé des chiffons imbibés de fiente sur son palier. A moins que ce soit simplement dans son escalier.
Rencontré Jean Jaurès. Amertume de la défaite. Le siège de mon père, perdu par la traîtrise des Radicaux Socialistes. Au deuxième tour, Chérioux, leur candidat battu, a fait reporter ses voix sur le réactionnaire clérical d'Aramon.
Devant Vaillant, Jean Jaurès marmonne : « rien ne peut remplacer le travail dans une circonscription »
Vaillant lisse sa barbe. Perplexe, mais prolixe : « Personne ne connaissait le citoyen de Pressenssé, notre candidat. Mais pourquoi donc auraient-ils voté pour un inconnu au nom d'aristo ? Moi, je te le dis, on ne retrouvera pas ce siège, même avec la proportionnelle ; il ne reviendra auxsocialistes qu'avec une présence militante et un candidat militant »
Jaurès se tourne vers moi, passe sa main dans mes cheveux avec son bon sourire : « Personne ne pouvait remplacer ton papa ! »
Emouvant, mais dans l'affaire Vaillant fut meilleur politique.
( Edouard Vaillant avait tellement raison que la circonscription ne revint à Gauche que plus de 90 ans après avec Anne Hidalgo. )
Mise en bière de papa. Le voilà enfermé. « Enfermé », mot si souvent répété pour désigner le vieux maître Blanqui, plus souvent enfermé en prison que libre de lui. Prison aussi pour papa. Un mois en 1868 pour avoir blessé un sergot devant la tombe de Baudin. Six mois en 1869, pour un discours contre le gouvernement impérial. Deux mois en 1870, pour contravention à la loi sur les réunions publiques. Cinq ans de prison en 1871, pour sa participation à la Commune de Paris, armes à la main contre les lignards.
Avant qu'il ne soit définitivement enfermé, je couvre mon papa de baisers. Edouard Vaillant, son camarade de combat l'embrasse aussi. Un ratichon se présente. Il est foutu dehors.
Papa a encore changé. Visage resserré, exsangue. La bouche ouverte forme un rond. Il a l'air plus vieux qu'il n'est. Trois bouquets de roses rouges sur son cœur : le mien, ceux de Jaurès et Vaillant. Fermeture du cercueil, tout de suite recouvert du drapeau rouge.
Les infirmières parties, ça défile toute la journée.
A mes côtés Ismaël et Armand, mes cousins du 54 avenue Félix Faure, ne disent rien. Ils sont calmes. A mes côtés. Rassurants.
Dans 4 ans, le 20 août 1914,ils seront tués à Morhange, payant de leur vie l'assassinat de Jaurès
Bientôt, je n'aurai plus, comme famille, que Léon et Suzanne, les descendants d'Auguste Chauvière, prénommé ainsi en l'honneur d'Auguste Blanqui. Léon, quatre ans prisonnier reviendra mutilé.
Vers midi ils quittent tous et toutes notre appartement du 37 Avenue Félix Faure. Place aux infirmières. Toilette de papa. Poudre de riz sur sa tête. Linges, petites brosses et peignes virevoltent dans leurs mains mercenaires. Mains soit disant expertes. A moins que ce ne soit exactement le contraire. Tête de papa tournée à gauche vers la ruelle du catafalque. Une infirmière la lui replace. Bien droite
Le sculpteur Bourdelle arrive pour un moulage de visage. Je le renvoie. J'ai 13 ans. Jaurès dit que j'ai raison. Il m'embrasse. Me donne les journaux. Papa est en première page de l'Humanité. Le Matin titre « Le Premier qui s'en va » Belle phrase. C'est moins beau d'entendre Jaurès nommer de Pressenssé comme successeur à la députation de papa. Vaillant et Sembat n'approuvent pas : « Ici les aristos ça ne passe pas »
Trois juin 1910. Jean Jaurès et Marcel Sembat dans la chambre mortuaire de papa.
Des roses rouges partout. Bouquets des ouvriers du quartier, gerbes des sections socialistes de Paris, fleurs des loges maçonniques.
La quinzième section a tapissé de drapeaux rouges notre balcon du deuxième étage. Il pleut depuis janvier. A cause de la comète de Haley disent les cons.
La calote de Saint Jean Baptiste de Grenelle prie et craint pour la fin du monde.
Pour l'instant, c'est la fin de moi. La fin de papa
Dans la chambre mortuaire de papa, une armoire à glace.
Je ne me reconnais plus dans aucune glace.
L'image du miroir, pour les gens, c'est comme un autre soi-même.
Un double de soi.
Une image de soi.
Même que les petits cherchent qui se cache derrière la glace. Je n'ai plus de double. Plus d'image de moi, depuis que mon jumeau est mort. Je ne me reconnais plus.
Je ne reconnais plus mon père. Cheveux, barbe et moustache sont secs comme des postiches.
Pas du vrai papa.
Paupières bleuies, bras raides et tendus, poings serrés. Papa devenu marionnette d'un jeu de massacre.
A la place de ses chaussures, deux petits sacs de toile blanche. Ses pieds d'hommes libres enfermés par une infirmière.
Lecture de l'Humanité : 3, 4, 5, 6 juin 1910. Essentiellement les articles sur la mort de Papa Hommages de Jean Jaurès, Vaillant et le Président de l'Assemblée Nationale. Organisation colossale des obsèques civiles, avec toutes les loges maçonniques et sections parisiennes du Parti Socialiste. Dimanche 5 juin 1910 : 5000 personnes du 37 avenue Félix Faure, jusqu'au Père Lachaise. Incinération.
Mur de Fédérés. Dispersion des cendres. Discours de Vaillant. Internationale.
Deux juin 1910. Neuf heures du soir. Papa meurt dans sa chambre. Il tient ma main dans la sienne. Son autre main dans la main de son camarade Vailland. Fraternité communarde. Mon esprit s'envole. Maman, morte dans la même chambre, au mois d'Août, il y a un an , avec une main dans la mienne, l'autre dans celle de papa. Mon frère jumeau mort il y a 7ans, dans ce même lit. Une main dans celle de maman, l'autre dans celle de papa.
Colette aime le corps à corps. Pas seulement avec la terre, même si Cocteau la voit bien sculpteur. Plus tard,en face du Palais Royal, elle imagine avec Cocteau les statues géantes de Missy et de Tobby-Chien.
Elle jouit de sa cinquantaine, bien tapée, dans des corps à corps avec Bertrand. Ca s'entend. Elle le compare à un taureau.
Elle joue à le mettre à mort. Sur la plage, ils roulent l'un sur l'autre. Il hurle de douleur quand elle lui pince les tétons ou lui tord les gourmandises. Elle miaule ; Chatte…Chatte…Chatte…
Inestimables préludes de l'amour, avant le taureau